27/08/2018

Du moustique à la mouche

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Deux insectes qui peuvent gâcher vos vacances d'été.

 

Le moustique est un "insecte dont la femelle pique l'homme et les animaux pour se nourrir de leur sang". Le sang prélevé fournit à la femelle les protéines nécessaires au développement de ses œufs. On a tous en mémoire des nuits d'été agitées avec des moustiques qui bourdonnent sans relâche dans nos oreilles. On dit aussi que les moustiques "vibrent". Les moustiques sont particulièrement virulents à la nuit tombée près des cours d'eau, mais ils craignent le vent. Lorsqu'ils s'en prennent à nous, on dit qu'on est "dévoré" ou "mangé" par les moustiques. Dans son "Dictionnaire des idées reçues", Gustave Flaubert écrit: "Moustique: plus dangereux que n'importe quelle bête féroce." Le moustique est vecteur de maladies comme le paludisme, ou malaria, et la dengue. Pour s'en protéger, on utilise une "moustiquaire" ou un "répulsif anti-moustiques". Si vous préférez un produit naturel comme une huile essentielle, l'odeur de la citronnelle a la réputation de faire fuir ces désagréables insectes.

Le mot "moustique" nous vient de l'espagnol mosquito, diminutif de mosca, "mouche", mot lui-même issu du latin musca. En anglais aussi, "moustique" se dit mosquito.

Dans le langage familier, le terme "moustique" qualifie une "personne de petite taille qui est toujours en mouvement", surtout en parlant d'un enfant.

Le moustique se rencontre dans un lieu: Moustique est une île privée appartenant à l'archipel des Grenadines, au sud des Antilles, dans la mer des Caraïbes. L'île compte environ 650 résidents permanents, et vit du tourisme. Cette île est la paradis des milliardaires. Elle est appelée "Moustique" car elle est toute petite.

Au Québec, les "moustiques" portent le nom de "maringouins". Un autre insecte antipathique qui sévit dans tout le Canada est la "mouche noire". Il en existe 161 espèces. Comme les moustiques, les mouches noires femelles ont besoin de notre sang ou de celui des animaux pour pondre leurs œufs. Le chanteur folk canadien Wade Hemsworth a composé en 1949 une chanson intitulée "The Blackfly" après avoir travaillé dans les forêts de l'Ontario, au nord du Canada. Cette chanson pleine d'humour relate la difficile cohabitation entre les "maudites" mouches noires et les travailleurs d'un barrage hydroélectrique.

 

Chez nous, les mouches ne piquent pas. Mais elles ne sont pas pour autant les meilleures amies de l'homme. La mouche est un insecte qui comprend de nombreuses espèces. La plus commune est la "mouche domestique", du latin musca domestica, appelée ainsi car elle entre dans les appartements et les maisons lorsque les fenêtres sont ouvertes en été.

Autrefois, on appelait "mouche" tout insecte volant: cela comprenait l'abeille, la guêpe, le moustique et le taon. C'est à partir du XVIème siècle que l'on commence à faire la différence, mais en continuant à accoler le mot "mouche": mouche abeille, etc. Montaigne est le premier à offrir cette précision en inventant, dans ses "Essais", la formule "mouche guêpe": "La mouche guêpe pique et offense autrui, mais plus soi-même; car elle y perd son aiguillon, et sa force pour jamais."

Aujourd'hui, le terme "moucheron" désigne non pas un bébé mouche, comme on pourrait le croire, mais toute espèce de petits insectes volants qui ressemblent à la mouche ou au moustique: un essaim de moucherons. En Belgique, on emploie le mot "mouchette": des chiures de mouchettes. Et en Suisse romande, c'est le mot "mouchillon" qui est utilisé. Au sens figuré, et dans le langage familier, un "moucheron" est un "très petit garçon".

La "tipule", aussi appelée "cousin", est un insecte qui ressemble à un moustique à très longues pattes, mais il appartient à la famille des mouches, et il est inoffensif pour l'homme parce qu'il ne pique pas. Mais dans le langage courant, outre le sens de "parent", on comprend le mot "cousin" comme signifiant "moustique": http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc....

Au XVIIème siècle, les femmes de la haute société collaient un petit morceau de taffetas de couleur noire sur leur visage pour faire croire qu'elles avaient un grain de beauté. Cette "mouche" faisait ressortir la pâleur de leur teint, considéré à l'époque comme le summum du raffinement et de l'élégance car c'étaient les paysans qui travaillaient aux champs qui avaient le teint hâlé. Aujourd'hui, c'est la petite touffe de barbe que les hommes se laissent pousser sous la lèvre inférieure qui s'appelle une "mouche".

 

On retrouve la mouche dans de nombreuses expressions et un proverbe:

-Écrire en pattes de mouche: de manière maladroite et/ou avec des ratures.

-Tomber comme des mouches: se dit lorsqu'un très grand nombre de personnes meurt en même temps (en cas de guerre, de catastrophe naturelle ou d'épidémie).

-On n'attrape pas les mouches avec du vinaigre (proverbe): on résout mieux une affaire compliquée par la douceur que par la dureté ou la rigueur.

-On entendrait voler une mouche: le silence est total.

-Regarder voler les mouches: être distrait, rêvasser. Expression synonyme: bayer aux corneilles (http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc...).

-Il/Elle ne ferait pas de mal à une mouche: se dit d'une personne incapable d'une action méchante.

-Être/Faire la mouche du coche: désigne une personne arrogante qui cherche à s'imposer par tous les moyens (en référence à une fable de Jean de La Fontaine: "Le coche et la mouche").

-Prendre la mouche: se vexer, se fâcher sans raison apparente. À l'origine, c'est la vache qui, littéralement, "prend la mouche". L'expression fait référence au "taon des bœufs", une variété de mouche qui se caractérise par sa grosseur et son dard très aigu dont la piqûre est extrêmement douloureuse. Lorsqu'une vache se fait piquer par un taon, cela provoque chez elle une vive agitation qui fait penser à un subit accès de colère. D'où l'expression "prendre la mouche" pour décrire quelqu'un qui s'énerve sans que l'on sache pourquoi. On dit aussi: "Quelle mouche le/la pique ?", toujours en référence au taon qui pique et qui agace. 

-Un(e) gobe-mouche: personne stupide qui croit tout ce qu'on lui raconte (terme aujourd'hui désuet). Dans la nature, un "gobe-mouche" est un oiseau insectivore de la famille des passereaux.

 

Il existe deux autres expressions dans lesquelles le mot "mouche" ne signifie pas directement l'insecte, même s'il y a un lien:

-Une fine mouche: personne habile et intelligente. Cette expression date de la deuxième moitié du XVème siècle. À l'époque, une "mouche" qualifiait un espion qui travaillait pour le compte d'une personne puissante. Cela vient du caractère agile, insaisissable et persévérant des mouches qui ne se fatiguent jamais de tourner autour de nous. Ces espions devaient agir tout en discrétion pour ne pas se faire remarquer, et glaner ainsi un maximum d'informations: d'où l'adjectif "fine", car la discrétion n'est pas le propre d'une mouche ordinaire qui, même si on la repère et qu'on la chasse, continue inlassablement à revenir nous harceler. Aujourd'hui, nous utilisons le mot "mouchard" pour parler d'un espion ou d'un indicateur de police.

-Faire mouche: parvenir au but que l'on s'était fixé. Une expression tirée du vocabulaire du tir, où la "mouche" désigne le petit cercle noir qui se trouve au centre de la cible, et qui, de loin, ressemble à l'insecte.

 

La mouche se retrouve dans une pièce de théâtre, des livres et des films: "Les mouches", drame en trois actes de Jean-Paul Sartre (1943); "Sa Majesté des mouches", roman de William Golding, dont le titre original est "Lord of the Flies" (1954); "La mouche", de George Langelaan, texte tiré des "Nouvelles de l'Anti-Monde" (1962), et adapté au cinéma par Kurt Neumann en 1958, et par David Cronenberg en 1986 ("The Fly").

 

En escrime, la "mouche" est le bouton placé à la pointe du fleuret pour le rendre inoffensif.

En boxe, la catégorie "poids mouche" désigne les boxeurs dont le poids est le plus léger.

Enfin, un "bateau-mouche" est un type d'embarcation que l'on voit notamment sur la Seine à Paris, et qui sert à transporter les touristes:

 

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30/07/2018

Canicule 2018

 

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Un avis de canicule est donné pour cette semaine en Suisse. L'occasion de revoir ce mot que j'ai analysé en juillet 2015.

 

Le mot "canicule" désigne une période de grande chaleur se prolongeant de quelques jours à quelques semaines, telle que nous la vivons cet été: lorsque la température de l'air dépasse les trente degrés le jour et ne baisse seulement que jusqu'à vingt degrés  environ durant la nuit. On parle alors de "nuits tropicales". Idéales pour dîner sur une terrasse ou faire un barbecue, plus problématiques lorsqu'il s'agit de dormir pour récupérer. Au lieu d'utiliser le terme "canicule", on peut aussi dire "vague de chaleur". La dernière canicule mémorable remonte à 2003.

Ce mot vient du latin canicula,  diminutif de canis, "chien". Mais quel est donc le rapport avec la chaleur ? En latin, le terme exact est stella canicula, "étoile du chien", qui est l'autre nom de Sirius, l'étoile la plus brillante du ciel après le Soleil. "Sirius" dérive du mot grec seirios qui signifie "ardent". Les Égyptiens avaient baptisé cette étoile Sothis, "la splendeur". En latin, on appelle Sirius stella canicula parce que cette étoile appartient à la constellation du Grand Chien, Canis Major en latin, nommée ainsi parce qu'elle dessine une forme de chien dans le ciel.

À l'origine du nom de cette constellation, Laelaps, chien infaillible dans la mythologie grecque, qui rattrapait toujours sa proie. Laelaps est également le nom de l'un des chiens de chasse d'Actéon, le célèbre chasseur qui, ayant surpris Diane en train de se baigner, fut transformé en cerf par la déesse Artémis, puis mourut dévoré par ses chiens. Le nom de "Grand Chien" pourrait aussi faire référence à Argos, le chien d'Ulysse, qui reconnut immédiatement son maître lorsque celui-ci revint à Ithaque après vingt longues années passées à faire la guerre de Troie.

Revenons à Sirius, notre stella canicula. Entre le 22 juillet et le 22 août, période où les vagues de chaleur se manifestent généralement, Sirius se lève et se couche avec le Soleil. D'où le terme "canicule" car les anciens pensaient que c'était l'apparition de cette étoile dans le ciel qui provoquait les grandes chaleurs. Dans l'Égypte antique, cette apparition était très attendue car elle annonçait l'imminence des bénéfiques crues du Nil nécessaires à l'agriculture.

On retrouve le chien en anglais où le mot "canicule" se dit dog days, littéralement "jours du chien". Comme en français, on peut aussi dire heat wave, "vague de chaleur". En espagnol, en italien et en portugais également on retrouve la vague avec les termes ola de calor, ondata di calore et onda de calor. En portugais, on peut aussi dire tempo de canicula.

 

20:03 Publié dans Anglais, Astronomie, Culture, Espagnol, Italien, Latin, Mythologie grecque, Portugais | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | |

24/09/2017

Bavarder, etc.

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 Le verbe "bavarder" possède de nombreux synonymes.

 

Lorsqu'on parle beaucoup, de choses et d'autres, on dit qu'on "bavarde". Autrefois le mot "bave", en plus d'être un synonyme de "salive", signifiait "babil, loquacité". D'où le verbe "bavarder", et les mots "bavardage" et "bavard". C'est aussi de là que nous vient l''expression "baver sur quelqu'un/sur la réputation de quelqu'un": critiquer, dénigrer par ses paroles (200 drôles d'expressions que l'on utilise tous les jours sans vraiment les connaître, racontées par Alain Rey, Le Robert, 2015).

 

On peut aussi "causer" et "discuter". "Causer", c'est s'entretenir familièrement avec une ou plusieurs personnes de manière spontanée. Le verbe "discuter" est plus sérieux. Il est proche du verbe "débattre", et implique un soin, une exactitude, le fait de bien considérer le pour et le contre: on discute une affaire, une question, un projet. On voit fréquemment le verbe "discuter" suivi de la préposition "de" (discuter d'une affaire, d'une question, d'un projet), mais cela n'est pas correct.

 

Le verbe "babiller" signifie aussi "parler beaucoup". On l'utilise le plus souvent pour qualifier le bavardage animé des enfants: ces écoliers sont dissipés, ils n'arrêtent pas de babiller.

 

Dans le langage familier, on dit qu'on "bavasse" et qu'on "tchatche". Le verbe "bavasser" véhicule une connotation de médisance, et "tchatcher" c'est "parler abondamment, avoir du bagou". "Tchatcher" vient du verbe espagnol chacharear, "bavarder, causer". "Courant depuis longtemps du côté de Marseille, diffusé par nombre de rapatriés d'Algérie, il fut généralisé en France dans les années 1980."¹ Le verbe "tchatcher" se décline en substantif: on dit de quelqu'un qui n'a pas sa langue dans la poche qu'il/elle a "de la tchatche". 

En anglais, le verbe to chatter possède la même signification que "tchatcher". To chatter a donné en anglais le substantif chat, "discussion sur Internet", terme repris tel quel en français, ou avec la variante orthographique "tchat". En français, il existe aussi le verbe "chater" ou "tchater", "discuter sur Internet", à ne pas confondre avec "tchatcher" ! On ne confondra pas non plus un "tchatteur" (personne qui discute sur Internet) avec un "tchatcheur" (personne volubile).

 

Le verbe "jacasser" signifie "pousser son cri" en parlant de la pie, affublée du surnom évocateur de "pie bavarde". Une personne qui jacasse bavarde sans arrêt en tenant des propos futiles, et généralement de manière fatigante, par allusion bien sûr au cri aigu de la pie. Verbe synonyme, dans le langage populaire: jacter.

 

Autre verbe synonyme de "bavarder": papoter. On papote lorsqu'on parle beaucoup avec familiarité, légèreté ou frivolité. En Suisse romande, on dit qu'on "barjaque" ou qu'on "batoille". "Barjaquer", c'est "bavarder de manière excessive, parler à tort et à travers". "Le verbe existe aussi en provençal, avec le même sens (barjar, substantif: barjaca), mais n'appartient pas au standard. Une barjaque: une pie, un moulin à paroles, un bavard ou une bavarde impénitent(e)."² "Batoiller est de la famille de battre, c'est faire battre sa langue. Il devrait donc s'écrire avec deux t, mais nous suivons l'usage bien établi de l'écrire avec un seul t. Une batoille (homme ou femme), même traduction que une barjaque. On dit aussi batouiller, batouille."³

 

Au Québec, on emploie le verbe "placoter" pour dire "bavarder": placoter avec des amis. Ce verbe a aussi le sens de "parler de façon indiscrète, médire": placoter contre quelqu'un. "Placoter" pourrait tirer son origine du verbe "clapoter" dont il est l'anagramme: émettre un clapotement, bruit léger que fait l'eau lorsqu'elle est agitée par des petites vagues. Toujours au Québec, il existe aussi le verbe "mémérer": bavarder, faire des commérages. Nous disons "cancaner". "Mémérer", du substantif "mémère" qui signifie "personne qui parle beaucoup sans avoir rien d'intéressant à dire" et "personne qui aime les commérages" au Québec. Chez nous, une "mémère" est un terme péjoratif pour qualifier une personne très âgée.

 

Du côté des expressions, on dit qu'on "taille une bavette" lorsqu'on bavarde. La "bavette" en question fait référence à l'ancien sens du mot "bave" que nous avons vu au début. Quant au verbe "tailler", il semble qu'il s'appliquait autrefois à la parole, et que "tailler bien la parole à quelqu'un" signifiait "parler à quelqu'un avec éloquence" (Alain Rey). Un autre verbe lié à la parole est "couper": on dit qu'on coupe la parole à une personne lorsqu'on l'interrompt pour parler à sa place.

 

Autre expression: tailler/discuter le bout de gras. L'origine de ce "bout de gras" est incertaine. Elle pourrait venir du morceau de lard que les gens pauvres mettaient autrefois dans leur soupe lorsqu'ils en avaient les moyens, ce qui était rare. Et lorsque cela arrivait, la discussion autour de la table devenait plus joyeuse et plus animée.

 

 ***

 

¹Pierre Merle, Nouveau dictionnaire de la langue verte, Éditions Denoël, 2007.

²&³Georges Arès, Parler suisse, parler français, Éditions de l'Aire, 1994.

18:56 Publié dans Anglais, Culture, Espagnol, Provençal, Québec, Suisse romande | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | |