13/01/2014

Bringue, brindezingue, berzingue

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 La bringue a un sens différent en Suisse romande et en France.

 

Selon le pays où vous vous trouvez, faire la bringue n'aura pas tout à fait les mêmes conséquences !

 

En Suisse romande, on utilise le mot "bringue" pour qualifier un discours ennuyeux, des propos répétitifs: il ressasse toujours la même bringue, c'est-à-dire la même rengaine.

Une personne qui rabâche continuellement les mêmes choses est également appelée bringue: quelle vieille bringue, celui-là, il faut supporter ses histoires (comprenez "quel vieux raseur"). 

"Bringue" peut aussi prendre le sens de "querelle": il n'arrête pas d'avoir des bringues avec tout le monde.

Le mot se décline en verbe, autant dans le sens d'embêter avec des discours insistants que de se disputer: ma grand-mère bringue toujours les mêmes souvenirs du passé, il bringue pour avoir l'autorisation de sortir le soir; ces gamins sont toujours en train de se bringuer, ma sœur passe son temps à bringuer avec mon père. 

Selon le contexte, le verbe peut avoir un sens totalement différent: celui de s'attarder, perdre son temps, traînasser. Qu'est-ce que tu bringues ? Je t'attends depuis des heures ! 

Il existe aussi l'expression "faire la bringue à quelqu'un": importuner, harceler quelqu'un dans le but d'obtenir quelque chose: mes enfants me font la bringue pour avoir des friandises. Autres régionalismes romands: faire la meule, faire la scie.

Enfin, il y a l'expression "être en bringue avec quelqu'un": être brouillé avec quelqu'un.

Tous les emplois du mot sont familiers.

 

En France, "faire la bringue" sera compris exclusivement dans le sens de "faire la fête", une fête généralement bien arrosée, avec aussi la connotation plus large de "faire la noce": mener une vie désordonnée, dissipée. Et lorsqu'on est ivre, on dira populairement qu'on est brindezingue. Autrefois, on disait: être dans les brindes.

L'étymologie de "bringue" serait justement "brinde" qui, au XVIème siècle, signifiait le toast que l'on porte à la santé de quelqu'un, le mot "brinde" venant de la formule allemande bring dir's (contraction de dir es), littéralement "je te le porte": je bois à ta santé. En italien, trinquer se dit d'ailleurs brindare. On voit ici le lien avec les sens romands de la bringue puisque consommer trop d'alcool peut parfaitement contribuer à répéter inlassablement les mêmes propos et à chercher des noises à ses compagnons de beuverie.

Il existe deux expressions populaires en rapport avec un autre effet que l'alcool peut avoir sur l'organisme, l'effet euphorisant: "à toute bringue" et "à toute berzingue" pour dire "très vite", "à toute allure", le terme "berzingue" étant la forme picarde du mot "brindezingue".

En France, le verbe bringuer dans le sens d'importuner, de se disputer ou de traîner n'entre pas dans le vocabulaire usuel. "Bringuer" constitue la variante familière de "faire la fête", variante usitée en Suisse romande également.

 

Enfin, en Suisse romande comme en France, "bringue" désigne une femme haute en jambes et maigre, dégingandée. Au sens propre qui date du XVIIIème siècle, ce terme à l'origine incertaine désigne un cheval mal bâti, de chétive apparence. Aujourd'hui, il est employé dans l'expression péjorative "une grande bringue", expression proche du "grand escogriffe" masculin décrit dans une chronique précédente:

http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc...

 

Pour en savoir davantage sur d'autres mots typiquement romands: Georges Arès, Parler suisse, parler français, Éditions de l'Aire, 1994; et Dictionnaire romand, particularités lexicales du français contemporain, Éditions Zoé, 1997.

 

08:00 Publié dans Culture, Suisse romande | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | |