16/01/2019

Mèche

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Le mot "mèche" possède plusieurs significations différentes.

 

Une "mèche", c'est tout d'abord un "cordon au cœur d'une bougie ou servant à conduire un liquide combustible dans une lampe, et que l'on fait brûler par son bout libre pour obtenir une flamme de longue durée": mèche d'une lampe à huile.

L'origine du mot est obscure. "Mèche" pourrait venir du latin classique mucus, "morve, mucus nasal", par assimilation de la morve pendante au nez avec une mèche (Littré, CNRTL). Cette explication semble plausible car l'on dit "moucher une bougie" lorsque l'on coupe le bout de la mèche consumée qui empêche la bougie d'éclairer, le verbe "moucher" voulant aussi dire "souffler par les narines pour en faire sortir les mucosités". 

L'expression "être de mèche avec quelqu'un" signifie que l'on est d'accord d'être en secret dans une affaire qui doit rester cachée. De la même manière que la mèche d'une bougie ou d'une lampe à huile prend feu aisément, l'arrangement conclu marque le début d'une activité.

Dans le langage populaire, "y a pas mèche" signifie "il n'y a pas moyen, c'est impossible" (de commencer une activité): avec tout ce boucan, y a pas mèche de travailler.

 

Le deuxième sens du mot "mèche" est le "cordon servant à mettre le feu à une mine, une bombe ou un explosif".

De ce sens-là nous viennent deux expressions:

-Éventer, découvrir la mèche: découvrir les dessous d'une affaire, d'un complot. L'origine de l'expression est militaire: on disait autrefois d'un artificier qu'il "éventait" la mèche d'un explosif ennemi lorsqu'il la "découvrait", c'est-à-dire lorsqu'il la mettait à l'air libre pour l'éteindre.

-Vendre la mèche: dévoiler un secret, un dessein qui devait être tenu caché. Dans cette expression, le verbe "vendre" ajoute une notion de trahison. Au sens figuré, un "vendu" est en effet un "traître". "Éventer, découvrir la mèche" suppose que l'affaire est mise à jour à l'insu des instigateurs, tandis qu'avec "vendre la mèche" l'on sous-entend que c'est l'un des complices qui la révèle.

 

Plusieurs autres sens nous viennent par analogie de forme avec la mèche "cordon":

-Dans le langage de la chirurgie, une "mèche" est une "bande de tissu introduite dans une plaie, une cavité, pour drainer un épanchement ou tarir un saignement".

-Bout de ficelle attaché à l'extrémité d'un fouet.

-Petite touffe de cheveux se distinguant de l'ensemble de la chevelure par sa position, sa forme ou sa couleur: mèche rebelle, folle (mot synonyme: "épi", par analogie avec la partie terminale de la tige de certaines graminées comme le blé). Un "accroche-cœur" est une "mèche de cheveux formant une boucle plate sur les tempes": une coiffure aujourd'hui passée de mode, mais qui autrefois était un outil de séduction féminine dont on disait qu'il avait le pouvoir d'accrocher le cœur des hommes. Synonyme: guiches (mèches de cheveux frisés plaquées sur le front, les tempes). Chez le coiffeur, on peut "se faire faire des mèches": en faire éclaircir certaines (on peut aussi dire "se faire faire un balayage").

-Tige d'acier servant à percer des trous par rotation: mèche de perceuse.

 

Le verbe "émécher" signifie "couper l'extrémité charbonnée de la mèche d'une bougie" (l'équivalent de "moucher" que nous avons vu plus haut). "Éméché", le participe passé du verbe employé comme adjectif, veut dire "ivre", proprement "qui a les cheveux en mèches sous l'effet de l'ivresse" (CNRTL).

 

Le verbe "mécher" possède deux significations: dans le langage de l'œnologie, "désinfecter un tonneau en y faisant brûler une mèche enduite de soufre"; et en chirurgie, "placer une mèche (la bande de tissu que nous avons vue plus haut) pour drainer".

 

Enfin, précisons que le mot "méchoui" n'a pas du tout la même étymologie que le mot "mèche", même si la flamme y tient un rôle essentiel. Le "méchoui" est un mot arabe signifiant "grillé au feu". "Méchoui" est aussi bien un "mouton ou agneau entier rôti à la broche sur les braises d'un feu de bois" que le repas lui-même: être invité à un méchoui.

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26/10/2018

Gargoulette

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Autrefois, dans le langage familier, le mot "gargoulette" qualifiait le gosier. "Gargoulette", diminutif de gargoule, ancienne forme de "gargouille", gargoule étant composé de la racine onomatopéique garg- et de l'ancien français goule, "gueule". Un autre mot à la sonorité et à l'étymologie proches est la "margoulette": "bouche, mâchoire" dans le langage populaire, et, par extension, "figure, visage" dans l'expression "se casser la margoulette". "Goulette" est le diminutif de goule, et le premier élément est emprunté au verbe margouiller, ancienne forme de "mâchonner" (CNRTL).

Outre le mot "gargoulette", le mot "gargamelle" aussi qualifiait autrefois la gorge, le gosier.¹ "Gargamelle", emprunté au provençal gargamella. On retrouve ce mot comme nom propre dans le roman de François Rabelais, "Gargantua" (1534): Gargamelle, géante d'un embonpoint et d'un appétit énormes, est la mère de Gargantua. Depuis le XIXème siècle, dans le langage courant, le mot "gargantua" décrit un "gros mangeur": un appétit de gargantua. Et l'adjectif "gargantuesque" qualifie un repas où l'on mange énormément. Adjectif synonyme: pantagruélique, du géant Pantagruel, un autre personnage de François Rabelais. Appétit, repas pantagruélique.

 

Aujourd'hui, la "gargoulette" est un "vase de terre poreux utilisé dans les pays méditerranéens, où l'on met l'eau à rafraîchir par évaporation". En provençal on dit gargouleto, "cruchon" (CNRTL). Mot synonyme: alcarazas, de l'espagnol alcarraza, lui-même tiré de l'arabe al-karraz, "jarre à goulot étroit". En Espagne, suivant la région, ce récipient peut aussi s'appeler botijo, búcaro ou càntir.

En français, l'orthographe du mot "alcarazas" fait débat (notons que le "s" final se prononce). Si presque tous les dictionnaires attribuent aujourd'hui à ce mot la même orthographe, Bescherelle reconnaît plusieurs orthographes possibles ("alcarazas", "alcarasas", "alcarrasas", ou mieux "alcarraza"), et Littré suit l'orthographe espagnole alcarraza de manière à supprimer au singulier le "s" qui est signe du pluriel, et qui, selon lui, "rend le mot tout à fait barbare". Quant au Nouveau Larousse illustré, il estime également que l'orthographe espagnole est plus rationnelle, mais il adopte l'orthographe fixée par l'Académie: "alcarazas" au singulier comme au pluriel.

 

On ne confondra pas "alcarazas" avec "alcazar", "palais fortifié construit par les rois maures d'Espagne": l'alcazar de Cordoue, de Séville, de Tolède. "Alcazar", mot espagnol emprunté de l'arabe al-qasr, lui-même issu du latin castrum, "forteresse".

 

On ne confondra pas non plus "alcazar" avec "Alcatraz", à la fois nom d''île et de prison. L'île est située dans la baie de San Francisco, en Californie, dans l'ouest des Etats-Unis. À l'origine, la Californie était une colonie espagnole. L'explorateur Juan Manuel de Ayala fut le premier Européen à naviguer dans la baie de San Francisco en 1775. Il nomma l'île La Isla de los Alcatraces car elle était peuplée de nombreux pélicans. Alcatraces, pluriel de alcatraz: à l'époque, en espagnol, ce mot désignait toutes sortes d'oiseaux de mer, parmi lesquels le pélican. En espagnol actuel, alcatraz signifie "fou de Bassan". Aucun fou de Bassan ne s'est jamais aventuré sur la côte pacifique, cet oiseau ne vivant que dans l'Atlantique nord, mais on peut supposer que Juan Manuel de Ayala en ait vu lors de ses voyages. En 1850, date à laquelle la Californie fut annexée par les Etats-Unis, l'île hébergea une forteresse militaire, puis une prison fédérale jusqu'en 1963.

 

En guise de conclusion, revenons à notre gargoulette. Dans un registre beaucoup plus léger, celles et ceux qui avaient l'âge de regarder le Club Dorothée dans les années 1990 se souviendront du refrain de la chanson "Qu'il est bête": "Oh mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu qu'il est bête / Comme une gargoulette / Plus bête qu'une paire de chaussettes / Qu'il est, qu'il est bête / Qu'est-ce qu'il a dans sa p'tite tête / Pour être aussi bête / Oh mon Dieu qu'il est bête."

 

¹Tout comme la "dalle" que nous avons vue dans un billet précédent:
https://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/ar....

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29/09/2018

Complexion

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Analyse d'un mot dont le sens a évolué au fil des siècles.

 

Le mot "complexion" vient du latin classique complexio, "assemblage, union d'éléments". Il signifie "ensemble des différents éléments constitutifs du corps humain considéré par rapport à sa santé, surtout sous le rapport de la résistance": une complexion délicate, faible, robuste. Mais cet emploi est littéraire. Dans le langage courant, on utilisera le mot "constitution": être d'une bonne, d'une forte constitution; un enfant de constitution chétive. Toutefois, selon Littré, il convient de relever une différence de sens entre ces deux mots: "La complexion est l'ensemble des signes extérieurs qui caractérisent la constitution. La constitution désigne la manière du corps considéré quant à la santé en général."

 

Autrefois, on distinguait quatre complexions générales et principales dans l'homme, quatre "tempéraments", correspondant à quatre éléments: air, feu, eau et terre. On parlait de "complexion sanguine" (comme l'air, chaude et humide), de "complexion flegmatique" (comme l'eau, froide et humide), de "complexion bilieuse/colérique" (comme le feu, chaude et sèche) et de "complexion mélancolique" (comme la terre, froide et sèche).

Employé seul, le mot "complexion" signifiait "tempérament; habitude, disposition naturelle du corps". On le rencontre souvent dans "Les caractères" de Jean de La Bruyère, dont la première édition est parue en 1688:

"La galanterie est un faible du cœur, ou peut-être un vice de la complexion."

"Les traits découvrent la complexion et les mœurs; mais la mine désigne les biens de fortune: le plus ou le moins de mille livres de rente se trouve écrit sur le visage."

"Il y a des femmes déjà flétries, qui par leur complexion ou par leur mauvais caractère sont naturellement la ressource des jeunes gens qui n'ont pas assez de bien. Je ne sais qui est plus à plaindre, ou d'une femme avancée en âge qui a besoin d'un cavalier, ou d'un cavalier qui a besoin d'une vieille."

 

Autrefois, "complexion" voulait aussi dire "humeur, inclination", selon la croyance que notre "tempérament" avait une influence sur notre caractère: être de complexion triste, gaie, amoureuse, mélancolique. Toujours dans "Les caractères" de La Bruyère, on retrouve fréquemment cette acception du mot:

"Le ministre ou le plénipotentiaire est un caméléon, est un Protée. Semblable quelquefois à un joueur habile, il ne montre ni humeur ni complexion, soit pour ne point donner lieu aux conjectures ou se laisser pénétrer, soit pour ne rien laisser échapper de son secret par passion ou par faiblesse."

"Il y a une dureté de complexion; il y en a une autre de condition et d'état."

Au pluriel, le mot "complexions" prenait le sens de "caprice, fantaisie, humeur bizarre": il a d'étranges complexions; souffrir de ses complexions; je ne saurais m'accommoder aux complexions de ce fâcheux esprit (Le grand dictionnaire de l'Académie françoise, dédié au Roy, seconde édition, 1695).

 

Enfin, autrefois, le mot "complexion" avait également le sens de "teint" (nuance ou aspect particulier de la couleur du visage) car on croyait que notre "tempérament", en plus d'avoir une influence sur notre caractère, se reflétait sur notre peau. En anglais, le mot complexion est aujourd'hui encore utilisé dans le sens de "teint": a dark complexion. En français, il existe aussi le mot "carnation": couleur, apparence de la peau d'une personne, principalement en parlant du visage. Mais dans la conversation de tous les jours, on préférera utiliser le mot "teint": teint clair, teint mat, teint bronzé; avoir le teint frais, le teint brouillé. En peinture, le mot "carnation" qualifie la "coloration des parties du corps qui sont représentées nues":

 

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Peinture de Harry Boudchicha

 

"Teint" possède un autre sens: couleur d'une étoffe obtenue par la teinture. Tissu "bon teint" ou "grand teint": tissu dont la teinture résiste au lavage ou à la lumière. L'expression "bon teint" se dit aussi, le plus souvent par plaisanterie, d'une personne ferme dans ses opinions, qui ne change pas d'avis: un catholique bon teint.

On ne confondra pas "bon teint" avec "de bon ton": qui a des manières considérées comme conformes aux bonnes manières, au savoir-vivre d'un milieu donné. "En Suisse, il est de bon ton de se lever à 4 heures du matin": titre d'un article du Point du 19 août 2013 qui continue en ces termes: "Chez nos voisins helvètes, patrons et hommes politiques sont jugés sur leur aptitude à arriver au bureau bien avant tout le monde." 

"De bon ton" signifie aussi, selon le contexte, "qui a des manières considérées comme conformes au bon goût, raffinées": une élégance de bon ton.

 

Pour conclure, revenons à notre "complexion" qui revêt encore un dernier sens: en géologie, la "complexion" est "l'état d'un site interprétable de façon globale par son degré de ressemblance à un type particulier". 

15:52 Publié dans Anglais, Culture, Jean de La Bruyère, Latin, Médecine, Suisse | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | |