14/01/2020

If

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L'"if", appelé aussi "if commun" ou "if à baies", est un conifère non résineux à feuillage persistant et à baies rouges. Cet arbre est souvent planté et taillé pour l'ornement: dans les jardins, on lui donne toutes sortes de formes. On le voit aussi fréquemment dans les cimetières. Il peut atteindre quinze mètres de haut, et vivre plusieurs siècles. Les feuilles de l'if sont un poison pour plusieurs animaux, les chevaux en particulier.

Au Moyen Âge, l'if servait à confectionner des arcs en raison de la souplesse de son bois. C'est aussi pour cette raison que l'if est un arbre facile à sculpter. L'activité consistant à tailler les arbres et les arbustes des jardins dans un but décoratif pour former des haies, des massifs ou des formes variées comme des personnages ou des animaux est appelé "art topiaire". "Topiaire", du latin topiarius, "jardinier, décorateur", dérivé de topia, "paysages à fresques, jardins de fantaisie", mot lui-même venu du grec ancien topos, "lieu, endroit".

 

En Suisse, dans la forêt de Maljon, sur les hauteurs de Crémines, dans le Jura bernois, se trouve un superbe if qui a la réputation d'être millénaire, et que certains estiment même être le plus vieil arbre du pays, voire d'Europe.

 

Autre arbre toujours vert et à baies rouges: le houx. Ses feuilles sont piquantes, et ses branches sont très populaires au moment des fêtes de Noël pour décorer les portes et les tables. Les feuilles du houx, vert foncé, dentelées et luisantes, sont effectivement du plus bel effet. Pour les Chrétiens, les épines du houx rappellent la couronne de Jésus, et les baies rouges le sang du Christ. L'écorce du houx sert à fabriquer la glu. L'autre nom du "fragon", arbrisseau vivace épineux qui porte des baies rouges, est "petit houx".

 

On ne confondra pas le houx avec le gui, également très prisé au moment des fêtes de fin d'année, particulièrement à Nouvel An. Les feuilles du gui aussi sont persistantes, mais elles n'ont pas de piquants sur le pourtour, et les baies du gui sont blanches. Les grives raffolent de ces baies. Le gui vit en parasite sur les branches de certains arbres, notamment le peuplier. La coutume de s'embrasser sous le gui à Nouvel An nous vient des Celtes qui prêtaient des vertus médicinales et magiques à cette plante. On dit en effet que s'embrasser sous le gui porte bonheur pour l'année à venir.

 

Guy, aussi orthographié Gui en français, est un prénom masculin fêté le 12 juin. On le trouve en allemand, en espagnol, en hongrois, en italien et en néerlandais sous la forme de Guido.

 

Revenons au mot "if" qui, en plus du conifère, désigne un "support de bois ou de métal monté sur un pied, et de forme triangulaire, dont l'assemblage imite un if taillé en pyramide, sur lequel on dispose des lampions pour les illuminations ou, dans les églises, des cierges".

 

Enfin, l'expression "if à bouteilles" qualifie un "ustensile de forme conique, garni de pointes, que l'on emploie pour égoutter les bouteilles après rinçage".

 

En anglais, le mot if signifie "si". Comme en français, cette conjonction introduit une proposition subordonnée qui exprime une hypothèse, une condition, la proposition principale exprimant le résultat: if you invite me to the cinema, I will be very happy (si tu m'invites au cinéma, je serai très content). Toujours en anglais, l'"if commun" se dit yew (qui se prononce comme you).

 

Pour conclure, If est un îlot de la Méditerranée, à deux kilomètres de Marseille, où se trouve un château fort bâti sous François Ier, qui servit de prison d'État.

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11/12/2019

Lucide

 

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Dans deux jours, c'est le 13 décembre. Profitons-en pour analyser l'adjectif "lucide" dont le sens a évolué au fil des siècles.

 

À l'origine, et au sens propre, l'adjectif "lucide" signifiait "clair, lumineux". Au début du roman "La peau de chagrin" d'Honoré de Balzac (1831), Raphaël de Valentin, le héros, entre dans un magasin d'antiquités où il découvre "une multitude de figures endolories, gracieuses et terribles, obscures et lucides, lointaines et rapprochées, qui se lèvent par masses, par myriades, par générations".

 

"Lucide", du latin lucidus, "clair, brillant", appartient en effet à la famille étymologique du verbe "luire", issu du latin lucere, "briller", de lux, lucis, "lumière". Les verbes lucere en italien, lucir en espagnol, luzir en portugais et leuchten en allemand ont la même racine, ainsi que les substantifs light en anglais et Licht en allemand.

 

Aujourd'hui, l'adjectif "lucide" se comprend toujours dans le sens de "clair, lumineux", mais il est employé de manière figurée: c'est l'esprit qui est "éclairé".

 

Depuis le XVIIème siècle, une personne "lucide" est une personne qui est en pleine possession de ses facultés intellectuelles: fou qui a des intervalles, des moments lucides (intervalles, moments durant lesquels il retrouve sa raison).

 

"Lucide" peut aussi prendre le sens de "conscient": il/elle est revenu(e) de son évanouissement, mais il/elle n'est pas encore entièrement lucide. On peut aussi dire: il/elle n'a pas encore toutes ses idées; il/elle n'a pas encore toute sa tête.

 

Plus généralement, "lucide" signifie "qui perçoit, comprend, exprime les choses avec clarté, perspicacité": esprit, intelligence lucide. Si l'on juge les choses "d'un œil lucide", on les juge "sans passion". Un raisonnement "lucide" est un raisonnement "net et précis".

 

Enfin, plus particulièrement, une personne "lucide" est une personne qui est "clairvoyante sur elle-même, sur son propre comportement, qui voit les choses et la réalité de manière objective, sans se laisser bercer d'illusions": soyez lucide, et renoncez à vos prétentions.

 

En anglais, l'adjectif lucid a le même sens figuré qu'en français.

 

Dans la famille étymologique du verbe "luire", on trouve aussi le prénom Lucie, du latin Lucia, féminin de Lucius. Les Lucie sont honorées le 13 décembre pour célébrer la mémoire de sainte Lucie de Syracuse, vierge et martyre du IVème siècle. Dénoncée comme chrétienne, elle fut persécutée par l'empereur romain Dioclétien. La fête de la Sainte-Lucie est très célébrée en Scandinavie et en Europe méridionale. Selon la croyance populaire, la nuit du 13 décembre était la plus longue de l'hiver, celle où tous les esprits maléfiques se réveillaient, et cette fête marque de manière symbolique la victoire de la lumière sur le monde obscur des esprits malins. En Suède, la fille qui tient le rôle de sainte Lucie porte une couronne de bougies allumées sur la tête, et elle est suivie par une procession de garçons et de filles vêtus de blanc qui ont tous une bougie à la main.

 

Attention, on ne confondra pas la fête de la Sainte-Lucie avec Sainte-Lucie qui est une île des Caraïbes.

11:09 Publié dans Allemand, Anglais, Culture, Honoré de Balzac, Italien, Latin, Portugais | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |

18/11/2019

Clef ou clé ?

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D'où viennent ces deux orthographes ?

 

"Clef" est l'orthographe ancienne, "clé" est l'orthographe moderne. Le mot "clef" est apparu vers la fin du XIème siècle. Il vient du latin clavis, "barre de fermeture, verrou". À l'origine, "clef" était synonyme de clavus, "clou", car la serrure primitive consistait en un clou ou une cheville passé dans un anneau. "Clef/clé" appartient à un groupe de mots dérivant du latin claudere, "fermer". Le verbe "clore", par exemple, est issu de la même famille. Et on retrouve cette idée de fermeture avec des mots comme "clavicule" (du latin clavicula, littéralement "petite clef/clé") ou "conclave" (Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, Les Dictionnaires Le Robert-SEJER, 2011).

 

Au fil des siècles, le pluriel "clefs" serait devenu "clés" car l'addition d'un s au f final gênait à l'écrit. Et par la suite, c'est du pluriel "clés" que serait né le singulier "clé". Aujourd'hui, les deux orthographes peuvent être employées indifféremment, l'orthographe ancienne "clef" étant toujours couramment utilisée. Mais on préférera écrire "clés" au pluriel, bien que certains écrivains contemporains continuent à écrire "clefs": "En me réveillant, je me suis rendu compte que j'avais vomi sur la moquette. La soirée touchait à sa fin. J'ai dissimulé les vomissures sous un tas de coussins, puis je me suis relevé pour essayer de rentrer chez moi. Alors, je me suis aperçu que j'avais perdu mes clefs de voiture" (Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte, Éditions Maurice Nadeau, 1994). Précisons que le f de "clef" ne se prononce jamais, aussi bien au singulier qu'au pluriel.

 

Une "clé", c'est tout d'abord la "pièce métallique servant à ouvrir ou à fermer une serrure": la clé d'une porte, d'une armoire, d'un cadenas. L'expression "clés en main" signifie "prêt à l'usage": louer une maison clés en main. En Belgique, on dit "clé sur porte". L'expression "mettre la clé sous la porte" signifie "quitter sa maison, souvent sans prévenir", et, par extension, "abandonner son commerce à la suite de déboires financiers": mes affaires vont mal, je ne vais pas tarder à mettre la clé sous la porte. Et la locution "la clé des champs" est synonyme de "liberté", notamment dans l'expression "prendre la clé des champs": s'en aller, s'enfuir, s'évader.

 

Dans le sens d'"ouvrir", mais au sens figuré, la "clé" est ce qui permet d'accéder à quelque chose ou ce qui permet d'expliquer, de comprendre quelque chose: la ténacité est la clé de la réussite; ce dialogue est la clé du roman.

 

La "clé" est aussi ce qui est très important, dont le reste dépend: une position clé (une position essentielle), un témoin clé, un mot clé (on peut aussi écrire "position-clé", "témoin-clé" ou "mot-clé"). De là nous vient la "clé" musicale, "signe de référence placé au début de la portée, sur l'une des lignes, pour indiquer la hauteur des notes inscrites (clé de sol, de fa, d'ut). Cette clé musicale a donné la locution figurée "à la clé" signifiant "avec quelque chose à la fin de l'opération": il y a une récompense à la clé.

 

Du sens premier d'"ouvrir" ou de "fermer" dérivent toute sortes d'outils servant à tendre ou à détendre, à serrer ou à desserrer, à monter ou à démonter certaines pièces (écrous, vis), à maintenir certains assemblages. Parmi ces outils, citons la "clé anglaise" ou "clé à molette", la "clé plate" ou encore la "clé universelle".

 

En musique, la "clé" est la "pièce mobile qui commande l'ouverture ou la fermeture des trous d'un instrument à vent": les clés d'une clarinette.

 

En architecture, il y a la "clé de voûte": pierre placée à la partie centrale d'une voûte, et qui maintient les autres pierres.

 

Enfin, la "clé" se rencontre en judo: la "clé de bras" est le nom d'une prise par laquelle on immobilise son adversaire.

21:08 Publié dans Architecture, Belgique, Culture, Latin, Musique, Orthographe | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |