20/05/2019

Flûte

flute.jpg

 

Analyse du mot "flûte" qui possède plusieurs sens différents.

 

Le mot "flûte" vient de l'ancien provençal flaüta, qui a donné flaüte en ancien français. Les origines provençales se voient clairement dans l'italien flauto et l'espagnol flauta. En anglais, le mot s'écrit comme en français, l'accent circonflexe en moins: flute.

"Flûte" serait une onomatopée évoquant par la suite vocalique a-u la modulation du son dans un tuyau. Les consonnes initiales fl auraient pour origine les mots dérivés du latin flare, "souffler" (CNRTL). De même origine, le "flageolet", "flûte à bec généralement percée de six trous", que l'on ne confondra pas avec le haricot nain homonyme dont on consomme les grains.

 

Depuis le XIIème siècle, une "flûte" qualifie un "instrument de musique à vent, formé d'un tube creux, percé de plusieurs trous". Au fil des siècles, toutes sortes de flûtes différentes sont apparues. Voici les plus courantes: la "flûte à bec", appelée aussi "flûte douce" ou "flûte droite"; la "flûte traversière" ou "grande flûte"; la "petite flûte" ou "piccolo".

La "flûte à bec" est en bois ou en matière plastique, et, comme son nom l'indique, son embouchure est en forme de bec. La "flûte traversière" est généralement en métal, et elle est tenue parallèlement aux lèvres car son ouverture est latérale. La "petite flûte" est une flûte traversière à timbre aigu.

La "flûte de Pan" est faite de tubes de longueur décroissante, sur lesquels on promène ses lèvres. Le nom "flûte de Pan" fait référence au dieu Pan de la mythologie grecque. La nymphe Syrinx, qui voulait échapper aux avances du dieu Pan, pris la fuite à travers champs, et arriva devant un fleuve qui arrêta sa course. Pour ne pas être capturée par Pan, elle demanda aux nymphes du fleuve de la transformer en roseaux. Pan la vit disparaître, il soupira, et son souffle produisit un son mélancolique dans les roseaux. Séduit par cette "musique" qui correspondait à son état d'esprit, Pan cueillit des roseaux d'inégale longueur, et confectionna une flûte. C'est ainsi que la flûte de Pan porte l'autre nom de "syrinx". Et Syrinx a donné son nom à une pièce pour solo de flûte en un mouvement, composée par Claude Debussy en 1913. 

Autre grand compositeur, Wolfgang Amadeus Mozart a composé en 1791, quelques semaines avant sa mort, l'opéra "La Flûte enchantée".

Un joueur ou une joueuse de flûte est un(e) "flûtiste".

La flûte est indissociable de l'imagerie pastorale. La flûte du berger est un roseau percé de trous que l'on appelle "chalumeau", "pipeau", "flûtiau" ou "flûteau". Les scènes pastorales, très en vogue aux XVIIème et XVIIIème siècles, représentent de jeunes bergers dans un paysage champêtre idéalisé. Au Québec, le terme "chalumeau" renvoie au "petit tube que l'on insère dans l'entaille d'un érable pour permettre à la sève de s'écouler". Et "flûteau" est aussi l'autre nom du plantain d'eau.

 

Depuis le XVIIème siècle, par analogie de forme avec l'instrument de musique, une "flûte" est un "verre à pied, long, mince et étroit": une flûte à champagne. En voici une définition savoureuse, tirée de la nouvelle "Le plus bel amour de Don Juan" de Jules Barbey d'Aurevilly (Les Diaboliques, 1874): "Et il leva son verre de champagne, qui n'était pas la coupe bête et païenne par laquelle on l'a remplacée, mais le verre élancé et svelte de nos ancêtres, qui est le vrai verre de champagne — celui-là qu'on appelle une flûte, peut-être à cause des célestes mélodies qu'il nous verse souvent au cœur."

 

Depuis le XIXème siècle, toujours par analogie de forme avec l'instrument, les "flûtes" qualifient les jambes dans le langage familier, spécialement des jambes longues et maigres. L'expression familière "jouer des flûtes" signifie "courir, se sauver".

 

Aussi depuis le XIXème siècle, une "flûte" est un "pain de forme mince et allongée, plus petit que la baguette, et plus gros que la ficelle" (une ficelle correspond à une demi-baguette).

 

"Flûte !" est une interjection marquant l'impatience, la déception ou la désapprobation. Mais cette interjection, qui date de la deuxième moitié du XIXème siècle, tend à être désuète. Dans le langage courant, on s'écriera plutôt mince ! (euphémisme de "merde !") ou zut !

 

Enfin, en Suisse romande, une "flûte" est un "bâtonnet de pain salé et croustillant": flûte au sel. On en trouve en Italie sous le nom de grissini. La traduction française du mot italien est "gressin", mais ce mot est rare.¹

 

¹Georges Arès, Parler suisse, parler français, Éditions de l'Aire, 1994.

01/05/2019

1er mai 2019: faites-vous le muguet ?

 

muguet.pngQui dit 1er mai dit brin de muguet, symbole du printemps et du renouveau. Cette coutume est très ancienne. C'est en effet à partir du 1er mai 1561 que le roi Charles IX, fils d'Henri II et de Catherine de Médicis, instaura la tradition d'offrir du muguet aux dames de la cour le premier jour du mois de mai parce qu'il avait lui-même reçu le 1er mai de l'année précédente un brin de muguet en guise de porte-bonheur et qu'il avait trouvé ce geste charmant. Cette habitude se répandit à travers toute la France pour parvenir jusqu'à nous. Et, depuis, il est devenu courant de s'offrir du muguet ce jour-là.

Qui dit 1er mai dit aussi Fête du travail, à laquelle le muguet est associé depuis le début du XXème siècle. La date du 1er mai, elle, fut choisie en 1889 comme symbole de la lutte des travailleurs en mémoire du premier mouvement de revendication pour obtenir la journée de huit heures, qui avait été lancé le 1er mai 1886 aux États-Unis par les anarchistes, et qui avait donné lieu à une grève générale dans les usines du pays, ainsi qu'à des manifestations très violentes, notamment à Chicago. En France, à la fin du XIXème siècle, c'était une églantine rouge que les travailleurs mettaient à leur boutonnière pour défiler. Ensuite, comme la Fête du travail coïncidait avec la tradition d'offrir du muguet le 1er mai, c'est cette fleur entourée d'un ruban rouge que les manifestants adoptèrent.

 

À partir du XVIème siècle, par allusion au parfum subtil de la fleur, on appelait "muguet" un jeune galant. Voici une définition qui date de 1704, délicieusement désuète: "Galant, coquet, qui fait l'amour aux Dames, qui est paré & bien mis pour leur plaire. Les Tuileries sont le rendez-vous de tous les muguets." La définition précise qu'en ce début de XVIIIème siècle, ce terme était déjà un peu vieilli et ne pouvait avoir d'usage que dans le comique et le burlesque. Dans son Dictionnaire de 1869, Émile Littré revient sur le mot: "nom donné aux jeunes gens faisant profession d'élégance et de galanterie, parce qu'ils se parfumaient avec des essences de muguet; mot de satire ou de comédie."

Il existait aussi le verbe "muguetter" qui avait deux significations:

1. Dans le sens de "faire le muguet": "faire le galant, le cajolleur, tâcher de se rendre agréable à une Dame; il y a long temps que ce jeune homme muguette cette fille pour l'épouser; il n'y a muguet qui ne muguette." Restons parmi les fleurs avec une expression équivalente qui apparut au XVIIème siècle: conter fleurette. Elle n'est plus guère utilisée de nos jours non plus, on dira "séduire" ou, plus prosaïquement, "draguer".

2. "Se dit aussi figurément, en parlant des desseins qu'on a de se rendre maître de quelqu'autre chose; tous les Princes voisins de cette place la muguettent depuis long temps; il y a long temps qu'il muguette cette maison." Comprenez "convoiter".

À la même époque, le muguet semblait posséder des vertus médicinales: "les fleurs du muguet sont apéritives, propres pour la paralysie, pour le vertige, pour l'épilepsie. On se sert aussi de cette fleur & de la racine pour faire éternuer."

 

Toujours dans le registre médical, et depuis le XVIIIème siècle, par analogie d'aspect entre la lésion et la fleur, le terme "muguet" renvoie à une inflammation de la muqueuse de la bouche et du pharynx due à une levure, qui se présente sous la forme d'érosions recouvertes d'un enduit blanchâtre. On peut aussi parler de "candidose".

 

Les citations sont tirées du Dictionnaire français universel & latin (Dictionnaire de Trévoux), chez Estienne Ganeau, Libraire de Paris, 1704.

Pour en savoir davantage sur l'expression "conter fleurette": http://salem.blog.24heures.ch/archive/2007/10/30/conter-f...

09:28 Publié dans 1er mai, Culture, Histoire | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Facebook | |

23/04/2019

Près ou prêt ?

prêt_près_différence.png

 

Deux homonymes que l'on confond facilement.

 

Écrit-on "le café est près de bouillir" ou "le café est prêt à bouillir" ?

 

"Près" est un adverbe qui a pour sens "à petite distance, non loin dans l'espace ou dans le temps". Synonyme: proche. Antonyme: loin. Comme adverbe, "près" est invariable: il/elle habite tout près; voir la mort de près.

 

"Prêt" est un adjectif qui signifie que l'on est rendu capable de faire quelque chose grâce à une préparation matérielle ou morale. Synonymes: préparé, décidé, disposé à faire quelque chose. En tant qu'adjectif, "prêt" s'accorde en genre et en nombre avec le nom auquel il se rapporte: être prêt(e) à temps. L'adjectif s'utilise aussi pour parler de choses dont la préparation est terminée: tout est prêt pour accueillir les invités; le déjeuner est prêt.

 

"Près de" signifie" "à petite distance de": ma maison est tout près de la tienne (dans l'espace);  il est près de 10h00, être près de la retraite (dans le temps).

 

"Prêt à" signifie "préparé pour": je suis prêt(e) à partir. Il signifie aussi "disposé à, susceptible de": il/elle est prêt(e) à tous les sacrifices pour sa carrière; tenez-vous prêt(e) à agir quand le moment sera venu; être prêt(e) à tout.

 

Ainsi, l'on écrira "le café est près de bouillir" (il ne va pas tarder à bouillir).

 

Si, malgré ces explications, vous hésitez toujours, voici quelques trucs pour vous aider:

- Si le mot peut être remplacé par "sur le point de", il faut écrire "près" qui est suivi de la préposition "de":  avec tout ce travail à faire, je suis près de craquer. Dans certains cas, le mot peut aussi être remplacé par l'adjectif "proche": le jour est près de paraître.

- Si le mot peut être mis au féminin, c'est qu'il s'agit de l'adjectif "prêt" qui est suivi de la préposition "à": je suis prêt(e) à faire le tour du monde; mon courrier est prêt à être expédié.

 

Dans l'exemple qui illustre ma note, la construction "il n'est pas prêt de céder sa collection" est incorrecte puisque l'adjectif "prêt" suivi d'un verbe est toujours accompagné de la préposition "à". Il aurait donc fallu écrire: il n'est pas prêt à céder sa collection.

 

Attention, rien n'étant jamais simple en français, les deux locutions peuvent parfois s'employer l'une à la place de l'autre. Mais cela dépend du sens que l'on veut donner à la phrase, et naturellement il ne faut pas mélanger les constructions:

-Il/elle n'est pas près de recommencer: il/elle ne va pas recommencer de sitôt; il/elle est loin d'être sur le point de recommencer.

-Il/elle n'est pas prêt(e) à recommencer: il/elle n'est pas disposé(e) à recommencer.

 

Autre exemple de phrase ou l'on peut utiliser soit l'adverbe, soit l'adjectif: nous ne sommes pas près de nous laisser faire; nous ne sommes pas prêts à nous laisser faire.

 

Enfin, pour reprendre l'exemple qui illustre ma note, on peut écrire aussi bien "il n'est pas prêt à céder sa collection" que "il n'est pas près de céder sa collection".

 

Dans la deuxième partie de "L'Éducation sentimentale" (1869), lors d'une scène entre le héros Frédéric Moreau et son ami d'enfance Deslauriers, Gustave Flaubert écrit: "Ils étaient debout et se regardaient, attendris l'un à l'autre, et près de s'embrasser". Flaubert avait écrit d'abord "prêts à s'embrasser", avant de se rendre compte que sa phrase ne signifiait pas "préparés à s'embrasser", mais "près de", c'est-à-dire "sur le point de s'embrasser".¹

 

Enfin, voici un dernier truc pour ne plus confondre "près de" et "prêt à". Lorsqu'on parle de choses, c'est "près de" qui l'emporte: le café est près de bouillir, la cérémonie est près de commencer. Le café ne peut pas être "prêt à bouillir" et la cérémonie ne peut pas être "prête à commencer" car cela suggérerait qu'ils se sont préparés pour le faire ou qu'ils ont décidé de le faire, ce qui est impossible puisque ce sont des choses. Pareil pour notre jour qui n'est pas en mesure d'être "prêt à paraître". La construction "prêt à" existe pour parler de choses, mais le verbe est toujours à la forme passive: café prêt à être servi (quelqu'un l'a préparé pour être servi).

 

¹Gustave Flaubert, L'Éducation sentimentale, notice et notes de S.de Sacy, Éditions Gallimard, 1965.

11:18 Publié dans Culture, Grammaire, Gustave Flaubert, Homonymes | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | |