26/10/2018

Gargoulette

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Autrefois, dans le langage familier, le mot "gargoulette" qualifiait le gosier. "Gargoulette", diminutif de gargoule, ancienne forme de "gargouille", gargoule étant composé de la racine onomatopéique garg- et de l'ancien français goule, "gueule". Un autre mot à la sonorité et à l'étymologie proches est la "margoulette": "bouche, mâchoire" dans le langage populaire, et, par extension, "figure, visage" dans l'expression "se casser la margoulette". "Goulette" est le diminutif de goule, et le premier élément est emprunté au verbe margouiller, ancienne forme de "mâchonner" (CNRTL).

Outre le mot "gargoulette", le mot "gargamelle" aussi qualifiait autrefois la gorge, le gosier.¹ "Gargamelle", emprunté au provençal gargamella. On retrouve ce mot comme nom propre dans le roman de François Rabelais, "Gargantua" (1534): Gargamelle, géante d'un embonpoint et d'un appétit énormes, est la mère de Gargantua. Depuis le XIXème siècle, dans le langage courant, le mot "gargantua" décrit un "gros mangeur": un appétit de gargantua. Et l'adjectif "gargantuesque" qualifie un repas où l'on mange énormément. Adjectif synonyme: pantagruélique, du géant Pantagruel, un autre personnage de François Rabelais. Appétit, repas pantagruélique.

 

Aujourd'hui, la "gargoulette" est un "vase de terre poreux utilisé dans les pays méditerranéens, où l'on met l'eau à rafraîchir par évaporation". En provençal on dit gargouleto, "cruchon" (CNRTL). Mot synonyme: alcarazas, de l'espagnol alcarraza, lui-même tiré de l'arabe al-karraz, "jarre à goulot étroit". En Espagne, suivant la région, ce récipient peut aussi s'appeler botijo, búcaro ou càntir.

En français, l'orthographe du mot "alcarazas" fait débat (notons que le "s" final se prononce). Si presque tous les dictionnaires attribuent aujourd'hui à ce mot la même orthographe, Bescherelle reconnaît plusieurs orthographes possibles ("alcarazas", "alcarasas", "alcarrasas", ou mieux "alcarraza"), et Littré suit l'orthographe espagnole alcarraza de manière à supprimer au singulier le "s" qui est signe du pluriel, et qui, selon lui, "rend le mot tout à fait barbare". Quant au Nouveau Larousse illustré, il estime également que l'orthographe espagnole est plus rationnelle, mais il adopte l'orthographe fixée par l'Académie: "alcarazas" au singulier comme au pluriel.

 

On ne confondra pas "alcarazas" avec "alcazar", "palais fortifié construit par les rois maures d'Espagne": l'alcazar de Cordoue, de Séville, de Tolède. "Alcazar", mot espagnol emprunté de l'arabe al-qasr, lui-même issu du latin castrum, "forteresse".

 

On ne confondra pas non plus "alcazar" avec "Alcatraz", à la fois nom d''île et de prison. L'île est située dans la baie de San Francisco, en Californie, dans l'ouest des Etats-Unis. À l'origine, la Californie était une colonie espagnole. L'explorateur Juan Manuel de Ayala fut le premier Européen à naviguer dans la baie de San Francisco en 1775. Il nomma l'île La Isla de los Alcatraces car elle était peuplée de nombreux pélicans. Alcatraces, pluriel de alcatraz: à l'époque, en espagnol, ce mot désignait toutes sortes d'oiseaux de mer, parmi lesquels le pélican. En espagnol actuel, alcatraz signifie "fou de Bassan". Aucun fou de Bassan ne s'est jamais aventuré sur la côte pacifique, cet oiseau ne vivant que dans l'Atlantique nord, mais on peut supposer que Juan Manuel de Ayala en ait vu lors de ses voyages. En 1850, date à laquelle la Californie fut annexée par les Etats-Unis, l'île hébergea une forteresse militaire, puis une prison fédérale jusqu'en 1963.

 

En guise de conclusion, revenons à notre gargoulette. Dans un registre beaucoup plus léger, celles et ceux qui avaient l'âge de regarder le Club Dorothée dans les années 1990 se souviendront du refrain de la chanson "Qu'il est bête": "Oh mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu qu'il est bête / Comme une gargoulette / Plus bête qu'une paire de chaussettes / Qu'il est, qu'il est bête / Qu'est-ce qu'il a dans sa p'tite tête / Pour être aussi bête / Oh mon Dieu qu'il est bête."

 

¹Tout comme la "dalle" que nous avons vue dans un billet précédent:
http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc....

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06/10/2014

Désormais, dorénavant

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 Deux adverbes de temps passés au crible.


"Désormais" et "dorénavant" sont deux adverbes interchangeables. Ils signifient "à partir du moment présent": désormais, tout sera différent; les portes seront désormais fermées à partir de 17h00; dorénavant, la réunion hebdomadaire aura lieu le lundi; j'ai décidé d'arriver dorénavant toujours à l'heure. Synonyme: à l'avenir.

L'orthographe de ces deux adverbes n'a pas toujours été semblable à celle que nous connaissons aujourd'hui. Si l'on y regarde de plus près, on s'aperçoit que "désormais" et "dorénavant" sont en fait composés de trois mots bien distincts.

"Désormais" date du XIIème siècle. À l'époque, cet adverbe s'écrivait des ore mais: comprenez des, notre "dès" actuel, du bas latin de ex, renforcement de ex, marquant le point de départ dans le lieu ou dans le temps; ore au sens ancien de "maintenant, à cette heure", du latin hora; mais au sens ancien de "plus".

"Dorénavant" aussi date du XIIème siècle. Et autrefois, il s'écrivait d'or en avant: "à partir de maintenant en avant, en regardant vers l'avenir".

En ancien français, or pouvait également s'orthographier ore ou ores. Dans "Le malade imaginaire" de Molière, on trouve la réplique suivante de Thomas Diafoirus, le médecin que le malade imaginaire a choisi pour être le mari de sa fille Angélique: "Aussi mon cœur dores-en-avant tournera-t-il toujours vers les astres resplendissants de vos yeux adorables, ainsi que vers son pôle unique."

Il est vraisemblable que les différentes étapes orthographiques aient été de ores en avant, d'ores en avant, doresenavant, doresnavant et dorenavant pour finalement aboutir à notre "dorénavant" actuel (CNRTL).

Outre "désormais" et "dorénavant", on rencontre dans la langue française d'autres adverbes et conjonctions qui reposent sur le sens duratif de "moment, temps" et qui présentent l'ancienne graphie or, ore ou ores: "or", "encore", "lors", "lorsque", "alors" et "d'ores et déjà".

Tous ces mots dérivent du mot "heure", lui-même issu du latin hora, "heure, temps, moment", emprunté au grec hôra. En italien, "heure" se dit ora, en espagnol et en portugais hora et en basque oren. Le français "heure" a fourni hour à l'anglais, uur au néerlandais et Uhr à l'allemand. Dans la même famille, des mots comme "horaire", "horloge" ou "horoscope", ce dernier étant passé en anglais au XIVème siècle (Petit Robert).


10:10 Publié dans Adverbe, Anglais, Basque, Espagnol, Italien, Molière, Néerlandais, Orthographe, Portugais | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |