30/10/2015

Éphémère

 

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Le mot "éphémère" est à la fois adjectif et substantif. Il a connu une grande variation orthographique au fil des siècles: il s'est d'abord écrit efimere ou effimere, puis ephimere et finalement ephemere qui a donné l'orthographe actuelle. "Éphémère" est un terme issu du grec des médecins et signifiant "qui dure un jour". Il semblerait qu'à l'origine, en tant qu'adjectif, ce mot servait à qualifier une poussée de fièvre.

La signification première de l'adjectif "éphémère" est le sens grec de "qui ne dure ou ne vit qu'un jour". Mais par extension, dans le langage courant, on le comprend dans le sens plus général de "qui est de courte durée, qui ne fait que passer": une gloire, un succès, un bonheur éphémère. Adjectifs synonymes: fugace, fugitif, momentané, passager, temporaire. On peut aussi utiliser l'expression "sans lendemain", particulièrement dans le registre amoureux: une aventure/une liaison/une rencontre sans lendemain.

En tant que substantif, "éphémère" qualifie un insecte qui ressemble à une petite libellule et dont la larve aquatique met plus d'une année à se développer, mais dont l'adulte ne vit qu'un seul jour: on retrouve ici le sens originel du mot. "Mes baisers sont légers comme ces éphémères / Qui caressent le soir les grands lacs transparents": Charles Baudelaire, "Femmes damnées", Les Fleurs du mal, 1857.

Au Québec, les éphémères sont appelés "mannes". "Manne" est un terme biblique désignant la nourriture miraculeuse envoyée aux Hébreux pendant la traversée du désert. Au sens figuré, le mot signifie "nourriture abondante, don ou avantage inespéré", et c'est ainsi qu'il faut comprendre l'usage québécois: les éphémères qui abondent sur les rivières constituent en effet pour les poissons qui en sont très friands une nourriture providentielle. Dans le langage courant, "manne" fait référence à des ressources financières ou à des avantages inattendus: la manne budgétaire.

Dans la même famille que le mot "éphémère", et possédant la même origine, il y a le terme "éphéméride". Anciennement, une "éphéméride" était un ouvrage indiquant pour l'année à venir les prévisions météorologiques. On parle aujourd'hui d'un "almanach", ouvrage qui rassemble, outre un calendrier astronomique avec les phases de la Lune, la durée des jours et les éclipses, des horoscopes, des conseils pratiques sur les travaux de la terre selon les saisons, un inventaire des foires et marchés régionaux, etc. On connaît tous le "Messager boiteux", le plus ancien et le plus célèbre almanach de Suisse, publié pour la première fois en allemand à Berne en 1677 sous le nom de "Der Hinkende Botte" et en français dès 1707 à Vevey, dans le canton de Vaud, alors sous domination bernoise. Son nom vient probablement du fait qu'autrefois, les colporteurs étaient souvent des militaires blessés ou amputés.

Dans le langage courant, une "éphéméride" est l'autre nom d'un calendrier de bureau dont on détache chaque jour une page.

On entend également par "éphéméride" une liste groupant les évènements marquants qui se sont produits le même jour de l'année à différentes époques. Ainsi, l'éphéméride du vendredi 30 octobre 2015 nous apprend que le 30 octobre 1910 est le jour de la mort d'Henri Dunant, fondateur de la Croix-Rouge et premier prix Nobel de la paix. À la télévision, après les prévisions météorologiques, l'éphéméride nous renseigne sur le prénom à fêter, le nom du saint et le dicton du jour, ainsi que sur les heures du lever et du coucher du Soleil.

Enfin, au pluriel, les "éphémérides" sont des tables astronomiques donnant pour chaque jour de l'année la position calculée des astres et des planètes, ainsi que les heures des marées. Ces tables sont utilisées par les astronomes, les astrologues et les marins.

 

07:00 Publié dans Charles Baudelaire, Culture, Henri Dunant, Québec, Suisse | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | |

16/09/2015

Automne

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 Prenons un peu d'avance sur le calendrier, le temps pluvieux s'y prête, pour analyser le mot "automne".

 

L'automne est, parmi les quatre saisons de l'année, celle qui se situe entre l'été et l'hiver. Le terme "arrière-saison" fait référence au moment où s'achève l'automne et où commence l'hiver et, en parlant du blé et du vin, aux derniers mois qui précèdent la récolte ou les vendanges (juin et juillet pour le blé, juillet et août pour le vin). Au pluriel, on écrit: des arrière-saisons.

Le m du mot "automne" ne se prononce pas. En ancien français, les mots latins qui contenaient le groupe mn se sont transformés en mm dans quelques mots, par exemple "sommeil", du latin somniculus, diminutif de somnus, ou en nn comme dans les mots "colonne", du latin columna, ou "solennel", du latin sollemnis. En revanche, pour plusieurs autres mots, la graphie originale du groupe latin mn a été conservée: ainsi notre "automne", du latin autumnus, mais aussi "calomnie", "damner", "gymnastique", "hymne", "indemne", "omnipotent", etc., de même que les mots dérivés de "sommeil": "somnambule" et "somnifère". Concernant la prononciation, pour les mots "automne" et "damner", ainsi que pour leurs dérivés, mn se prononce comme un n, le m précédent étant muet. Exception: pour l'adjectif "automnal", le m se prononce parfois. Pour les autres mots, la prononciation du groupe mn respecte la graphie: les deux consonnes, m et n, sont prononcées.

Dans notre hémisphère nord, l'automne va du 22 septembre au 21 décembre. C'est l'"équinoxe d'automne", date à la quelle le jour et la nuit ont des durées égales, qui marque le début de l'automne. L'automne est caractérisé par le déclin des jours et la chute des feuilles. En anglais, "automne" se dit autumn, mot qui dérive du latin autumnus que nous avons vu plus haut, ou fall, "chute", d'origine germanique. Au départ, les Anglais appelaient l'automne harvest, "récolte". Puis, au fur et à mesure qu'une population grandissante commença à quitter la campagne pour s'établir en ville, le mot harvest fut détrôné par le mot autumn, apparu au XVIème siècle. À la même époque, les Anglais utilisaient aussi l'expression fall of the leaf, "chute de la feuille", expression abrégée en fall dès le XVIIème siècle.¹ Il semblerait que les Anglais partis coloniser l'est des États-Unis aient emporté le mot fall dans leurs bagages, tandis que ceux restés dans leur île natale adoptèrent le mot autumn. Cela explique pourquoi fall ne s'entend aujourd'hui qu'aux États-Unis et au Canada, alors qu'en Grande-Bretagne on utilise le mot autumn, mot également employé couramment en Irlande, ainsi qu'en Australie et en Nouvelle-Zélande, où l'automne s'installe du 1er mars au 31 mai, ces deux pays étant situés dans l'hémisphère sud.

 

L'automne, et notamment la chute des feuilles, a énormément inspiré les poètes. Sous leur plume, cette saison qui marque la fin d'un cycle se pare naturellement de mélancolie.

"Bientôt nous plongerons dans les froides ténèbres / Adieu, vive clarté de nos été trop courts ! / J'entends déjà tomber avec des chocs funèbres / Le bois retentissant sur le pavé des cours" (Charles Baudelaire, première strophe de "Chant d'automne", "Spleen et Idéal", Les fleurs du mal, 1857).

"Les sanglots longs / Des violons / De l'automne / Blessent mon cœur / D'une langueur / Monotone" (Paul Verlaine, première strophe de "Chanson d'automne", Poèmes saturniens, 1866).

"Dans le brouillard s'en vont un paysan cagneux / Et son bœuf lentement dans le brouillard d'automne / Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux / Et s'en allant là-bas le paysan chantonne / Une chanson d'amour et d'infidélité / Qui parle d'une bague et d'un cœur que l'on brise / Oh ! l'automne l'automne a fait mourir l'été / Dans le brouillard s'en vont deux silhouettes grises" (Guillaume Apollinaire, "Automne", Alcools, 1913).

"Les feuilles mortes se ramassent à la pelle / Les souvenirs et les regrets aussi / Et le vent du nord les emporte / Dans la nuit froide de l'oubli" (extrait du célèbre poème écrit par Jaques Prévert en 1945 et repris en chanson par de nombreux artistes).

 

Au sens figuré, et dans un registre littéraire mais aujourd'hui vieilli, l'automne symbolise la période de la vie qui précède la vieillesse (arriver à l'automne de sa vie) et, par extension, le commencement d'un déclin (l'automne de l'Empire romain).

 

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¹Douglas Harper, Online Etymology Dictionary.