23/10/2019

Ris, riz

 

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Autrefois, "riz" s'orthographiait "ris". Attention à ne pas confondre ces deux mots.

 

Le mot "ris" est l'ancienne forme du substantif "rire". Il vient du latin risus, lui-même issu du verbe ridere. Au pluriel, "ris" se rencontre dans la locution littéraire et aujourd'hui datée "les jeux et les ris": les jeux et les plaisirs. "Ris" a donné naissance aux mots "risée" et "risette".

 

Autrefois, une "risée" était un "rire bruyant poussé par plusieurs personnes à la fois", en particulier un "grand éclat de rire de plusieurs personnes qui se moquent". Aujourd'hui, "risée" qualifie une "moquerie collective envers une personne, accompagnée ou non de rires". Ce mot se rencontre dans des expressions comme "'être un objet de risée", "s'exposer à la risée de" ou "subir, essuyer, être la risée de". Lorsque l'on est victime de moquerie, on devient "ridicule", adjectif qui nous vient aussi du latin ridere, de même que l'adjectif "risible".

 

Dans le langage marin, une "risée" est une "augmentation subite et momentanée du vent". Une "risée" dure plus longtemps qu'une "rafale". Dans ce sens-là, "risée" est issu de l'ancien scandinave. D'origine identique, et toujours dans le langage marin, "ris" désigne "la bande horizontale d'une voile que l'on replie, en cas de mauvais temps, pour diminuer la surface de la voilure présentée au vent".

 

Le mot "risette", diminutif de l'ancienne forme "ris", qualifie le "sourire gracieux d'un jeune enfant": faire risette, faire des risettes.

 

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Le mot "riz" est issu de l'italien riso, venu lui-même par le latin oryza du grec oruza. À l'origine, le mot s'écrivait "ris". L'orthographe actuelle, qui date de la fin du XIVème siècle, a été reprise au latin.

Le "riz" est une "céréale des régions chaudes, cultivée sur un sol humide ou submergé (rizière), dont le grain est préparé pour la consommation". Le riz et le blé sont les deux principales céréales nourricières.

Le riz se retrouve dans de nombreuses spécialités culinaires du monde entier, parmi lesquelles le risotto (le terme "risotto" dériverait de risottiera, le nom du plat rond ou ovale dans lequel était traditionnellement servi le riz), la paella, le riz cantonnais, les sushis. On peut cuisiner le riz "blanc" ou "nature", l'accompagner de curry ou de safran (le fameux risotto "à la milanaise"), l'agrémenter de champignons. On peut le déguster en salade ou sous forme de croquettes. Enfin, il se décline aussi en plat sucré sous le nom de "riz au lait".

Il existe des milliers de variétés de riz. Selon les recettes, on utilisera du riz à "grains courts" qui ont la particularité de devenir collants, et sont moelleux une fois cuits, ou à "grains longs", légers et non collants (le riz basmati est l'un des plus connus). 

La cuisson du riz varie selon les spécialités. Cuisson à l'eau (riz créole, riz au lait) ou au gras (risotto, paella, pilaf). Avant la cuisson à l'eau, il est recommandé de rincer le riz pour le débarrasser de l'amidon qu'il contient. Cela rendra vos grains de riz plus légers, plus aériens. "Au gras" signifie que l'on jette les grains de riz, non lavés, dans de l'huile pour qu'ils s'en imprègnent profondément. C'est seulement ensuite qu'on les mouille de bouillon, de jus de poisson ou simplement d'eau de manière à ce que leur volume augmente. Le "riz cantonnais" se cuit d'abord à l'eau, puis on le fait revenir à l'huile dans une poêle avec des oignons, des crevettes, de la viande de porc, des petits pois, des morceaux d'omelette, etc.

Le "saké" est une eau-de-vie d'origine japonaise, obtenue par fermentation du riz.

Jadis, la "poudre de riz", obtenue à partir de grains de riz moulus, servait à embellir la peau des nobles, hommes et femmes, et à blanchir leurs perruques.

 

En Suisse romande, on trouve la "brosse à risette" ou "brosse à rizette". Non, ce n'est pas une brosse pour les enfants. Il s'agit d'une brosse à poils durs, sans manche, le plus souvent une brosse à récurer ou une brosse à ongles. Originellement fabriquée à base de racine de riz, elle est aujourd'hui confectionnée avec de la racine de chiendent.

 

Enfin, il y a le "ris de veau". Cette spécialité culinaire à base de thymus (glande située au niveau de la gorge de l'animal, et qui disparaît à l'âge adulte) fait partie de la garniture des bouchées à la reine traditionnelles. Comme il s'agit d'un plat, on serait tenté de l'écrire "riz de veau". L'origine du mot "ris" est ici inconnue.

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19/09/2019

Huis

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Le sens premier du mot "huis" n'est plus utilisé dans le langage courant, mais ce mot a survécu dans une expression.

 

"Huis" vient du latin ostium, "entrée, porte (de maison); embouchure (d'un fleuve)", mot dérivant lui-même de os, oris, "bouche". C'est de là que vient le nom de la ville d'Ostie, Ostia en latin et en italien, station balnéaire de la ville de Rome, située à l'embouchure du Tibre (Dictionnaire étymologique du français, Dictionnaires LE ROBERT-SEJER, 2015).

 

Autrefois, en français, le mot "huis" qualifiait la porte d'une maison: frapper à l'huis de quelqu'un. "La nuit venue, ils vont au rendez-vous. / Eux introduits croyant ville gagnée, / Un bruit survint; la fête fut troublée ; / On frappe à l'huis. Le logis aux verrous / Était fermé: la femme à la fenêtre / Court en disant: Celui-là frappe en maître !" (Jean de La Fontaine, "Les Rémois", Contes et nouvelles, 1665).

 

Depuis le XVIème siècle, le mot "huis" se rencontre dans l'expression "à huis clos": toutes portes fermées. Cette expression est principalement utilisée dans le domaine juridique: délibérer à huis clos, audience à huis clos, tribunal qui ordonne le huis clos (c'est-à-dire sans que le public soit admis, sans publicité des débats). Mais, par extension, on peut aussi employer  l'expression "à huis clos" dans le sens de "dans l'intimité, en privé; en petit comité, en secret": violence conjugale à huis clos. 

 

Le substantif "huis clos" désigne un roman, une pièce de théâtre ou un film dont l'action se déroule dans un lieu unique. "Huis clos" est une pièce de théâtre de Jean-Paul Sartre, représentée pour la première fois en 1944. Elle raconte l'histoire de trois personnages enfermés après leur mort dans un même endroit. C'est de cette pièce qu'est tirée la fameuse réplique "L'enfer, c'est les autres".

 

Dérivant du mot "huis", on trouve le mot "huissier". Au XIIème siècle, l'"huissier" était le "gardien d'une porte, d'une entrée". Puis ce mot a qualifié une "personne chargée d'ouvrir et de fermer une porte": huissier de la chambre du roi. Aujourd'hui, un "huissier" est "celui qui a pour métier d'accueillir, d'annoncer et d'introduire les visiteurs dans une ministère ou une administration". Il y a aussi les "huissiers, huissières de justice", chargé(e)s de signifier les actes de procédure, de mettre à exécution les décisions de justice, de procéder à des constats. On a tous en tête l'image de l'huissier qui se présente très tôt le matin à la porte d'un débiteur pour procéder à une saisie de ses biens.

 

Enfin, dans le langage de la construction, le mot "huisserie" désigne la "partie fixe en bois ou en métal, qui forme les piédroits et le linteau d'une porte".

 

Concernant la prononciation, le s final de "huis" ne se prononce pas. Et remarquons que le h est muet dans "huis" et "huissier" (l'huis, l'huissier), alors qu'il est aspiré dans "huis clos" (le huis clos). Cela vient du fait qu'à l'origine, le mot "huis" s'écrivait uis. Le h fut introduit pour distinguer entre les sons [y] et [v] à l'époque où les lettres u et v pouvaient, chacune, avoir ces deux sons. En effet, autrefois, on pouvait écrire le verbe "user" aussi bien user que vser, et "venir" aussi bien uenir que venir. On a ajouté un h à uis pour éviter de confondre uis avec le mot "vis". On a fait de même avec le mot "huile" qui s'écrivait jadis uile, et que l'on pouvait facilement prendre pour l'adjectif féminin "vile". Avec l'ajout du h, la confusion n'était plus possible. Ainsi, le mot "huile" aussi a un h muet: l'huile (CNRTL). Le h de "huis clos" est aspiré car ce terme est apparu au XVIème siècle, longtemps après l'ajout du h à uis.

Concernant l'orthographe, "huis clos" est attesté sans trait d'union depuis le XVIIème siècle. Mais certains font une distinction entre l'expression et le substantif, et écrivent "à huis clos" et "le huis-clos".

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12/08/2019

Du tac au toc

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Analyse de plusieurs onomatopées et de leurs homonymes.

 

Le mot "tac" est une onomatopée évoquant un bruit sec: tac, tac, tac, tac ! (bruit de mitrailleuse); tac ! (bruit d'un coup de feu ou d'une ampoule qui saute). Plus particulièrement, dans le vocabulaire de l'escrime, le mot "tac" fait référence au bruit d'une lame sur une autre lame. C'est de là que nous vient l'expression "répondre/riposter du tac au tac" (littéralement, "répondre au coup d'un adversaire par un autre coup"): répondre à un mot désagréable en rendant aussitôt la pareille, ou plus généralement répondre immédiatement à quelqu'un, et sur le même ton.

 

Le mot "tic" aussi est une onomatopée. "Tic" exprime un mouvement brusque. Dans le langage courant, un "tic" est une "contraction rapide et involontaire de certains muscles, surtout ceux du visage": avoir des tics, être plein de tics. Par extension, un "tic" est également un "geste, une attitude habituels que la répétition rend plus ou moins ridicule". Et un "tic de langage" est l'"emploi d'un mot qui revient anormalement dans le discours de quelqu'un".

 

Le "tic" n'a rien à voir avec la "tique", acarien parasite des animaux, se nourrissant de sang, et pouvant aussi piquer l'homme.

 

Le mot "tic-tac" désigne le bruit régulier d'un mécanisme: le tic-tac d'une horloge, d'une pendule, d'un réveil.

 

Tic et Tac sont les noms de deux tamias créés par les studios Disney. Ils vivent dans l'arbre du jardin de Donald Duck dont ils perturbent la tranquillité. Tic a le nez noir et les dents du haut serrées, Tac a le nez rouge et les dents du haut écartées, ainsi qu'une petite touffe de poils rebelles sur la tête. Tic est le plus sérieux des deux, Tac le plus maladroit. Les tamias (chipmunk en anglais) appartiennent à la famille des écureuils, mais ils sont plus petits, et arborent des rayures sur le dos. En anglais, Tic et Tac sont Chip et Dale. Leur nom vient par jeu de mots de Thomas Chippendale, un créateur de meubles anglais qui vécut au XVIIIème siècle: Chippendale, Chip and Dale, Chip'n'Dale. De là vient aussi l'origine du nom des danseurs et strip-teaseurs américains Chippendales.

 

On ne confondra pas "tac" avec "taque", mot féminin utilisé dans le nord-est et l'est de la France pour qualifier une "plaque de cheminée" ou "plaque à feu": plaque de fonte, très souvent agrémentée d'un motif en relief, apposée contre le mur du fond de l'âtre d'une cheminée pour permettre à la chaleur du feu de se propager dans la pièce au lieu de se perdre dans le mur. En Belgique, une "taque" désigne le "couvercle d'un poêle de cuisine ou d'une citerne" (CNRTL).

 

***

 

Autre onomatopée, le mot "toc", de la famille étymologique du verbe "toucher", évoque un bruit, un heurt, mais ce bruit est moins fort que celui évoqué par "tac": toc, toc, je frappe à la porte.

On dit "et toc !" pour souligner un propos bien senti, une riposte percutante.

"Toc" est aussi un nom masculin et un adjectif invariable que l'on emploie quand on a affaire à une imitation d'un objet de valeur (dont on s'aperçoit qu'il n'est pas authentique après l'avoir manipulé): c'est du toc; bijou en toc. Synonymes: camelote, pacotille. En tant qu'adjectif, "toc" signifie "sans valeur; faux et prétentieux": son collier fait toc. Dans la même famille, et avec un sens identique, l'adjectif "tocard" ou "toquard", que l'on peut appliquer aussi bien à une chose qu'à une personne: des chaussures tocardes; quel(le) tocard(e) ! Dans le milieu des courses de chevaux, un "tocard" est un "mauvais cheval".

 

Il existe un TOC totalement différent. Ce nom masculin invariable est une abréviation de "trouble obsessionnel compulsif", un trouble psychique caractérisé par des pensées intrusives qui produisent des comportements répétés et ritualisés pour diminuer l'anxiété.

 

Le mot "toque", homonyme de "toc", est probablement issu de l'espagnol toca ou de l'italien tocca. Le mot, qui s'écrivait autrefois tocque, désigne depuis le XVème siècle une "coiffure sans bords ou à très petits bords, de forme cylindrique ou tronconique": toque de fourrure. Plus spécialement, la toque est la "coiffure en toile blanche, plus ou moins haute selon le rang, portée par les cuisiniers, les boulangers et les pâtissiers". Une "grande toque" est le nom que l'on donne à un chef de cuisine renommé.

Même les singes portent des toques: le "macaque à toque" ou "macaque couronné"  doit son nom à la touffe de poils qu'il a sur la tête. Ce petit singe rusé et chapardeur se rencontre notamment au Sri Lanka.

Dans le vocabulaire des courses hippiques, une "toque" est une "casquette à visière". Cette casquette en tissu recouvre le casque du jockey, casque appelé "bombe" à cause de sa forme sphérique. L'expression "faire la bombe", "faire la fête", n'a rien à voir avec le monde hippique. Cette bombe-là est une abréviation du mot "bombance", "bon repas, festin". On peut d'ailleurs aussi dire: faire bombance.

 

Le verbe "toquer" signifie "toucher". On l'utilise principalement dans l'est et le nord de la France, ainsi qu'en Belgique, au Luxembourg et en Suisse romande dans le sens de "frapper légèrement pour signaler sa présence": toquer à la porte, à la fenêtre.

L'adjectif "toqué", participe passé du verbe "toquer", signifie "un peu fou, bizarre, fantaisiste". L'image est celle du cerveau qui a pris un coup, et qui, depuis, est fêlé, dérangé. Synonymes: cinglé, givré, timbré. Plus positivement, "être toqué de quelqu'un" prend le sens d'"être amoureux fou de quelqu'un". On peut aussi être toqué de sciences ou de littérature. Quant au verbe "se toquer de/pour quelqu'un ou quelque chose", il signifie "se prendre d'une admiration, d'une passion excessive, déraisonnable et souvent passagère pour quelqu'un ou quelque chose". On peut aussi dire "avoir une tocade/toquade". Verbes synonymes: s'amouracher, s'enticher.

Enfin, substantif féminin dérivant aussi du verbe "toquer", une "tocante" ou "toquante" qualifie en argot une "montre ou une petite pendule caractérisée par le bruit audible de sa petite aiguille".

21:03 Publié dans Anglais, Argot, Belgique, Culture, Espagnol, Homonymes, Italien, Suisse romande, Walt Disney | Lien permanent | Commentaires (14) | |  Facebook | |