20/12/2018

Crèche

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 Un mot qui s'impose à moins d'une semaine de Noël.

 

À l'origine, une "crèche" est une mangeoire pour animaux, plus particulièrement pour les moutons: les crèches d'une bergerie. 

Aujourd'hui, on comprend le mot comme la mangeoire de paille où, selon les évangiles de saint Matthieu et de saint Luc dans le Nouveau Testament, Jésus fut déposé au moment de sa naissance dans l'étable de Bethléem.

Par extension, "crèche" désigne aussi la reproduction figurative du cadre et de la scène de la Nativité. Il y a les personnages de la crèche (Joseph et Marie qui entourent l'Enfant Jésus, les rois Mages, des bergers, des anges) et les animaux de la crèche (l'âne et le bœuf, des moutons, des chameaux). Chaque pays ayant ses propres traditions populaires, le décor peut varier.

Ce sont principalement les pays et les régions de tradition catholique qui installent des crèches pour les fêtes de Noël. On en trouve de toutes les tailles, et composées de tous types de matériaux. Il en existe des traditionnelles, et d'autres d'inspiration moderne. Il y en a même des vivantes, consistant en une courte représentation théâtrale de la naissance de Jésus. Tout un artisanat gravite autour des crèches de Noël,  comme les santons de Provence, petites figurines en argile, très colorées. Il n'est pas rare d'associer la crèche avec le sapin de Noël, la crèche se plaçant généralement sous le sapin.

 

Le deuxième sens du mot "crèche" est l'"établissement équipé pour accueillir, dans la journée, les enfants de moins de trois ans dont les parents ne peuvent pas s'occuper aux heures ouvrables car ils travaillent". Une "crèche collective" regroupe, sous la surveillance d'un personnel spécialisé, entre quarante et soixante enfants. Une "crèche familiale" est un système de garde d'enfants au domicile d'une assistante maternelle.

Plusieurs mots ont un sens très proche de celui de "crèche":

- Une "garderie" est l'endroit où l'on accueille les jeunes enfants en dehors des heures et des jours de classe: je laisse mes enfants le mercredi à la garderie.

- Une "halte-garderie" est une crèche accueillant les jeunes enfants pour une courte période de temps, et de manière occasionnelle. Pluriel: des haltes-garderies.

- Un "jardin d'enfants", de l'allemand Kindergarten, est un établissement privé qui accueille après la crèche les enfants d'âge préscolaire.

- Une "pouponnière" est un établissement public hébergeant jour et nuit des jeunes enfants qui ne peuvent pas rester au sein de leur famille ni bénéficier d'un placement familial surveillé.

- Une "nurserie" ou "nursery", à l'origine "chambre réservée aux enfants dans les maisons anglaises", est une pièce où se trouvent les nouveau-nés dans les maternités. Le mot désigne aussi un local où l'on peut changer les bébés ou faire chauffer les biberons dans certains lieux publics comme les aéroports ou les stations-service. Pluriel: nurseries ou nurserys.

 

Au XVIIIème siècle, une "crèche" désignait une "couche garnie d'une paillasse". Puis, au début du XXème siècle, le mot prend le sens de "gîte misérable". C'est de là que vient le verbe familier "crécher": habiter, loger. Au Québec, "crécher" est employé couramment lorsqu'on reste à dormir chez quelqu'un: je vais crécher chez un(e) ami(e) ce soir.

 

Aujourd'hui, dans le langage populaire, pour parler d'une chambre ou d'un logement minable, on utilise le mot "piaule". Au XVIIème siècle, le mot s'écrivait "piol(l)e", et signifiait "cabaret, taverne". Étant donné ce sens primitif, "piaule" se rattache probablement à l'ancien français pier, "engloutir, boire" (CNRTL).

Dans une piaule, il y a nécessairement un "pieu", équivalent familier de "lit". Ce substantif se décline en verbe pronominal: se pieuter, se mettre au lit. "Se pieuter" appartient au registre populaire.

Le mot "pieu" possède un deuxième sens: pièce de bois droite et rigide dont l'une des extrémités est pointue et destinée à être enfoncée dans le sol. Dans ce sens-là, "pieu" vient du latin palus.

 

Enfin, on ne confondra pas "pieu" avec l'adjectif "pieux", "qui observe les pratiques de la religion". Cet adjectif vient du latin pius, "qui reconnaît et remplit ses devoirs envers les dieux, les parents, la patrie" (CNRTL).

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20/12/2017

Bûche

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 Un mot incontournable à quelques jours de Noël.

 

Le mot "bûche" nous vient du latin populaire buska, "bois, bosquet", lui-même issu du germanique. Nous avons vu il y a quelques semaines le mot "bouquet" qui, lui aussi, appartient à la famille étymologique du mot "bois": http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc....

 

Au XIIème siècle, "bûche" s'écrivait busche, puis buche à partir du XVIème siècle (Le Petit Robert). C'est au XIIème siècle que le mot revêt le sens de "morceau de bois destiné à être brûlé" que l'on connaît aujourd'hui. Son sens ancien était celui de "bois, bosquet, buisson". Il existait en effet les verbes desbuchier, "sortir d'un bois, d'une cachette", et son contraire embuschier (Le Petit Robert). 

Desbuchier a donné "débusquer" qui, dans le langage de la chasse, signifie "contraindre le gibier à sortir du bois". Dans la même famille, le substantif "débuché" ou "débucher", toujours utilisé de nos jours: il décrit le "moment où l'animal chassé sort du bois pour prendre la plaine".

Embuschier, littéralement "se mettre en embuscade dans un lieu caché", a disparu de notre vocabulaire, mais il reste le mot "embûche", anciennement "embuscade", aujourd'hui employé au pluriel dans le sens de "difficultés qui se présentent comme un piège, un traquenard" (un parcours semé d'embûches), et le terme de chasse "rembucher", "regagner le sous-bois" en parlant d'un animal.

 

À l'origine, la "bûche de Noël" était une grosse souche que l'on mettait dans l'âtre la veille de Noël pour qu'elle brûle toute la nuit. Aujourd'hui, dans le langage courant, par analogie de forme, la "bûche" est une pâtisserie servie traditionnellement pendant les fêtes de fin d'année: bûche glacée, bûche aux marrons.

 

La bûche se retrouve dans quelques expressions:

-Dormir comme une bûche: dormir très profondément. On dit aussi: dormir comme une souche.

-Une vraie bûche: une personne lourde, indolente, souvent stupide.

-Rester là comme une bûche: sans bouger, sans réagir.

-Avoir la tête dure comme une bûche: être entêté(e).

 

Une petite bûche est une "bûchette". Ce mot qualifie aussi un petit sachet tubulaire: une bûchette de sucre.

 

En Suisse romande, une "bûche" est une amende ou une contravention: "Bûche de 400 francs pour une poubelle dans la rue" (titre du 20min.ch, 2 mai 2017). L'image est celle d'une bûche que l'on n'a pas vue, contre laquelle on se cogne, et qui fait mal.

 

Un autre sens du mot "bûche" est celui de "chute" dans le langage familier: ramasser, prendre une bûche. Comprenez: se prendre les pieds dans une bûche, et tomber.

 

Le verbe "bûcher" signifie "dégrossir une pièce de bois à coups de hache". La personne qui abat les arbres dans une forêt, qui en coupe et en débite le bois est un(e) bucheron(onne). Au Québec, "bûcher" possède le sens d'"abattre des arbres". Chez nous, le verbe "bûcher" signifie aussi "enlever les saillies d'un bloc de pierre".

Dans le langage familier, "bûcher" possède un autre sens: étudier, travailler avec acharnement et sans relâche, surtout dans le domaine intellectuel: bûcher son anglais, ses mathématiques (en référence à l'effort intense qu'il faut fournir pour dégrossir une pièce de bois à coups de hache, ce qui n'est pas donné à tout le monde). Une personne qui étudie ou travaille avec ardeur est un "bûcheur", une "bûcheuse". Synonyme: bosseur, bosseuse. C'est un sacré bosseur, une sacrée bosseuse. Le verbe "bosser" est le synonyme familier de "travailler". "Bosser" car on est courbé sur son travail, avec le dos en forme de bosse. Au lieu d'utiliser le verbe "bûcher", on peut dire "bosser dur".

 

"Bûcher" peut également être employé comme substantif. Il prend alors le sens d'un "lieu où l'on empile le bois à brûler", ou d'un "amas de bois destiné à la crémation". Autrefois, le "bûcher" désignait l'"amas de bois sur lequel on brûlait les condamnés au supplice du feu, ainsi que les livres interdits". Par extension, le terme "bûcher" qualifiait aussi le supplice du feu lui-même: il/elle a été condamné(e) au bûcher.

 

Revenons à notre dessert appelé "bûche". Un film lui a été consacré: "La bûche", réalisé par Danielle Thompson, et sorti en 1999. Ce film raconte comment les préparatifs du réveillon de Noël font naître toutes sortes de remises en question au sein d'une famille.

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19/12/2016

La dinde

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Un mot incontournable à l'approche de Noël.

 

En Europe, la dinde a été introduite et domestiquée au XVIème siècle, ramenée par les Espagnols qui avaient conquis l'Empire aztèque (aujourd'hui le Mexique). En français, notre volaille était autrefois affublée du nom de "poule d'Inde", le terme "Inde" étant à considérer, conformément aux idées de l'époque, comme synonyme d'"Amérique", c'est-à-dire d'"Indes occidentales".¹ La dénomination West Indies est d'ailleurs encore utilisée aujourd'hui par les anglophones pour désigner les Antilles. Poule "d'Inde" a bien sûr donné plus tard "dinde".

 

En 1620, les pères fondateurs anglais débarquèrent en plein hiver à Plymouth (actuellement dans le Massachussetts) à bord du Mayflower. C'est là que les Indiens leur apprirent à chasser la dinde sauvage (photo de couverture), ce qui permit à ces nouveaux arrivants d'ajouter quelques protéines bienvenues à leur alimentation pour pouvoir affronter le climat rigoureux. Les Indiens apprirent aussi à ces colons à cultiver le maïs. En 1623, pour remercier les Indiens, les Anglais qui avaient survécu organisèrent un grand repas. Ce repas eut lieu le 24 novembre. C'est ainsi qu'est née la tradition américaine de célébrer ce jour-là Thanksgiving, un repas où la dinde tient le rôle principal. Au Canada, Thanksgiving est nommé Action de Grâce, fêtée le deuxième lundi d'octobre. Pour la petite histoire, comme la dinde avait joué un rôle important dans l'alimentation des premiers colons américains, Benjamin Franklin écrivit en 1784, dans une lettre à sa fille, que ce volatile, quoique peureux et fort peu gracieux, méritait d'être le symbole des États-Unis.² Mais ce fut finalement l'aigle (pygargue à tête blanche), plus majestueux, qui fut choisi pour être l'oiseau national.

 

Chez nous, on mange de la dinde à Noël, le 24 ou le 25 décembre. La tradition est de la farcir avec des marrons. Les autres jours de l'année, la dinde se mange également, mais pas entière, généralement sous la forme d'escalope.

Au sens figuré, le terme "dinde" désigne une jeune fille ou une femme niaise, en référence au caractère considéré comme stupide de l'animal.

 

La dinde est la femelle du dindon, grand oiseau de bassecour dont la tête et le cou, dépourvus de plumes, sont recouverts d'une membrane granuleuse rouge violacé. Domestiqué, un dindon peut peser jusqu'à dix-neuf kilos. Lorsqu'il crie, on dit que le dindon "glougloute".

Au sens figuré, depuis le XVIIIème siècle, on qualifie de "dindon" un homme sot et vaniteux, source de quolibets: se pavaner, se rengorger comme un dindon. Et il existe l'expression "être le dindon de la farce": se faire duper, berner, se faire avoir dans une affaire. Le caractère stupide du dindon qui se fait plumer, au sens propre et au sens figuré, est au cœur de l'expression. De la bêtise au statut de victime, il n'y a en effet qu'un pas. Mais pourquoi parle-t-on de "farce" ? Contrairement à ce que l'on pourrait croire, il ne s'agit pas du tout de la même farce avec laquelle on cuisine la dinde. Selon le linguiste Claude Duneton, il existait au XVIIIème siècle à Paris un divertissement forain, une "farce" dans le sens théâtral de "spectacle comique", que l'on appelait "le ballet des dindons": "on plaçait quelques-unes de ces volailles placides sur une tôle surélevée et clôturée, formant une scène, puis on chauffait progressivement ce plancher métallique par en dessous. À mesure que la chaleur se faisait sentir dans leurs pattes, les dindons commençaient à s'agiter, à danser sur la tôle d'un air évidemment grave qui mettait en joie les badauds admis à contempler l'action. Le ballet des dindons fut supprimé en 1844, par une ordonnance du préfet de police, en même temps qu'étaient interdits les combats d'animaux tellement goûtés par le public."³

"Le Dindon" est une pièce de théâtre de Georges Feydeau. Il s'agit de l'histoire d'un homme marié coureur de jupons nommé Pontagnac qui, suite à différentes intrigues, est le dindon de la farce car il finit tout seul.

 

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Une expression synonyme met en scène un autre oiseau: se faire pigeonner. Cette expression existe depuis le XVIème siècle. Le pigeon, comme le dindon, représente l'homme naïf et sot qui se fait escroquer. Le pigeon a la réputation d'être bête parce qu'il se laisse très facilement prendre au piège. Selon Claude Duneton, le sens de "dupe" du mot "pigeon" pourrait venir de l'art très ancien de la fauconnerie où, immédiatement après la capture de l'animal, on détourne le faucon de la proie en la remplaçant par un leurre, un pigeon par exemple, que le faucon déchire à sa guise.³

L'origine de la bêtise du pigeon qui se fait rouler pourrait aussi venir de son plumage. Jadis, les femmes de la bonne société avaient l'habitude d'orner leurs chapeaux de belles plumes. Celles-ci provenaient des oiseaux possédant une "huppe", cette touffe de plumes très fournie placée sur le sommet de leur tête. Dans le langage familier, l'adjectif "huppé" qui signifie "d'un rang social élevé; fortuné" vient de cette coutume ancienne. Comme le pigeon n'a pas de huppe, on le considérait comme un volatile imbécile qui s'était fait dépouiller (dé-hupper): de là, la personne crédule que l'on peut aisément duper.

La "huppe" est le nom d'un oiseau passereau de la grosseur d'un merle qui se caractérise par la petite crête de plumes rousses terminées de noir qu'il a sur la tête. Chez les humains, on parle de "houppe": touffe de cheveux dressée sur la tête. La houppe la plus célèbre est celle de Riquet dans un conte de Charles Perrault paru en 1697.

 

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 Huppe fasciée

 

En guise de conclusion culinaire, si la dinde ne vous tente pas cette année, vous pourrez toujours vous inspirer de Gustave Flaubert pour votre menu de Noël: "Le pigeon ne doit se manger qu'avec des petits pois" (Dictionnaire des idées reçues).

 

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¹Thomas Antoine, La pintade (poule d'Inde) dans les textes du Moyen Âge. In: Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 61e année, N. 1, 1917, pp 35-50.

²Modern Farmer, Issue 14, Winter 2016-17.

³www.lefigaro.fr, 27/03/2008 & La puce à l'oreille, Anthologie des expressions populaires avec leur origine, Nouvelle édition, revue et augmentée, Le Livre de Poche, 1990.