19/09/2019

Huis

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Le sens premier du mot "huis" n'est plus utilisé dans le langage courant, mais ce mot a survécu dans une expression.

 

"Huis" vient du latin ostium, "entrée, porte (de maison); embouchure (d'un fleuve)", mot dérivant lui-même de os, oris, "bouche". C'est de là que vient le nom de la ville d'Ostie, Ostia en latin et en italien, station balnéaire de la ville de Rome, située à l'embouchure du Tibre (Dictionnaire étymologique du français, Dictionnaires LE ROBERT-SEJER, 2015).

 

Autrefois, en français, le mot "huis" qualifiait la porte d'une maison: frapper à l'huis de quelqu'un. "La nuit venue, ils vont au rendez-vous. / Eux introduits croyant ville gagnée, / Un bruit survint; la fête fut troublée ; / On frappe à l'huis. Le logis aux verrous / Était fermé: la femme à la fenêtre / Court en disant: Celui-là frappe en maître !" (Jean de La Fontaine, "Les Rémois", Contes et nouvelles, 1665).

 

Depuis le XVIème siècle, le mot "huis" se rencontre dans l'expression "à huis clos": toutes portes fermées. Cette expression est principalement utilisée dans le domaine juridique: délibérer à huis clos, audience à huis clos, tribunal qui ordonne le huis clos (c'est-à-dire sans que le public soit admis, sans publicité des débats). Mais, par extension, on peut aussi employer  l'expression "à huis clos" dans le sens de "dans l'intimité, en privé; en petit comité, en secret": violence conjugale à huis clos. 

 

Le substantif "huis clos" désigne un roman, une pièce de théâtre ou un film dont l'action se déroule dans un lieu unique. "Huis clos" est une pièce de théâtre de Jean-Paul Sartre, représentée pour la première fois en 1944. Elle raconte l'histoire de trois personnages enfermés après leur mort dans un même endroit. C'est de cette pièce qu'est tirée la fameuse réplique "L'enfer, c'est les autres".

 

Dérivant du mot "huis", on trouve le mot "huissier". Au XIIème siècle, l'"huissier" était le "gardien d'une porte, d'une entrée". Puis ce mot a qualifié une "personne chargée d'ouvrir et de fermer une porte": huissier de la chambre du roi. Aujourd'hui, un "huissier" est "celui qui a pour métier d'accueillir, d'annoncer et d'introduire les visiteurs dans une ministère ou une administration". Il y a aussi les "huissiers, huissières de justice", chargé(e)s de signifier les actes de procédure, de mettre à exécution les décisions de justice, de procéder à des constats. On a tous en tête l'image de l'huissier qui se présente très tôt le matin à la porte d'un débiteur pour procéder à une saisie de ses biens.

 

Enfin, dans le langage de la construction, le mot "huisserie" désigne la "partie fixe en bois ou en métal, qui forme les piédroits et le linteau d'une porte".

 

Concernant la prononciation, le s final de "huis" ne se prononce pas. Et remarquons que le h est muet dans "huis" et "huissier" (l'huis, l'huissier), alors qu'il est aspiré dans "huis clos" (le huis clos). Cela vient du fait qu'à l'origine, le mot "huis" s'écrivait uis. Le h fut introduit pour distinguer entre les sons [y] et [v] à l'époque où les lettres u et v pouvaient, chacune, avoir ces deux sons. En effet, autrefois, on pouvait écrire le verbe "user" aussi bien user que vser, et "venir" aussi bien uenir que venir. On a ajouté un h à uis pour éviter de confondre uis avec le mot "vis". On a fait de même avec le mot "huile" qui s'écrivait jadis uile, et que l'on pouvait facilement prendre pour l'adjectif féminin "vile". Avec l'ajout du h, la confusion n'était plus possible. Ainsi, le mot "huile" aussi a un h muet: l'huile (CNRTL). Le h de "huis clos" est aspiré car ce terme est apparu au XVIème siècle, longtemps après l'ajout du h à uis.

Concernant l'orthographe, "huis clos" est attesté sans trait d'union depuis le XVIIème siècle. Mais certains font une distinction entre l'expression et le substantif, et écrivent "à huis clos" et "le huis-clos".

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12/08/2019

Du tac au toc

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Analyse de plusieurs onomatopées et de leurs homonymes.

 

Le mot "tac" est une onomatopée évoquant un bruit sec: tac, tac, tac, tac ! (bruit de mitrailleuse); tac ! (bruit d'un coup de feu ou d'une ampoule qui saute). Plus particulièrement, dans le vocabulaire de l'escrime, le mot "tac" fait référence au bruit d'une lame sur une autre lame. C'est de là que nous vient l'expression "répondre/riposter du tac au tac" (littéralement, "répondre au coup d'un adversaire par un autre coup"): répondre à un mot désagréable en rendant aussitôt la pareille, ou plus généralement répondre immédiatement à quelqu'un, et sur le même ton.

 

Le mot "tic" aussi est une onomatopée. "Tic" exprime un mouvement brusque. Dans le langage courant, un "tic" est une "contraction rapide et involontaire de certains muscles, surtout ceux du visage": avoir des tics, être plein de tics. Par extension, un "tic" est également un "geste, une attitude habituels que la répétition rend plus ou moins ridicule". Et un "tic de langage" est l'"emploi d'un mot qui revient anormalement dans le discours de quelqu'un".

 

Le "tic" n'a rien à voir avec la "tique", acarien parasite des animaux, se nourrissant de sang, et pouvant aussi piquer l'homme.

 

Le mot "tic-tac" désigne le bruit régulier d'un mécanisme: le tic-tac d'une horloge, d'une pendule, d'un réveil.

 

Tic et Tac sont les noms de deux tamias créés par les studios Disney. Ils vivent dans l'arbre du jardin de Donald Duck dont ils perturbent la tranquillité. Tic a le nez noir et les dents du haut serrées, Tac a le nez rouge et les dents du haut écartées, ainsi qu'une petite touffe de poils rebelles sur la tête. Tic est le plus sérieux des deux, Tac le plus maladroit. Les tamias (chipmunk en anglais) appartiennent à la famille des écureuils, mais ils sont plus petits, et arborent des rayures sur le dos. En anglais, Tic et Tac sont Chip et Dale. Leur nom vient par jeu de mots de Thomas Chippendale, un créateur de meubles anglais qui vécut au XVIIIème siècle: Chippendale, Chip and Dale, Chip'n'Dale. De là vient aussi l'origine du nom des danseurs et strip-teaseurs américains Chippendales.

 

On ne confondra pas "tac" avec "taque", mot féminin utilisé dans le nord-est et l'est de la France pour qualifier une "plaque de cheminée" ou "plaque à feu": plaque de fonte, très souvent agrémentée d'un motif en relief, apposée contre le mur du fond de l'âtre d'une cheminée pour permettre à la chaleur du feu de se propager dans la pièce au lieu de se perdre dans le mur. En Belgique, une "taque" désigne le "couvercle d'un poêle de cuisine ou d'une citerne" (CNRTL).

 

***

 

Autre onomatopée, le mot "toc", de la famille étymologique du verbe "toucher", évoque un bruit, un heurt, mais ce bruit est moins fort que celui évoqué par "tac": toc, toc, je frappe à la porte.

On dit "et toc !" pour souligner un propos bien senti, une riposte percutante.

"Toc" est aussi un nom masculin et un adjectif invariable que l'on emploie quand on a affaire à une imitation d'un objet de valeur (dont on s'aperçoit qu'il n'est pas authentique après l'avoir manipulé): c'est du toc; bijou en toc. Synonymes: camelote, pacotille. En tant qu'adjectif, "toc" signifie "sans valeur; faux et prétentieux": son collier fait toc. Dans la même famille, et avec un sens identique, l'adjectif "tocard" ou "toquard", que l'on peut appliquer aussi bien à une chose qu'à une personne: des chaussures tocardes; quel(le) tocard(e) ! Dans le milieu des courses de chevaux, un "tocard" est un "mauvais cheval".

 

Il existe un TOC totalement différent. Ce nom masculin invariable est une abréviation de "trouble obsessionnel compulsif", un trouble psychique caractérisé par des pensées intrusives qui produisent des comportements répétés et ritualisés pour diminuer l'anxiété.

 

Le mot "toque", homonyme de "toc", est probablement issu de l'espagnol toca ou de l'italien tocca. Le mot, qui s'écrivait autrefois tocque, désigne depuis le XVème siècle une "coiffure sans bords ou à très petits bords, de forme cylindrique ou tronconique": toque de fourrure. Plus spécialement, la toque est la "coiffure en toile blanche, plus ou moins haute selon le rang, portée par les cuisiniers, les boulangers et les pâtissiers". Une "grande toque" est le nom que l'on donne à un chef de cuisine renommé.

Même les singes portent des toques: le "macaque à toque" ou "macaque couronné"  doit son nom à la touffe de poils qu'il a sur la tête. Ce petit singe rusé et chapardeur se rencontre notamment au Sri Lanka.

Dans le vocabulaire des courses hippiques, une "toque" est une "casquette à visière". Cette casquette en tissu recouvre le casque du jockey, casque appelé "bombe" à cause de sa forme sphérique. L'expression "faire la bombe", "faire la fête", n'a rien à voir avec le monde hippique. Cette bombe-là est une abréviation du mot "bombance", "bon repas, festin". On peut d'ailleurs aussi dire: faire bombance.

 

Le verbe "toquer" signifie "toucher". On l'utilise principalement dans l'est et le nord de la France, ainsi qu'en Belgique, au Luxembourg et en Suisse romande dans le sens de "frapper légèrement pour signaler sa présence": toquer à la porte, à la fenêtre.

L'adjectif "toqué", participe passé du verbe "toquer", signifie "un peu fou, bizarre, fantaisiste". L'image est celle du cerveau qui a pris un coup, et qui, depuis, est fêlé, dérangé. Synonymes: cinglé, givré, timbré. Plus positivement, "être toqué de quelqu'un" prend le sens d'"être amoureux fou de quelqu'un". On peut aussi être toqué de sciences ou de littérature. Quant au verbe "se toquer de/pour quelqu'un ou quelque chose", il signifie "se prendre d'une admiration, d'une passion excessive, déraisonnable et souvent passagère pour quelqu'un ou quelque chose". On peut aussi dire "avoir une tocade/toquade". Verbes synonymes: s'amouracher, s'enticher.

Enfin, substantif féminin dérivant aussi du verbe "toquer", une "tocante" ou "toquante" qualifie en argot une "montre ou une petite pendule caractérisée par le bruit audible de sa petite aiguille".

21:03 Publié dans Anglais, Argot, Belgique, Culture, Espagnol, Homonymes, Italien, Suisse romande, Walt Disney | Lien permanent | Commentaires (14) | |  Facebook | |

18/07/2019

Lune 2019

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Il y a cinquante ans, l'homme marchait pour la première fois sur la Lune. L'occasion de revenir sur cet astre que j'ai analysé il y a cinq ans.

 

La lune est l'astre brillant qui éclaire la Terre pendant la nuit. Le mot est issu du latin luna, syncope de Lucina, "la Lumineuse", qui est l'autre nom de la déesse Junon chez les poètes latins, Lucina venant de lucere, "briller, éclairer". En linguistique, une syncope est l'élision d'un ou plusieurs phonèmes au milieu d'un mot. Rappelez-vous, nous avons déjà vu l'apocope et l'aphérèse: https://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/ar...

 

La lune en tant qu'astre lumineux vu d'un point de la Terre et qui présente un aspect particulier s'écrit avec un "l" minuscule. On parle de rayon de lune, de nouvelle lune, de pleine lune, de croissant de lune, de nuit sans lune et de... clair de lune. On se souvient tous de la comptine: Au clair de la lune / Mon ami Pierrot / Prête-moi ta plume / Pour écrire un mot.

 

De nombreuses locutions et expressions sont en rapport avec la lune:

- Une "face de lune" est un visage rond et aux joues rebondies.

- Être dans la lune: être très distrait, rêveur, perdu dans ses pensées. On peut aussi dire, avec la même image d'éloignement: être dans les nuages, avoir la tête dans les étoiles ou être tête en l'air. Le contraire, c'est avoir les pieds sur terre ou avoir la tête sur les épaules. En Suisse romande, l'expression consacrée est: être dans les nioles. Le mot "niole" dérive du latin nebula, "nuage", et c'est de là que vient le terme "niolu" qui qualifie une personne simplette. Dans la même famille, le verbe "ennioler": ennuyer, importuner avec des niaiseries. "Ennioler" est fréquemment utilisé comme euphémisation d'"emmerder" et se décline en plusieurs mots: s'ennioler = s'emmerder; un ennioleur = un emmerdeur; enniolant = emmerdant; un enniolement = un emmerdement, une emmerde¹. Des expressions équivalentes à notre régionalisme "être dans les nioles" existent dans au moins deux langues étrangères. En anglais, on dit to have one's head in the clouds et en italien avere la testa fra/tra le nuvole: avoir la tête dans les nuages. 

- Tomber de la lune: éprouver une grande surprise à l'annonce d'un événement inattendu. Aussi: tomber des nues (le terme "nue" est un synonyme littéraire de "nuage").

- Demander ou promettre la lune: demander ou promettre une chose impossible.

- Décrocher la lune: obtenir quelque chose qui semblait impossible à atteindre.

- Aboyer à la lune: crier contre une personne à qui l'on ne peut pas faire de mal.

- Con comme la lune: très stupide.

 

Et voici quelques expressions aujourd'hui tombées en désuétude, mais néanmoins savoureuses:

- Vouloir prendre la lune avec les dents: vouloir faire une chose impossible.

- Faire un trou à la lune: se dit d'une personne qui s'en va furtivement, sans payer ses créanciers.

- Avoir la lune dans la tête: être un peu fou.

- Il n'en est pas encore à faire la révérence à la lune: il n'est pas fou.

- Voir la lune à gauche: avoir des mécomptes (comprenez des désillusions); je crois qu'il verra souvent la lune à gauche avec cette belle.

- Être aussi lâche que la lune: parce qu'elle ne se montre que la nuit.²

 

En tant que planète, dans le langage de l'astronomie, le mot s'écrit "Lune". On dit: envoyer une fusée/des astronautes sur la Lune, aller/se poser sur la Lune, le premier pas de l'homme sur la Lune, etc.

La Lune n'a pas de lumière propre, elle réfléchit celle qu'elle reçoit du Soleil et possède en permanence un hémisphère obscur et un hémisphère éclairé. Les aspects différents suivant lesquels on la voit de la Terre s'expliquent par les variations de sa position par rapport à notre planète et au Soleil.

On appelle "nouvelle lune" la phase de la Lune dans laquelle celle-ci se trouve placée entre le Soleil et la Terre. Elle tourne alors vers la Terre sont hémisphère obscur et est invisible à nos yeux. Pendant la "pleine lune", la Lune, placée à l'opposé du Soleil par rapport à la Terre, nous montre son hémisphère éclairé et devient donc visible sous l'aspect d'un disque entier.

La lunaison, révolution synodique ou mois lunaire est le temps qui s'écoule entre deux nouvelles lunes consécutives, soit environ 29 jours et demi. La "lune rousse" est l'appellation traditionnelle de la lunaison qui commence après Pâques et qui, selon la tradition paysanne, est une période de gelées nocturnes tardives et/ou de vents froids qui font roussir la végétation, plus spécialement les jeunes pousses.

 

Autrefois, on qualifiait de "lune" un mois lunaire: il est parti depuis quatre lunes, il est parti depuis quatre mois. Il existait aussi la locution "être dans une bonne ou une mauvaise lune": être de bonne ou de mauvaise humeur. Et on disait d'une personne sujette à des caprices qu'elle avait "des lunes". Aujourd'hui, on dit que quelqu'un est bien ou mal luné. Une personne lunatique, elle, est d'humeur changeante et imprévisible. L'anglais nous a emprunté ce mot, mais avec une différence de sens. En anglais, lunatic signifie "fou, dément".

On nomme "vieille lune" un sujet rebattu, une idée démodée; au pluriel, les "vieilles lunes" signifient le temps passé, les époques révolues.

Depuis le XVIème siècle, l'expression "lune de miel" qualifie les premiers temps du mariage, d'amour et de bonne entente: littéralement, le premier mois doux comme le miel. "Lune de miel" est un calque de l'anglais honeymoon, hony moone en ancien anglais. En allemand, on dit Flitterwochen: "semaines de paillettes".

 

Dans la même famille que le mot "lune", on rencontre son diminutif, la lunette, qui décrit toutes sortes d'objets de forme circulaire. Parmi ceux-ci, citons l'ouverture du siège des cabinets, la vitre arrière d'une automobile, l'instrument d'optique servant à augmenter le diamètre apparent des objets éloignés pour pouvoir les observer plus nettement et, enfin, les lunettes, paire de verres correcteurs ou protecteurs: lunettes de vue ou lunettes de soleil. Quant aux "lunettes en peau de saucisson", on les a lorsque l'on est "copieusement bourré, beurré, pété, naze, cassé, fait, etc."³

 

Pour conclure, cette définition de la lune par Gustave Flaubert dans son "Dictionnaire des idées reçues" qui date de la fin du XIXème siècle:

Inspire la mélancolie. Est peut-être habitée ?

 

¹Georges Arès, Parler suisse, parler français, Éditions de l'Aire, 1994.

²Dictionnaire de l'Académie française, 1765 et 1835; Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1869.

³Pierre Merle, Nouveau dictionnaire de la langue verte, Éditions Denoël, 2007.