30/07/2018

Canicule 2018

 

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Un avis de canicule est donné pour cette semaine en Suisse. L'occasion de revoir ce mot que j'ai analysé en juillet 2015.

 

Le mot "canicule" désigne une période de grande chaleur se prolongeant de quelques jours à quelques semaines, telle que nous la vivons cet été: lorsque la température de l'air dépasse les trente degrés le jour et ne baisse seulement que jusqu'à vingt degrés  environ durant la nuit. On parle alors de "nuits tropicales". Idéales pour dîner sur une terrasse ou faire un barbecue, plus problématiques lorsqu'il s'agit de dormir pour récupérer. Au lieu d'utiliser le terme "canicule", on peut aussi dire "vague de chaleur". La dernière canicule mémorable remonte à 2003.

Ce mot vient du latin canicula,  diminutif de canis, "chien". Mais quel est donc le rapport avec la chaleur ? En latin, le terme exact est stella canicula, "étoile du chien", qui est l'autre nom de Sirius, l'étoile la plus brillante du ciel après le Soleil. "Sirius" dérive du mot grec seirios qui signifie "ardent". Les Égyptiens avaient baptisé cette étoile Sothis, "la splendeur". En latin, on appelle Sirius stella canicula parce que cette étoile appartient à la constellation du Grand Chien, Canis Major en latin, nommée ainsi parce qu'elle dessine une forme de chien dans le ciel.

À l'origine du nom de cette constellation, Laelaps, chien infaillible dans la mythologie grecque, qui rattrapait toujours sa proie. Laelaps est également le nom de l'un des chiens de chasse d'Actéon, le célèbre chasseur qui, ayant surpris Diane en train de se baigner, fut transformé en cerf par la déesse Artémis, puis mourut dévoré par ses chiens. Le nom de "Grand Chien" pourrait aussi faire référence à Argos, le chien d'Ulysse, qui reconnut immédiatement son maître lorsque celui-ci revint à Ithaque après vingt longues années passées à faire la guerre de Troie.

Revenons à Sirius, notre stella canicula. Entre le 22 juillet et le 22 août, période où les vagues de chaleur se manifestent généralement, Sirius se lève et se couche avec le Soleil. D'où le terme "canicule" car les anciens pensaient que c'était l'apparition de cette étoile dans le ciel qui provoquait les grandes chaleurs. Dans l'Égypte antique, cette apparition était très attendue car elle annonçait l'imminence des bénéfiques crues du Nil nécessaires à l'agriculture.

On retrouve le chien en anglais où le mot "canicule" se dit dog days, littéralement "jours du chien". Comme en français, on peut aussi dire heat wave, "vague de chaleur". En espagnol, en italien et en portugais également on retrouve la vague avec les termes ola de calor, ondata di calore et onda de calor. En portugais, on peut aussi dire tempo de canicula.

 

20:03 Publié dans Anglais, Astronomie, Culture, Espagnol, Italien, Latin, Mythologie grecque, Portugais | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Facebook | |

17/07/2018

Marinade

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Analyse d'un mot de saison en cette période estivale.

 

Une "marinade" est un mélange aromatique composé de vin ou d'huile, de sel, d'épices, etc., dans lequel on fait macérer du poisson ou de la viande avant la cuisson. Par extension, le mot désigne aussi l'aliment qui a été mariné: marinade de chevreuil.

Une "escabèche" est un hors-d'œuvre froid à base de poisson mariné, traditionnellement de la sardine et du maquereau. La locution "en escabèche" ou "à l'escabèche" se dit de poissons étêtés, de moules, préparés avec de l'huile d'olive, et servis avec une marinade.

Le mot péruvien "ceviche" est le nom d'un plat originaire d'Amérique latine. Il s'agit d'une marinade de poisson cru au citron dont il existe plusieurs variantes.

Au Québec, le terme "marinades" qualifie des légumes (cornichons, petits oignons, betteraves, choux-fleurs, etc.) conservés dans du vinaigre épicé, et employés comme condiments, l'équivalent des "pickles", mot d'origine anglaise: bocal de pickles. En anglais, le mot pickle signifie "saumure". La "saumure" est en effet une sorte de marinade servant à conserver les viandes, les poissons et certains légumes, sous l'action de laquelle les éléments fermes s'attendrissent.¹ Le mot "marinade" vient d'ailleurs du latin aqua marina, "saumure". Il appartient à la famille étymologique du mot "mer", et signifie proprement "eau de mer".

Le mot "piccalilli", de pickle et chili, aussi d'origine anglaise, désigne des légumes conservés dans de la moutarde douce. On ne confondra pas "piccalilli" avec "Piccadilly", l'artère de Londres qui s'étend de Hyde Park Corner à Piccadilly Circus.

En Italie, la mostarda, contrairement à ce que l'on pourrait croire, n'a rien à voir avec la moutarde telle qu'on la connaît chez nous. Il s'agit bien d'un condiment, mais il se présente sous la forme d'une garniture de fruits confits dans un sirop épais aromatisé à la moutarde (cerises, poires, figues, abricots, etc.): on l'appelle aussi mostarda di frutta. On la sert avec la viande bouillie et les fromages. C'est une spécialité de Crémone, en Lombardie.

Enfin, le mot "achards", toujours utilisé au pluriel, qualifie un condiment préparé à base de petits légumes, de fruits et de graines aromatiques macérés dans du vinaigre: sardines aux achards. Ce mot est attesté dans les récits de voyages aux Indes orientales au XVIIème siècle. Il est emprunté au malais par l'intermédiaire du portugais (CNRTL).

 

Le verbe "mariner" est à la fois transitif et intransitif: mariner du gibier; cette viande doit mariner plusieurs heures. Et au sens figuré, dans le langage familier, "mariner" c'est rester longtemps dans un lieu, ou dans une situation inconfortable ou peu agréable: il/elle m'a fait mariner plus d'une heure dans la salle d'attente; mariner en prison.

Verbe synonyme: mijoter (dans son jus): je suis resté(e) ici à mijoter dans mon jus en attendant son retour. On reste dans la cuisine: "mijoter", c'est "faire cuire un plat doucement et lentement, à tout petit feu". Par extension, "mijoter" signifie qu'on prépare un mets minutieusement et avec amour: mijoter de bons petits plats. Au sens figuré, "mijoter" veut dire "préparer patiemment" en parlant d'une affaire, le plus souvent avec une connotation négative: mijoter un complot. Verbe synonyme: ourdir. Pour en savoir davantage sur le verbe "mijoter": http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc....

 

En guise de conclusion, voici la recette de ma marinade préférée pour donner à la fois du peps et de la fraîcheur à votre poulet: 5 cl huile d'olive, 3 jus de citron vert, 3 gousses d'ail hachées très finement, coriandre fraîche, sel et poivre. Laissez mariner deux bonnes heures, le poulet sera presque déjà cuit sous l'effet du citron vert. Versez le tout dans une poêle, et chauffez à feu doux (je coupe les blancs de poulet en morceaux de taille moyenne avant de les faire mariner, de manière à ce que la chair s'imprègne en profondeur de toute la saveur du mélange).

 

¹Dictionnaire de l'académie des gastronomes, Éditions Prisma, 1962.

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21/06/2018

Girafe

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Aujourd'hui, 21 juin, c'est la journée mondiale de la girafe. Logique de célébrer l'animal qui possède le plus long cou le jour du solstice d'été, jour le plus long de l'année sous notre hémisphère.

Jusqu'au début du XIXème siècle, le mot "girafe" pouvait s'écrire avec la variante orthographique "giraffe".

À noter que le mot s'écrit avec deux "f" en allemand (Giraffe), en anglais (giraffe) et en italien (giraffa), mais avec un seul "f" en espagnol (jirafa) et en portugais (girafa).

Jacques Prévert, dans son poème "Mea culpa", choisit d'écrire le mot avec deux "f":

C'est ma faute

C'est ma faute

C'est ma très grande faute d'orthographe

Voilà comment j'écris

Giraffe.¹ 

 

La girafe est un grand mammifère ruminant d'Afrique, au cou très long et rigide qui lui permet d'atteindre les feuilles d'acacia jusqu'à six mètres de hauteur. Pour boire et brouter, la girafe écarte ses pattes antérieures. Son pelage est de couleur fauve, et marqué de larges taches brunes dont le dessin rappelle une mosaïque.

On dit que les girafes vont l'amble. "Aller l'amble" ou "aller à l'amble" est un type de démarche qui consiste à avancer les membres de manière latérale (antérieur droit/postérieur droit, puis antérieur gauche/postérieur gauche). Outre la girafe, l'amble est une allure naturelle chez les primates, ainsi que chez le chameau, le lama, l'éléphant, l'okapi (appelé aussi "girafe du Congo"), l'ours et le loup à crinière. Certaines races de chiens et de chevaux aussi vont l'amble. Pour le cheval, on parle d'un cheval "ambleur". Cette démarche qui crée un doux balancement est agréable pour le cavalier, et permet notamment la monte en amazone.

Le petit de la girafe est le "girafon" ou "girafeau".

 

Du côté des expressions, on dit d'une personne qui possède un long cou qu'elle a un "cou de girafe". Et il existe la locution familière "peigner la girafe" qui possède deux significations: faire un travail long et inutile, inefficace; ne rien faire de son temps. L'origine de cette locution est obscure.

Selon certaines sources, l'expression viendrait de la girafe offerte au roi Charles X par le vice-roi d'Égypte Méhémet Ali. Cette girafe, qui s'appelait Zarafa, arrive à Paris au Jardin du Roi le 30 juin 1827 (l'actuel Jardin des Plantes). Elle constitue immédiatement une attraction populaire car le public parisien n'avait encore jamais vu un tel animal. L'engouement est si grand que les femmes se mettent à se coiffer "à la girafe", c'est-à-dire en portant un immense chignon en hauteur sur la tête se voulant semblable aux deux appendices osseux couverts d'une touffe de poils nommés "ossicônes" que les girafes ont sur la tête. Cet engouement a été tourné en dérision par Honoré de Balzac dans sa nouvelle satirique parue en 1827 sous le nom de "Discours de la girafe au chef des six Osages (ou Indiens), prononcé le jour de leur visite au Jardin du Roi; traduit de l'arabe par Alibassan, interprète de la girafe".

Avant Zarafa, la seule girafe à avoir foulé le sol européen était la girafe offerte en 1486 à Laurent de Médicis par le sultan d'Égypte Al-Achraf Sayf ad-Dîn Qa'it Bay. Cette girafe aussi fit grande sensation à son arrivée à Florence. Mais revenons à notre girafe du Jardin du Roi. La légende dit qu'un de ses palefreniers égyptiens avait pour tâche de peigner la crinière de Zarafa pour qu'elle ait belle allure, une occupation longue et fastidieuse en raison de la longueur du cou de l'animal, d'où le sens de l'expression. Mais cette explication est très controversée.

Il existe une autre origine possible. "Peigner la girafe" pourrait faire allusion à la masturbation masculine, le long cou de la girafe symbolisant un pénis en érection. Lorsqu'on pense au substantif familier "branleur", dont le sens figuré est "paresseux", on comprend mieux comment le fait de "peigner la girafe" puisse être assimilé à l'inefficacité et à la fainéantise.

 

Pour conclure, relevons que le mot "girafe" possède un deuxième sens: celui de "perche fixée à un pied articulé et supportant un micro", utilisée dans le cinéma.

 

¹Jacques Prévert, Histoires, Éditions Gallimard, 1963.

10:23 Publié dans Culture, Histoire, Honoré de Balzac, Jacques Prévert | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |