18/07/2019

Lune 2019

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Il y a cinquante ans, l'homme marchait pour la première fois sur la Lune. L'occasion de revenir sur cet astre que j'ai analysé il y a cinq ans.

 

La lune est l'astre brillant qui éclaire la Terre pendant la nuit. Le mot est issu du latin luna, syncope de Lucina, "la Lumineuse", qui est l'autre nom de la déesse Junon chez les poètes latins, Lucina venant de lucere, "briller, éclairer". En linguistique, une syncope est l'élision d'un ou plusieurs phonèmes au milieu d'un mot. Rappelez-vous, nous avons déjà vu l'apocope et l'aphérèse: https://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/ar...

 

La lune en tant qu'astre lumineux vu d'un point de la Terre et qui présente un aspect particulier s'écrit avec un "l" minuscule. On parle de rayon de lune, de nouvelle lune, de pleine lune, de croissant de lune, de nuit sans lune et de... clair de lune. On se souvient tous de la comptine: Au clair de la lune / Mon ami Pierrot / Prête-moi ta plume / Pour écrire un mot.

 

De nombreuses locutions et expressions sont en rapport avec la lune:

- Une "face de lune" est un visage rond et aux joues rebondies.

- Être dans la lune: être très distrait, rêveur, perdu dans ses pensées. On peut aussi dire, avec la même image d'éloignement: être dans les nuages, avoir la tête dans les étoiles ou être tête en l'air. Le contraire, c'est avoir les pieds sur terre ou avoir la tête sur les épaules. En Suisse romande, l'expression consacrée est: être dans les nioles. Le mot "niole" dérive du latin nebula, "nuage", et c'est de là que vient le terme "niolu" qui qualifie une personne simplette. Dans la même famille, le verbe "ennioler": ennuyer, importuner avec des niaiseries. "Ennioler" est fréquemment utilisé comme euphémisation d'"emmerder" et se décline en plusieurs mots: s'ennioler = s'emmerder; un ennioleur = un emmerdeur; enniolant = emmerdant; un enniolement = un emmerdement, une emmerde¹. Des expressions équivalentes à notre régionalisme "être dans les nioles" existent dans au moins deux langues étrangères. En anglais, on dit to have one's head in the clouds et en italien avere la testa fra/tra le nuvole: avoir la tête dans les nuages. 

- Tomber de la lune: éprouver une grande surprise à l'annonce d'un événement inattendu. Aussi: tomber des nues (le terme "nue" est un synonyme littéraire de "nuage").

- Demander ou promettre la lune: demander ou promettre une chose impossible.

- Décrocher la lune: obtenir quelque chose qui semblait impossible à atteindre.

- Aboyer à la lune: crier contre une personne à qui l'on ne peut pas faire de mal.

- Con comme la lune: très stupide.

 

Et voici quelques expressions aujourd'hui tombées en désuétude, mais néanmoins savoureuses:

- Vouloir prendre la lune avec les dents: vouloir faire une chose impossible.

- Faire un trou à la lune: se dit d'une personne qui s'en va furtivement, sans payer ses créanciers.

- Avoir la lune dans la tête: être un peu fou.

- Il n'en est pas encore à faire la révérence à la lune: il n'est pas fou.

- Voir la lune à gauche: avoir des mécomptes (comprenez des désillusions); je crois qu'il verra souvent la lune à gauche avec cette belle.

- Être aussi lâche que la lune: parce qu'elle ne se montre que la nuit.²

 

En tant que planète, dans le langage de l'astronomie, le mot s'écrit "Lune". On dit: envoyer une fusée/des astronautes sur la Lune, aller/se poser sur la Lune, le premier pas de l'homme sur la Lune, etc.

La Lune n'a pas de lumière propre, elle réfléchit celle qu'elle reçoit du Soleil et possède en permanence un hémisphère obscur et un hémisphère éclairé. Les aspects différents suivant lesquels on la voit de la Terre s'expliquent par les variations de sa position par rapport à notre planète et au Soleil.

On appelle "nouvelle lune" la phase de la Lune dans laquelle celle-ci se trouve placée entre le Soleil et la Terre. Elle tourne alors vers la Terre sont hémisphère obscur et est invisible à nos yeux. Pendant la "pleine lune", la Lune, placée à l'opposé du Soleil par rapport à la Terre, nous montre son hémisphère éclairé et devient donc visible sous l'aspect d'un disque entier.

La lunaison, révolution synodique ou mois lunaire est le temps qui s'écoule entre deux nouvelles lunes consécutives, soit environ 29 jours et demi. La "lune rousse" est l'appellation traditionnelle de la lunaison qui commence après Pâques et qui, selon la tradition paysanne, est une période de gelées nocturnes tardives et/ou de vents froids qui font roussir la végétation, plus spécialement les jeunes pousses.

 

Autrefois, on qualifiait de "lune" un mois lunaire: il est parti depuis quatre lunes, il est parti depuis quatre mois. Il existait aussi la locution "être dans une bonne ou une mauvaise lune": être de bonne ou de mauvaise humeur. Et on disait d'une personne sujette à des caprices qu'elle avait "des lunes". Aujourd'hui, on dit que quelqu'un est bien ou mal luné. Une personne lunatique, elle, est d'humeur changeante et imprévisible. L'anglais nous a emprunté ce mot, mais avec une différence de sens. En anglais, lunatic signifie "fou, dément".

On nomme "vieille lune" un sujet rebattu, une idée démodée; au pluriel, les "vieilles lunes" signifient le temps passé, les époques révolues.

Depuis le XVIème siècle, l'expression "lune de miel" qualifie les premiers temps du mariage, d'amour et de bonne entente: littéralement, le premier mois doux comme le miel. "Lune de miel" est un calque de l'anglais honeymoon, hony moone en ancien anglais. En allemand, on dit Flitterwochen: "semaines de paillettes".

 

Dans la même famille que le mot "lune", on rencontre son diminutif, la lunette, qui décrit toutes sortes d'objets de forme circulaire. Parmi ceux-ci, citons l'ouverture du siège des cabinets, la vitre arrière d'une automobile, l'instrument d'optique servant à augmenter le diamètre apparent des objets éloignés pour pouvoir les observer plus nettement et, enfin, les lunettes, paire de verres correcteurs ou protecteurs: lunettes de vue ou lunettes de soleil. Quant aux "lunettes en peau de saucisson", on les a lorsque l'on est "copieusement bourré, beurré, pété, naze, cassé, fait, etc."³

 

Pour conclure, cette définition de la lune par Gustave Flaubert dans son "Dictionnaire des idées reçues" qui date de la fin du XIXème siècle:

Inspire la mélancolie. Est peut-être habitée ?

 

¹Georges Arès, Parler suisse, parler français, Éditions de l'Aire, 1994.

²Dictionnaire de l'Académie française, 1765 et 1835; Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1869.

³Pierre Merle, Nouveau dictionnaire de la langue verte, Éditions Denoël, 2007.

21/06/2019

Dérober

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Le verbe "dérober" possède plusieurs sens différents. Analyse.

 

Le verbe "dérober" dérive de l'ancien français rober, "voler, dépouiller", lui-même issu du germanique raubon, "voler, dérober, piller". En allemand, "voler" se dit rauben. De même origine, le verbe anglais to rob, "voler, dévaliser". Autrefois, le verbe "dérober" s'écrivait desrober. Le préfixe dé-, indice de privation, nous vient du latin. 

 

Vous l'aurez compris, le premier sens du verbe "dérober" est celui d'"enlever par larcin, prendre furtivement ce qui appartient à autrui".

Quelle différence y-a-t-il entre les verbes "dérober" et "voler" ? "Dérober", c'est priver quelqu'un de ce qui s'appelait autrefois "robes", et qui désignait tout ce qui composait l'équipement et l'approvisionnement d'un homme. Le verbe "voler" signifie "prendre par fraude ou par violence un bien quelconque appartenant à autrui". "Voler" est donc plus général. Un vendeur qui trompe sur le poids d'une marchandise vole son client, mais ne le dérobe pas. De plus, "dérober" c'est "prendre en cachette quelque chose de matériel ou que l'on considère comme tel". Il existe d'ailleurs l'expression "à la dérobée" (ou, plus rare, "à la dérobade") qui signifie "en cachette, sans être aperçu". Qui dérobe vole, mais qui vole en utilisant la force ne dérobe pas (Littré). Contrairement à "voler", "dérober" se rapproche du verbe "subtiliser".

 

Autrefois, on utilisait le terme péjoratif "robin" pour qualifier un magistrat: "robin", littéralement "homme de robe", par croisement avec Robin, diminutif du prénom Robert qui, dans la littérature médiévale, désignait notamment un "paysan sot et prétentieux" (CNRTL). C'est de là que nous vient le nom de Robin des Bois, héros légendaire du Moyen Âge anglais. À noter qu'en anglais Robin des Bois est appelé Robin Hood, hood signifiant "capuche" en anglais, par allusion au vêtement que portait le voleur de grands chemin. Une erreur de traduction serait à l'origine de notre Robin des Bois en français, "bois" se disant wood en anglais, et wood ayant été confondu avec hood.

 

Dans la même famille que le verbe "dérober", le verbe "enrober", "fournir de robes, revêtir" au XIIème siècle, et qui signifie depuis le XIXème siècle "entourer d'une couche protectrice" (Le Robert).

 

Le verbe "dérober" peut être employé au sens figuré, mais cet emploi est littéraire: il/elle a fini par lui dérober son secret; dérober à quelqu'un la gloire qui lui est due. Dans ce sens-là, le verbe "dérober" veut dire "s'approprier de façon illégitime ce qui est propre à autrui". Verbe synonyme: usurper. Toujours au sens figuré, et toujours d'un emploi littéraire, le verbe "dérober" peut aussi signifier "prendre par surprise ou par adresse": dérober un baiser.

 

Le deuxième sens du verbe "dérober" est "cacher aux regards, dissimuler": un mur lui dérobe la vue de la campagne; le brouillard me dérobe la vue de la montagne. Un "escalier dérobé", une "porte dérobée": par lesquels on peut entrer et sortir sans être vu.

 

Le troisième sens du verbe "dérober" est "soustraire": dérober un criminel à la justice.

 

Quatrième et dernier sens: dans le langage culinaire, "dérober" signifie littéralement "retirer la robe d'un aliment", spécialement en parlant des fèves dont on ôte la peau après les avoir sorties de leur cosse. Par extension, "dérober" signifie aussi "peler" en parlant de pommes de terre cuites à l'eau ou de tomates ébouillantées.

 

Le verbe "dérober" peut être utilisé pronominalement. On "se dérobe" lorsqu'on se soustrait à quelqu'un ou à quelque chose en se mettant à l'écart: se dérober à une question gênante; se dérober à ses devoirs, à ses engagements. Verbes synonymes: éluder, esquiver; manquer à.

 

Utilisé sans complément indirect, "se dérober" prend plusieurs sens:

- Refuser de faire ce qui est demandé, ce à quoi on est tenu: quel que soit le service qu'on lui demande, jamais il/elle ne se dérobe. Verbe synonyme: se défiler.

- Échapper volontairement à une discussion, à une question: quoi qu'on fasse, il/elle se dérobe toujours.

- S'éloigner, s'écarter de quelqu'un: il lui prit le bras, elle ne se déroba pas. Verbes synonymes: se dégager, se refuser, se retirer.

- Refuser l'obstacle, en parlant d'un cheval: à la dernière haie, son cheval s'est dérobé.

 

Enfin, "se dérober" possède aussi le sens particulier de "s'effondrer" en parlant des genoux:  ses genoux se dérobaient sous lui/elle. Par extension, le sol également peut "se dérober sous nos pieds ou sous nos pas".

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20/12/2018

Crèche

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 Un mot qui s'impose à moins d'une semaine de Noël.

 

À l'origine, une "crèche" est une mangeoire pour animaux, plus particulièrement pour les moutons: les crèches d'une bergerie. 

Aujourd'hui, on comprend le mot comme la mangeoire de paille où, selon les évangiles de saint Matthieu et de saint Luc dans le Nouveau Testament, Jésus fut déposé au moment de sa naissance dans l'étable de Bethléem.

Par extension, "crèche" désigne aussi la reproduction figurative du cadre et de la scène de la Nativité. Il y a les personnages de la crèche (Joseph et Marie qui entourent l'Enfant Jésus, les rois Mages, des bergers, des anges) et les animaux de la crèche (l'âne et le bœuf, des moutons, des chameaux). Chaque pays ayant ses propres traditions populaires, le décor peut varier.

Ce sont principalement les pays et les régions de tradition catholique qui installent des crèches pour les fêtes de Noël. On en trouve de toutes les tailles, et composées de tous types de matériaux. Il en existe des traditionnelles, et d'autres d'inspiration moderne. Il y en a même des vivantes, consistant en une courte représentation théâtrale de la naissance de Jésus. Tout un artisanat gravite autour des crèches de Noël,  comme les santons de Provence, petites figurines en argile, très colorées. Il n'est pas rare d'associer la crèche avec le sapin de Noël, la crèche se plaçant généralement sous le sapin.

 

Le deuxième sens du mot "crèche" est l'"établissement équipé pour accueillir, dans la journée, les enfants de moins de trois ans dont les parents ne peuvent pas s'occuper aux heures ouvrables car ils travaillent". Une "crèche collective" regroupe, sous la surveillance d'un personnel spécialisé, entre quarante et soixante enfants. Une "crèche familiale" est un système de garde d'enfants au domicile d'une assistante maternelle.

Plusieurs mots ont un sens très proche de celui de "crèche":

- Une "garderie" est l'endroit où l'on accueille les jeunes enfants en dehors des heures et des jours de classe: je laisse mes enfants le mercredi à la garderie.

- Une "halte-garderie" est une crèche accueillant les jeunes enfants pour une courte période de temps, et de manière occasionnelle. Pluriel: des haltes-garderies.

- Un "jardin d'enfants", de l'allemand Kindergarten, est un établissement privé qui accueille après la crèche les enfants d'âge préscolaire.

- Une "pouponnière" est un établissement public hébergeant jour et nuit des jeunes enfants qui ne peuvent pas rester au sein de leur famille ni bénéficier d'un placement familial surveillé.

- Une "nurserie" ou "nursery", à l'origine "chambre réservée aux enfants dans les maisons anglaises", est une pièce où se trouvent les nouveau-nés dans les maternités. Le mot désigne aussi un local où l'on peut changer les bébés ou faire chauffer les biberons dans certains lieux publics comme les aéroports ou les stations-service. Pluriel: nurseries ou nurserys.

 

Au XVIIIème siècle, une "crèche" désignait une "couche garnie d'une paillasse". Puis, au début du XXème siècle, le mot prend le sens de "gîte misérable". C'est de là que vient le verbe familier "crécher": habiter, loger. Au Québec, "crécher" est employé couramment lorsqu'on reste à dormir chez quelqu'un: je vais crécher chez un(e) ami(e) ce soir.

 

Aujourd'hui, dans le langage populaire, pour parler d'une chambre ou d'un logement minable, on utilise le mot "piaule". Au XVIIème siècle, le mot s'écrivait "piol(l)e", et signifiait "cabaret, taverne". Étant donné ce sens primitif, "piaule" se rattache probablement à l'ancien français pier, "engloutir, boire" (CNRTL).

Dans une piaule, il y a nécessairement un "pieu", équivalent familier de "lit". Ce substantif se décline en verbe pronominal: se pieuter, se mettre au lit. "Se pieuter" appartient au registre populaire.

Le mot "pieu" possède un deuxième sens: pièce de bois droite et rigide dont l'une des extrémités est pointue et destinée à être enfoncée dans le sol. Dans ce sens-là, "pieu" vient du latin palus.

 

Enfin, on ne confondra pas "pieu" avec l'adjectif "pieux", "qui observe les pratiques de la religion". Cet adjectif vient du latin pius, "qui reconnaît et remplit ses devoirs envers les dieux, les parents, la patrie" (CNRTL).

07:22 Publié dans Allemand, Homonymes, Latin, Noël, Québec | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | |