12/08/2019

Du tac au toc

tic et tac.jpg

 

Analyse de plusieurs onomatopées et de leurs homonymes.

 

Le mot "tac" est une onomatopée évoquant un bruit sec: tac, tac, tac, tac ! (bruit de mitrailleuse); tac ! (bruit d'un coup de feu ou d'une ampoule qui saute). Plus particulièrement, dans le vocabulaire de l'escrime, le mot "tac" fait référence au bruit d'une lame sur une autre lame. C'est de là que nous vient l'expression "répondre/riposter du tac au tac" (littéralement, "répondre au coup d'un adversaire par un autre coup"): répondre à un mot désagréable en rendant aussitôt la pareille, ou plus généralement répondre immédiatement à quelqu'un, et sur le même ton.

 

Le mot "tic" aussi est une onomatopée. "Tic" exprime un mouvement brusque. Dans le langage courant, un "tic" est une "contraction rapide et involontaire de certains muscles, surtout ceux du visage": avoir des tics, être plein de tics. Par extension, un "tic" est également un "geste, une attitude habituels que la répétition rend plus ou moins ridicule". Et un "tic de langage" est l'"emploi d'un mot qui revient anormalement dans le discours de quelqu'un".

 

Le "tic" n'a rien à voir avec la "tique", acarien parasite des animaux, se nourrissant de sang, et pouvant aussi piquer l'homme.

 

Le mot "tic-tac" désigne le bruit régulier d'un mécanisme: le tic-tac d'une horloge, d'une pendule, d'un réveil.

 

Tic et Tac sont les noms de deux tamias créés par les studios Disney. Ils vivent dans l'arbre du jardin de Donald Duck dont ils perturbent la tranquillité. Tic a le nez noir et les dents du haut serrées, Tac a le nez rouge et les dents du haut écartées, ainsi qu'une petite touffe de poils rebelles sur la tête. Tic est le plus sérieux des deux, Tac le plus maladroit. Les tamias (chipmunk en anglais) appartiennent à la famille des écureuils, mais ils sont plus petits, et arborent des rayures sur le dos. En anglais, Tic et Tac sont Chip et Dale. Leur nom vient par jeu de mots de Thomas Chippendale, un créateur de meubles anglais qui vécut au XVIIIème siècle: Chippendale, Chip and Dale, Chip'n'Dale. De là vient aussi l'origine du nom des danseurs et strip-teaseurs américains Chippendales.

 

On ne confondra pas "tac" avec "taque", mot féminin utilisé dans le nord-est et l'est de la France pour qualifier une "plaque de cheminée" ou "plaque à feu": plaque de fonte, très souvent agrémentée d'un motif en relief, apposée contre le mur du fond de l'âtre d'une cheminée pour permettre à la chaleur du feu de se propager dans la pièce au lieu de se perdre dans le mur. En Belgique, une "taque" désigne le "couvercle d'un poêle de cuisine ou d'une citerne" (CNRTL).

 

***

 

Autre onomatopée, le mot "toc", de la famille étymologique du verbe "toucher", évoque un bruit, un heurt, mais ce bruit est moins fort que celui évoqué par "tac": toc, toc, je frappe à la porte.

On dit "et toc !" pour souligner un propos bien senti, une riposte percutante.

"Toc" est aussi un nom masculin et un adjectif invariable que l'on emploie quand on a affaire à une imitation d'un objet de valeur (dont on s'aperçoit qu'il n'est pas authentique après l'avoir manipulé): c'est du toc; bijou en toc. Synonymes: camelote, pacotille. En tant qu'adjectif, "toc" signifie "sans valeur; faux et prétentieux": son collier fait toc. Dans la même famille, et avec un sens identique, l'adjectif "tocard" ou "toquard", que l'on peut appliquer aussi bien à une chose qu'à une personne: des chaussures tocardes; quel(le) tocard(e) ! Dans le milieu des courses de chevaux, un "tocard" est un "mauvais cheval".

 

Il existe un TOC totalement différent. Ce nom masculin invariable est une abréviation de "trouble obsessionnel compulsif", un trouble psychique caractérisé par des pensées intrusives qui produisent des comportements répétés et ritualisés pour diminuer l'anxiété.

 

Le mot "toque", homonyme de "toc", est probablement issu de l'espagnol toca ou de l'italien tocca. Le mot, qui s'écrivait autrefois tocque, désigne depuis le XVème siècle une "coiffure sans bords ou à très petits bords, de forme cylindrique ou tronconique": toque de fourrure. Plus spécialement, la toque est la "coiffure en toile blanche, plus ou moins haute selon le rang, portée par les cuisiniers, les boulangers et les pâtissiers". Une "grande toque" est le nom que l'on donne à un chef de cuisine renommé.

Même les singes portent des toques: le "macaque à toque" ou "macaque couronné"  doit son nom à la touffe de poils qu'il a sur la tête. Ce petit singe rusé et chapardeur se rencontre notamment au Sri Lanka.

Dans le vocabulaire des courses hippiques, une "toque" est une "casquette à visière". Cette casquette en tissu recouvre le casque du jockey, casque appelé "bombe" à cause de sa forme sphérique. L'expression "faire la bombe", "faire la fête", n'a rien à voir avec le monde hippique. Cette bombe-là est une abréviation du mot "bombance", "bon repas, festin". On peut d'ailleurs aussi dire: faire bombance.

 

Le verbe "toquer" signifie "toucher". On l'utilise principalement dans l'est et le nord de la France, ainsi qu'en Belgique, au Luxembourg et en Suisse romande dans le sens de "frapper légèrement pour signaler sa présence": toquer à la porte, à la fenêtre.

L'adjectif "toqué", participe passé du verbe "toquer", signifie "un peu fou, bizarre, fantaisiste". L'image est celle du cerveau qui a pris un coup, et qui, depuis, est fêlé, dérangé. Synonymes: cinglé, givré, timbré. Plus positivement, "être toqué de quelqu'un" prend le sens d'"être amoureux fou de quelqu'un". On peut aussi être toqué de sciences ou de littérature. Quant au verbe "se toquer de/pour quelqu'un ou quelque chose", il signifie "se prendre d'une admiration, d'une passion excessive, déraisonnable et souvent passagère pour quelqu'un ou quelque chose". On peut aussi dire "avoir une tocade/toquade". Verbes synonymes: s'amouracher, s'enticher.

Enfin, substantif féminin dérivant aussi du verbe "toquer", une "tocante" ou "toquante" qualifie en argot une "montre ou une petite pendule caractérisée par le bruit audible de sa petite aiguille".

21:03 Publié dans Anglais, Argot, Belgique, Culture, Espagnol, Homonymes, Italien, Suisse romande, Walt Disney | Lien permanent | Commentaires (14) | |  Facebook | |

23/04/2019

Près ou prêt ?

prêt_près_différence.png

 

Deux homonymes que l'on confond facilement.

 

Écrit-on "le café est près de bouillir" ou "le café est prêt à bouillir" ?

 

"Près" est un adverbe qui a pour sens "à petite distance, non loin dans l'espace ou dans le temps". Synonyme: proche. Antonyme: loin. Comme adverbe, "près" est invariable: il/elle habite tout près; voir la mort de près.

 

"Prêt" est un adjectif qui signifie que l'on est rendu capable de faire quelque chose grâce à une préparation matérielle ou morale. Synonymes: préparé, décidé, disposé à faire quelque chose. En tant qu'adjectif, "prêt" s'accorde en genre et en nombre avec le nom auquel il se rapporte: être prêt(e) à temps. L'adjectif s'utilise aussi pour parler de choses dont la préparation est terminée: tout est prêt pour accueillir les invités; le déjeuner est prêt.

 

"Près de" signifie" "à petite distance de": ma maison est tout près de la tienne (dans l'espace);  il est près de 10h00, être près de la retraite (dans le temps).

 

"Prêt à" signifie "préparé pour": je suis prêt(e) à partir. Il signifie aussi "disposé à, susceptible de": il/elle est prêt(e) à tous les sacrifices pour sa carrière; tenez-vous prêt(e) à agir quand le moment sera venu; être prêt(e) à tout.

 

Ainsi, l'on écrira "le café est près de bouillir" (il ne va pas tarder à bouillir).

 

Si, malgré ces explications, vous hésitez toujours, voici quelques trucs pour vous aider:

- Si le mot peut être remplacé par "sur le point de", il faut écrire "près" qui est suivi de la préposition "de":  avec tout ce travail à faire, je suis près de craquer. Dans certains cas, le mot peut aussi être remplacé par l'adjectif "proche": le jour est près de paraître.

- Si le mot peut être mis au féminin, c'est qu'il s'agit de l'adjectif "prêt" qui est suivi de la préposition "à": je suis prêt(e) à faire le tour du monde; mon courrier est prêt à être expédié.

 

Dans l'exemple qui illustre ma note, la construction "il n'est pas prêt de céder sa collection" est incorrecte puisque l'adjectif "prêt" suivi d'un verbe est toujours accompagné de la préposition "à". Il aurait donc fallu écrire: il n'est pas prêt à céder sa collection.

 

Attention, rien n'étant jamais simple en français, les deux locutions peuvent parfois s'employer l'une à la place de l'autre. Mais cela dépend du sens que l'on veut donner à la phrase, et naturellement il ne faut pas mélanger les constructions:

-Il/elle n'est pas près de recommencer: il/elle ne va pas recommencer de sitôt; il/elle est loin d'être sur le point de recommencer.

-Il/elle n'est pas prêt(e) à recommencer: il/elle n'est pas disposé(e) à recommencer.

 

Autre exemple de phrase ou l'on peut utiliser soit l'adverbe, soit l'adjectif: nous ne sommes pas près de nous laisser faire; nous ne sommes pas prêts à nous laisser faire.

 

Enfin, pour reprendre l'exemple qui illustre ma note, on peut écrire aussi bien "il n'est pas prêt à céder sa collection" que "il n'est pas près de céder sa collection".

 

Dans la deuxième partie de "L'Éducation sentimentale" (1869), lors d'une scène entre le héros Frédéric Moreau et son ami d'enfance Deslauriers, Gustave Flaubert écrit: "Ils étaient debout et se regardaient, attendris l'un à l'autre, et près de s'embrasser". Flaubert avait écrit d'abord "prêts à s'embrasser", avant de se rendre compte que sa phrase ne signifiait pas "préparés à s'embrasser", mais "près de", c'est-à-dire "sur le point de s'embrasser".¹

 

Enfin, voici un dernier truc pour ne plus confondre "près de" et "prêt à". Lorsqu'on parle de choses, c'est "près de" qui l'emporte: le café est près de bouillir, la cérémonie est près de commencer. Le café ne peut pas être "prêt à bouillir" et la cérémonie ne peut pas être "prête à commencer" car cela suggérerait qu'ils se sont préparés pour le faire ou qu'ils ont décidé de le faire, ce qui est impossible puisque ce sont des choses. Pareil pour notre jour qui n'est pas en mesure d'être "prêt à paraître". La construction "prêt à" existe pour parler de choses, mais le verbe est toujours à la forme passive: café prêt à être servi (quelqu'un l'a préparé pour être servi).

 

¹Gustave Flaubert, L'Éducation sentimentale, notice et notes de S.de Sacy, Éditions Gallimard, 1965.

11:18 Publié dans Culture, Grammaire, Gustave Flaubert, Homonymes | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | |

20/12/2018

Crèche

crèche.jpg

 

 Un mot qui s'impose à moins d'une semaine de Noël.

 

À l'origine, une "crèche" est une mangeoire pour animaux, plus particulièrement pour les moutons: les crèches d'une bergerie. 

Aujourd'hui, on comprend le mot comme la mangeoire de paille où, selon les évangiles de saint Matthieu et de saint Luc dans le Nouveau Testament, Jésus fut déposé au moment de sa naissance dans l'étable de Bethléem.

Par extension, "crèche" désigne aussi la reproduction figurative du cadre et de la scène de la Nativité. Il y a les personnages de la crèche (Joseph et Marie qui entourent l'Enfant Jésus, les rois Mages, des bergers, des anges) et les animaux de la crèche (l'âne et le bœuf, des moutons, des chameaux). Chaque pays ayant ses propres traditions populaires, le décor peut varier.

Ce sont principalement les pays et les régions de tradition catholique qui installent des crèches pour les fêtes de Noël. On en trouve de toutes les tailles, et composées de tous types de matériaux. Il en existe des traditionnelles, et d'autres d'inspiration moderne. Il y en a même des vivantes, consistant en une courte représentation théâtrale de la naissance de Jésus. Tout un artisanat gravite autour des crèches de Noël,  comme les santons de Provence, petites figurines en argile, très colorées. Il n'est pas rare d'associer la crèche avec le sapin de Noël, la crèche se plaçant généralement sous le sapin.

 

Le deuxième sens du mot "crèche" est l'"établissement équipé pour accueillir, dans la journée, les enfants de moins de trois ans dont les parents ne peuvent pas s'occuper aux heures ouvrables car ils travaillent". Une "crèche collective" regroupe, sous la surveillance d'un personnel spécialisé, entre quarante et soixante enfants. Une "crèche familiale" est un système de garde d'enfants au domicile d'une assistante maternelle.

Plusieurs mots ont un sens très proche de celui de "crèche":

- Une "garderie" est l'endroit où l'on accueille les jeunes enfants en dehors des heures et des jours de classe: je laisse mes enfants le mercredi à la garderie.

- Une "halte-garderie" est une crèche accueillant les jeunes enfants pour une courte période de temps, et de manière occasionnelle. Pluriel: des haltes-garderies.

- Un "jardin d'enfants", de l'allemand Kindergarten, est un établissement privé qui accueille après la crèche les enfants d'âge préscolaire.

- Une "pouponnière" est un établissement public hébergeant jour et nuit des jeunes enfants qui ne peuvent pas rester au sein de leur famille ni bénéficier d'un placement familial surveillé.

- Une "nurserie" ou "nursery", à l'origine "chambre réservée aux enfants dans les maisons anglaises", est une pièce où se trouvent les nouveau-nés dans les maternités. Le mot désigne aussi un local où l'on peut changer les bébés ou faire chauffer les biberons dans certains lieux publics comme les aéroports ou les stations-service. Pluriel: nurseries ou nurserys.

 

Au XVIIIème siècle, une "crèche" désignait une "couche garnie d'une paillasse". Puis, au début du XXème siècle, le mot prend le sens de "gîte misérable". C'est de là que vient le verbe familier "crécher": habiter, loger. Au Québec, "crécher" est employé couramment lorsqu'on reste à dormir chez quelqu'un: je vais crécher chez un(e) ami(e) ce soir.

 

Aujourd'hui, dans le langage populaire, pour parler d'une chambre ou d'un logement minable, on utilise le mot "piaule". Au XVIIème siècle, le mot s'écrivait "piol(l)e", et signifiait "cabaret, taverne". Étant donné ce sens primitif, "piaule" se rattache probablement à l'ancien français pier, "engloutir, boire" (CNRTL).

Dans une piaule, il y a nécessairement un "pieu", équivalent familier de "lit". Ce substantif se décline en verbe pronominal: se pieuter, se mettre au lit. "Se pieuter" appartient au registre populaire.

Le mot "pieu" possède un deuxième sens: pièce de bois droite et rigide dont l'une des extrémités est pointue et destinée à être enfoncée dans le sol. Dans ce sens-là, "pieu" vient du latin palus.

 

Enfin, on ne confondra pas "pieu" avec l'adjectif "pieux", "qui observe les pratiques de la religion". Cet adjectif vient du latin pius, "qui reconnaît et remplit ses devoirs envers les dieux, les parents, la patrie" (CNRTL).

07:22 Publié dans Allemand, Homonymes, Latin, Noël, Québec | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | |