11/02/2018

Couple

 

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Le 14 février, c'est la Saint-Valentin. Profitons-en pour analyser le mot "couple".

 

Égalité des sexes oblige, le mot "couple" existe à la fois au féminin et au masculin.

 

Dans le vocabulaire de la chasse, "une couple" désigne la "laisse avec laquelle on attache ensemble deux chiens de chasse": ces chiens ont rompu leur couple.

Par extension, "une couple" qualifie aussi un groupe de deux animaux ou de deux choses mis ou considérés ensemble: j'ai acheté une couple de poulets pour le dîner, atteler une couple de bœufs; une couple de serviettes, je reviendrai dans une couple d'heures. Mais cet usage est aujourd'hui vieilli. Lorsqu'il était courant, on distinguait "couple" et "paire". "Une couple" désignait deux choses qui n'étaient unies qu'accidentellement, alors que "paire" désignait deux choses qui allaient nécessairement ensemble: une paire de chaussures, de bas, de gants, etc. (Dictionnaire de l'Académie française). Aujourd'hui, dans le langage courant, on dit: j'ai acheté deux poulets pour le dîner, atteler deux bœufs à la même charrue; deux serviettes, je reviendrai dans deux heures environ. Le mot "paire", lui, est bien sûr toujours employé pour décrire deux choses qui vont ensemble par une nécessité d'usage.

Au Québec, "une couple" se dit pour parler d'un petit nombre, d'une petite quantité de quelque chose: je reviendrai dans une couple de semaines, j'ai bu une couple de bières. Cette construction se retrouve en anglais: can I borrow a couple of chairs from your office ? Nous disons "quelques", "quelques-un(e)s" ou "plusieurs": est-ce que je peux prendre quelques-unes des chaises qui sont dans ton bureau ?

 

Au masculin, le mot "couple" désigne "deux personnes unies par le mariage ou par des relations sentimentales": un couple heureux/malheureux; un couple bien/mal assorti; un couple de jeunes mariés. Par extension, on utilise aussi le mot "couple" pour parler de deux animaux de sexe opposé: un couple de pigeons, de perruches (le mâle et la femelle).

Le mot "couple" est aussi couramment employé pour parler de deux personnes qui sont liées par un sentiment, un intérêt, une passion ou un métier commun: un couple d'amis; un couple de danseurs, de patineurs.

 

L'expression "'être/vivre en couple" signifie "avoir une relation amoureuse avec quelqu'un". On peut aussi "ramer en couple": c'est le cas en aviron lorsque deux personnes placées côte à côte dans le canot manient chacune un aviron. Attention, "ramer en couple" n'implique pas nécessairement d'être ni de vivre en couple. Et cette expression n'a rien à voir avec le fait de ramer dans son couple (avoir du mal, des difficultés à être en couple).

 

Dans le langage des marins, le mot "couple" qualifie "chacune des pièces de charpente en bois ou métallique qui s'élèvent de part et d'autre de la quille, et qui montent jusqu'au plat-bord pour former l'ossature de la coque et recevoir les bordés".

 

En mathématiques, un "couple" est l'"entité formée de deux objets associés dans un ordre déterminé": couple (x, y). Les objets x et y sont appelés respectivement "première composante" et "deuxième composante" du couple (x, y).

 

Enfin, en mécanique, un "couple" est l'"ensemble de deux forces parallèles égales et de sens opposé, agissant en deux points différents d'un même solide".

 

Pour conclure, revenons au mois de février. C'est le mois le plus court de l'année, comme le précise ce dicton: février, entre tous les mois, le plus court et le moins courtois (parce que l'hiver n'a pas encore dit son dernier mot). Le mois de février a 28 jours dans les années ordinaires, et 29 dans les années bissextiles (qui comptent 366 jours au lieu de 365, le 366ème jour étant précisément le 29 février). Les années bissextiles ont lieu tous les quatre ans. Outre la Saint-Valentin, une autre fête ponctue le mois de février. Il s'agit de la Chandeleur (le 2 février): http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/cha....

Le mois de février est aussi le mois des carnavals, période de réjouissances (mascarades, défilés de chars) qui précède le Carême. Le mot "carnaval" nous vient de l'italien carnevale, mot lui-même dérivé du latin médiéval carnelevare, proprement "ôter la viande". En effet, dans la tradition catholique, les jours qui précèdent les quarante jours de jeûne du Carême sont des jours dits "gras" où l'on mange beaucoup, et notamment de la viande, pour se dédommager à l'avance des privations imposées par le Carême. Cette année, le Carême a lieu du mercredi 14 février (par coïncidence, également jour de la Saint-Valentin), au dimanche 1er avril, jour de Pâques.

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18/01/2018

Acquis ou acquit ?

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Deux homonymes qui peuvent prêter à confusion. Analyse.

 

"Acquis" est le participe passé du verbe "acquérir", "devenir propriétaire d'un bien par achat, échange ou succession": il/elle a acquis une terre/un immeuble par héritage. Il existe l'expression proverbiale "bien mal acquis ne profite jamais": on ne tire aucun avantage d'une possession ou d'un privilège obtenu malhonnêtement. Le verbe "acquérir" n'est pas l'exact synonyme du verbe "acheter". "Acheter", c'est acquérir une chose, mais seulement avec de l'argent, que l'on paie comptant ou à crédit.

"Acquérir" vient de l'ancien français acquerre, lui-même issu du latin populaire acquaerere, altération du latin classique acquirere, "ajouter à ce qu'on a, à ce qui est; acquérir en plus" (Dictionnaire de l'Académie française). 

La conjugaison du verbe "acquérir", loin d'être évidente, peut poser problème: j'acquiers, nous acquérons (présent); j'acquérais, nous acquérions (imparfait); j'acquis, nous acquîmes (passé simple); j'acquerrai, nous acquerrons (futur); j'acquerrais, nous acquerrions (conditionnel présent); que j'acquière (subjonctif présent); que j'acquisse (subjonctif passé). 

 

La personne qui acquiert un bien est un "acquéreur": ce tableau n'a pas trouvé acquéreur (on peut aussi dire: n'a pas trouvé preneur); il/elle s'est porté(e) acquéreur. Là aussi, "acquéreur" et "acheteur" ne sont pas des synonymes exacts: on ne dit pas "trouver acheteur" ni "se porter acheteur". Mais, selon le contexte, les deux mots peuvent s'employer indifféremment: avez-vous trouvé un acquéreur/un acheteur pour votre voiture ? Le féminin "acquéresse" n'est pas utilisé dans le langage courant, il appartient au vocabulaire juridique. Toujours en droit, le terme "acquêt" qualifie un "bien acquis par les époux, ensemble ou séparément, durant le mariage, et qui fait partie de la masse commune".

Autrefois, on utilisait le proverbe "il y a plus de fous acquéreurs que de fous vendeurs", et on disait par compliment "je vous suis tout acquis(e)", c'est-à-dire "je vous rendrai service en toutes occasions".¹

 

Le verbe "acquérir" possède aussi le sens de "parvenir à avoir grâce à un effort, à l'expérience, au temps": acquérir de l'habilité, de l'autorité, des vastes connaissances. Verbes synonymes: gagner, obtenir. Cela concerne aussi les choses: au fil des années, cette propriété a acquis beaucoup de valeur.

 

Enfin, le verbe "acquérir" est synonyme du verbe "valoir": son travail lui a acquis une solide réputation; l'aisance que ses efforts lui ont acquise. 

 

***

 

"Acquit" appartient à la famille du verbe "acquitter". Un "acquit" est la "reconnaissance écrite, datée et signée d'un paiement". "Pour acquit" est la formule qu'une personne inscrit au verso d'un chèque ou au bas d'une facture, en la faisant suivre de la date et de sa signature, pour attester qu'elle en a reçu le paiement.

En billard, un "acquit" est le "premier coup par lequel on ne fait que placer sa bille, et sur laquelle l'adversaire doit jouer": donner un bon/un mauvais acquit.

 

Le verbe "acquitter" dérive de l'adjectif "quitte", "libéré d'une obligation juridique, d'une dette pécuniaire", lui-même emprunté au latin quietus, "qui est en repos, dans le calme, qui n'est pas troublé". L'idée est que lorsqu'on est libéré d'une obligation juridique et/ou que l'on a réglé ses dettes, on peut enfin avoir l'esprit tranquille. Dans la même famille, l'adjectif "coi", "immobile et silencieux": se tenir, rester, demeure coi(te), autrement dit "se taire". On retrouve la même origine en anglais avec l'adjectif quiet, "calme, silencieux".

Outre le sens de "payer ce que l'on doit", "acquitter" signifie aussi, en droit pénal, "déclarer non coupable d'un crime ou d'un délit": le jury a acquitté l'accusé à l'unanimité.

La locution "par acquit de conscience" signifie "pour être sûr; pour éviter ensuite un regret ou un remords": je l'ai mis(e) en garde par acquit de conscience. Autrement dit, on libère sa conscience pour se sentir apaisé, mais sans réelle conviction.

"Acquitter" se décline pronominalement: "s'acquitter", "se libérer d'une obligation juridique ou morale". S'acquitter d'une dette, d'un devoir, d'une promesse, d'une tâche.

Quant au mot "acquittement", il revêt le double sens de "paiement, remboursement" et de "renvoi d'un accusé déclaré non coupable".

 

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¹Philibert Joseph Leroux, Dictionnaire comique, satirique, critique, burlesque, libre et proverbial, tome premier, À Pampelune, 1786.

 

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24/09/2017

Bavarder, etc.

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 Le verbe "bavarder" possède de nombreux synonymes.

 

Lorsqu'on parle beaucoup, de choses et d'autres, on dit qu'on "bavarde". Autrefois le mot "bave", en plus d'être un synonyme de "salive", signifiait "babil, loquacité". D'où le verbe "bavarder", et les mots "bavardage" et "bavard". C'est aussi de là que nous vient l''expression "baver sur quelqu'un/sur la réputation de quelqu'un": critiquer, dénigrer par ses paroles (200 drôles d'expressions que l'on utilise tous les jours sans vraiment les connaître, racontées par Alain Rey, Le Robert, 2015).

 

On peut aussi "causer" et "discuter". "Causer", c'est s'entretenir familièrement avec une ou plusieurs personnes de manière spontanée. Le verbe "discuter" est plus sérieux. Il est proche du verbe "débattre", et implique un soin, une exactitude, le fait de bien considérer le pour et le contre: on discute une affaire, une question, un projet. On voit fréquemment le verbe "discuter" suivi de la préposition "de" (discuter d'une affaire, d'une question, d'un projet), mais cela n'est pas correct.

 

Le verbe "babiller" signifie aussi "parler beaucoup". On l'utilise le plus souvent pour qualifier le bavardage animé des enfants: ces écoliers sont dissipés, ils n'arrêtent pas de babiller.

 

Dans le langage familier, on dit qu'on "bavasse" et qu'on "tchatche". Le verbe "bavasser" véhicule une connotation de médisance, et "tchatcher" c'est "parler abondamment, avoir du bagou". "Tchatcher" vient du verbe espagnol chacharear, "bavarder, causer". "Courant depuis longtemps du côté de Marseille, diffusé par nombre de rapatriés d'Algérie, il fut généralisé en France dans les années 1980."¹ Le verbe "tchatcher" se décline en substantif: on dit de quelqu'un qui n'a pas sa langue dans la poche qu'il/elle a "de la tchatche". 

En anglais, le verbe to chatter possède la même signification que "tchatcher". To chatter a donné en anglais le substantif chat, "discussion sur Internet", terme repris tel quel en français, ou avec la variante orthographique "tchat". En français, il existe aussi le verbe "chater" ou "tchater", "discuter sur Internet", à ne pas confondre avec "tchatcher" ! On ne confondra pas non plus un "tchatteur" (personne qui discute sur Internet) avec un "tchatcheur" (personne volubile).

 

Le verbe "jacasser" signifie "pousser son cri" en parlant de la pie, affublée du surnom évocateur de "pie bavarde". Une personne qui jacasse bavarde sans arrêt en tenant des propos futiles, et généralement de manière fatigante, par allusion bien sûr au cri aigu de la pie. Verbe synonyme, dans le langage populaire: jacter.

 

Autre verbe synonyme de "bavarder": papoter. On papote lorsqu'on parle beaucoup avec familiarité, légèreté ou frivolité. En Suisse romande, on dit qu'on "barjaque" ou qu'on "batoille". "Barjaquer", c'est "bavarder de manière excessive, parler à tort et à travers". "Le verbe existe aussi en provençal, avec le même sens (barjar, substantif: barjaca), mais n'appartient pas au standard. Une barjaque: une pie, un moulin à paroles, un bavard ou une bavarde impénitent(e)."² "Batoiller est de la famille de battre, c'est faire battre sa langue. Il devrait donc s'écrire avec deux t, mais nous suivons l'usage bien établi de l'écrire avec un seul t. Une batoille (homme ou femme), même traduction que une barjaque. On dit aussi batouiller, batouille."³

 

Au Québec, on emploie le verbe "placoter" pour dire "bavarder": placoter avec des amis. Ce verbe a aussi le sens de "parler de façon indiscrète, médire": placoter contre quelqu'un. "Placoter" pourrait tirer son origine du verbe "clapoter" dont il est l'anagramme: émettre un clapotement, bruit léger que fait l'eau lorsqu'elle est agitée par des petites vagues. Toujours au Québec, il existe aussi le verbe "mémérer": bavarder, faire des commérages. Nous disons "cancaner". "Mémérer", du substantif "mémère" qui signifie "personne qui parle beaucoup sans avoir rien d'intéressant à dire" et "personne qui aime les commérages" au Québec. Chez nous, une "mémère" est un terme péjoratif pour qualifier une personne très âgée.

 

Du côté des expressions, on dit qu'on "taille une bavette" lorsqu'on bavarde. La "bavette" en question fait référence à l'ancien sens du mot "bave" que nous avons vu au début. Quant au verbe "tailler", il semble qu'il s'appliquait autrefois à la parole, et que "tailler bien la parole à quelqu'un" signifiait "parler à quelqu'un avec éloquence" (Alain Rey). Un autre verbe lié à la parole est "couper": on dit qu'on coupe la parole à une personne lorsqu'on l'interrompt pour parler à sa place.

 

Autre expression: tailler/discuter le bout de gras. L'origine de ce "bout de gras" est incertaine. Elle pourrait venir du morceau de lard que les gens pauvres mettaient autrefois dans leur soupe lorsqu'ils en avaient les moyens, ce qui était rare. Et lorsque cela arrivait, la discussion autour de la table devenait plus joyeuse et plus animée.

 

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¹Pierre Merle, Nouveau dictionnaire de la langue verte, Éditions Denoël, 2007.

²&³Georges Arès, Parler suisse, parler français, Éditions de l'Aire, 1994.

18:56 Publié dans Anglais, Culture, Espagnol, Provençal, Québec, Suisse romande | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | |