19/01/2015

La vache !

 

zweisimmen-meadow-berg-cows.jpg

 

 

Un animal bien de chez nous, qui est aussi présent dans de nombreuses expressions et locutions.


Le mot "vache" vient du latin vacca. Dans la même famille, le mot "vaccin", dérivé de "vaccine" dans "variole vaccine", "variole de la vache", variola vaccina en latin, de vaccinus, "qui appartient à la vache": une épizootie semblable à la variole humaine et dont le virus inoculé à l'être humain le prémunit contre cette maladie. C'est le scientifique et médecin anglais Edward Jenner qui, à la fin du XVIIIème siècle, fut le premier à pratiquer ces inoculations car il avait remarqué que les patients ayant eu la vaccine, une maladie bénigne pour l'homme appelée cowpox en anglais, étaient relativement protégés contre la variole humaine. Le vaccin contre la variole était né, ainsi que le mot. En latin la vache se disant vacca et la vaccine vaccina, Edward Jenner décida de nommer sa nouvelle technique vaccination. C'est à partir du début du XIXème siècle qu'en français le mot "vaccin" prend le sens général d'"inoculation".

En Suisse, c'est le médecin Louis Odier qui œuvra à la popularisation de la vaccination contre la variole. Après avoir décroché son doctorat en médecine à Édimbourg en 1770, il vécut à Londres où il eut l'occasion d'observer la variole et les effets de son inoculation sur des patients.

Dans le "Dictionnaire des idées reçues" de Gustave Flaubert, rédigé à partir de 1850 et paru en 1913, on trouve sous l'entrée "vaccine" la définition suivante: "Ne fréquenter que des personnes vaccinées."


***


Ce sont les Romains qui ont introduit les bovins de petite taille dans l'espace alpin après la conquête de la Gaule. C'est là l'origine de la vache d'Hérens, dont descendent d'autres races primitives comme l'évolène en Suisse romande ou la pustertaler dans le Tyrol du Sud.


***


En patois vaudois, le terme modze ou modzon qualifie une génisse, un modzet désigne un gros veau et un modzeni est un berger d'alpage.


***


La vache se décline dans un grand nombre d'expressions, locutions et proverbes:

- Le plancher des vaches: la terre ferme, par opposition à la mer et au ciel.

- Vache à lait: personne que l'on exploite, qui est une source de profit pour une autre.

- Pleurer comme une vache: pleurer beaucoup.

- Être gros comme une vache: être très gros.

- Il pleut comme vache qui pisse: il pleut très fort.

- Comme une vache regarde passer un train: avec un air absent ou stupide.

- Queue-de-vache (adjectif): d'un blond jaunâtre ou roux passé. Des cheveux queue-de-vache.

- Donner des coups (de pied) en vache: se comporter de manière hypocrite, agir en traître contre quelqu'un.

- Montagne à vaches: montagne accessible aux vaches et donc comportant peu, sinon aucun dénivelé dangereux susceptible de causer des chutes.

- Manger de la vache enragée: endurer de grandes privations, une grande misère. "Il est défendu de manger de la chair des animaux atteints d'épizootie ou mordus par un chien enragé. Les pauvres, privés de tout, ne tiennent pas toujours compte de cette défense, et pour manger de la viande, ils mangent même de la vache enragée. — Ce n'est pas sans raison que dans ce proverbe on a dit vache et non pas bœuf: les pauvres et les gens de la campagne ne mangent presque jamais autre chose que la vache."¹

- Parler français comme une vache espagnole: parler très mal le français. Cette expression qui date de la première moitié du XVIIème siècle serait une déformation de "parler français comme un Basque espagnol": "On a altéré le texte de cette comparaison proverbiale en y substituant vache à Vace, ancien nom par lequel on désignait un habitant de la Biscaye, soit française, soit espagnole; et la substitution s'est faite d'autant plus aisément que les deux mots étaient presque homonymes dans le vieux langage, où vache se disait vacce. Ainsi, parler français comme une vache espagnole, c'est proprement parler français comme un Vace, ou Basque, espagnol; ce Basque-là étant jugé le plus inhabile à s'exprimer en français."²

- Une vache n'y trouverait pas son veau: se dit d'un endroit où règne un grand désordre. Synonyme: une chatte n'y retrouverait pas ses petits.

- Ça lui va comme un tablier à une vache: ce vêtement ou cette coupe de cheveux ne lui va pas du tout.

- Chacun son métier, les vaches seront bien gardées (proverbe): si chacun se mêle de ses propres affaires, les choses iront bien mieux.

- La vache ! On utilise cette exclamation pour exprimer son étonnement, son admiration ou son indignation.

- Mort aux vaches ! Cette expression daterait de la fin du XIXème siècle. "Sur les guérites des gardes-frontières allemands était écrit en grosses lettres un WACHE (garde en allemand) prompt à décourager toute tentative d'incursion en Allemagne. Peu avant la Première Guerre mondiale, les Français qui habitaient à la frontière allemande, firent alors la confusion, en un temps où les deux pays voisins ne s'aimaient pas beaucoup. Le wache devient bientôt vache et l'on ne se priva pas dès lors d'apostropher les plantons de Guillaume II en ces termes. Tout au long du XXème siècle, on utilisa plus volontiers l'expression pour insulter les agents de police et de gendarmerie."³ En effet, cette expression devint le cri de guerre des antimilitaristes et des anarchistes sous la forme d'une injure lancée contre les corps de métier représentant l'autorité.


***


Par métaphore, le mot "vache" est employé pour désigner une personne méchante, sans doute à cause des coups de corne que cet animal est capable de donner, d'où la locution "peau de vache". "Vache" peut aussi être employé comme un adjectif équivalent à "méchant": c'est vache de sa part d'avoir agi de cette manière. Suivant le contexte, cet adjectif peut revêtir le sens de "difficile, pénible": c'est vache, ce qui lui arrive. La formule "amour vache" décrit, le plus souvent par plaisanterie, une relation où il y a davantage de disputes, voire de coups, que de moments de tendresse. "Vachard" est un autre adjectif signifiant "méchant", mais qui véhicule en plus la connotation d'être volontairement blessant: des remarques vachardes. Une "vacherie", au sens premier "étable à vaches", est une parole ou une action méchante: faire une vacherie à quelqu'un. On peut aussi dire: jouer un tour de cochon à quelqu'un. Enfin, il y a l'adverbe "vachement" qui signifiait anciennement "durement, méchamment" et qui, aujourd'hui, dans le langage familier, a pris le sens intensif, admiratif de "beaucoup, très": elle est vachement belle, il nous aide vachement.

La vache symbolise également la passivité et l'indolence, d'où le verbe "(s')avachir", "être incapable de produire le moindre effort": il/elle est avachi/e dans son canapé. Ce verbe peut aussi s'appliquer à des étoffes ou à des vêtements qui se sont déformés et affaissés par l'usage: cette veste commence à s'avachir. Au Québec, on dit "s'évacher": se tenir mal assis, s'affaler; lézarder, perdre son temps.

Enfin. il existe le verbe pronominal "se vacher" qui possède deux significations: "s'attacher" dans le langage de l'alpinisme et, en parlant d'un parachutiste, d'un planeur ou d'un ULM, "arriver au sol dans un endroit non prévu pour cela, faire un atterrissage forcé".


***

En guise de conclusion, citons l'une des vaches les plus célèbres du grand écran: Marguerite dans "La vache et le prisonnier" de Henri Verneuil, un film sorti en 1959 avec Fernandel, qui raconte les aventures d'un prisonnier de guerre traversant l'Allemagne pour retourner en France en 1943.

***


¹Charles Rozan, Petites ignorances de la conversation, Lacroix-Comon, Paris, 1856.

²Pierre Marie Quitard, Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes, P.Bertrand libraire-éditeur, Paris, 1842.

³Gilles Henry, L'habit ne fait pas le moine, Éditions Points, 2006.

22/11/2014

Chef !

le-chef-de-gare-magnifique.jpgLe mot "chef" est issu du latin caput, capitis, "tête (d'homme ou d'animal)", au sens figuré "bout, extrémité, pointe", d'où "ce qui est important" et "celui qui est à la tête de".

"Chef" a coexisté dans la langue française comme synonyme de "tête" jusqu'au XVIème siècle. Ce sens subsiste dans un mot et dans deux locutions que l'on utilise aujourd'hui encore:

-Couvre-chef: chapeau.

-Branler, opiner du chef: approuver les propos de son interlocuteur en bougeant la tête (on peut aussi dire "opiner du bonnet").

-De son chef, de son propre chef ou de son plein chef: de sa propre initiative, de soi-même, par une décision personnelle. Agir, faire quelque chose de son propre chef. Dans cette locution figurée, le mot "chef" est à comprendre comme représentant le pouvoir de décider ou de juger que possède une personne.

Le mot "chevet" appartient à la même famille. Il dérive du latin classique capitium, "ouverture supérieure d'un vêtement par lequel on passe la tête" et, en latin médiéval, "tête de lit", "partie d'une église". On appelle en effet "chevet" la partie du lit qui est proche de la tête. On parle d'une "lampe de chevet" et d'une "table de chevet". Il y a bien sûr aussi le "livre de chevet" que l'on garde à portée de main et que l'on consulte avant de s'endormir. L'expression "au chevet de quelqu'un" signifie "auprès du lit de quelqu'un": s'asseoir, rester au chevet d'un malade pour lui prodiguer des soins. En architecture, le chevet désigne la partie d'une église qui se trouve à la tête de la nef, derrière le chœur, généralement de forme arrondie.

Des mots comme "cap", "capital", "capitale", "capiteux" ou "décapiter" ont la même origine.


Dans le sens figuré de "ce qui est principal, essentiel", le mot "chef" signifie dans le langage juridique un "élément particulier d'une action en justice, groupé avec d'autres dans une même procédure"; chef d'accusation: point sur lequel porte une accusation. Il existe aussi la locution "au premier chef": en premier lieu, avant tout, au plus haut point. Il importe au premier chef de recueillir des témoignages: il est capital de recueillir des témoignages. Dans la même famille, les mots "chef-d'œuvre" et "chef-lieu", ainsi que le Capitole romain, du latin Capitolium, lui-même dérivé de caput dans le sens de "sommet", puisque le Capitole est l'une des sept collines de Rome et qu'autrefois, il s'agissait du centre religieux et politique de la ville. Le mot pourrait aussi devoir sa source à la découverte d'une tête dans les fondations du temple de Jupiter Capitolin, l'un des anciens monuments du Capitole, terminé à la fin du VIème siècle avant J.-C., mais cette origine est fortement controversée. Mentionnons également le Capitole des Etats-Unis situé à Washington et, plus près de chez nous, le plus ancien cinéma de Lausanne ouvert en 1929 et qui est aussi la plus grande salle de cinéma encore en activité en Suisse: le Capitole, avenue du Théâtre 6.


Le sens le plus courant du mot "chef" est celui de la personne qui est à la tête de quelque chose, qui dirige, commande, gouverne. En Suisse romande, le féminin "cheffe" est aujourd'hui très répandu. Un "petit chef" est une personne qui possède une supériorité hiérarchique modeste, mais qui abuse de son autorité: jouer au petit chef. On peut aussi dire: chefaillon ou capo (diminutif péjoratif de "caporal" qui nous vient aussi du latin caput, tout comme le mot "capitaine"). Un(e) sous-chef(fe) est le/la responsable hiérarchique qui vient immédiatement après le/la chef(fe).

On trouve des chef(fe)s partout, dans tous les milieux et dans toutes les professions. En voici une liste non exhaustive:

-Chef d'entreprise. Synonymes: patron, PDG.

-Chef d'État. Synonyme: président.

-Chef de chantier. Synonyme: contremaître.

-Chef de gare, de train.

-Dans le langage militaire, chef d'état-major, chef de section (synonymes: lieutenant, sous-lieutenant ou adjudant).

-Chef d'une secte. Synonymes: chef spirituel, gourou.

-Chef de famille: personne qui assure la direction matérielle et morale de la famille.

-Chef d'orchestre, chef de chœurs.

-Chef de cuisine, chef cuisinier ou simplement chef. Autrefois, on disait "maître queux" (du latin coquus, "cuisinier"). Un "chef de partie" est un cuisinier confirmé qui a une responsabilité précise et qui est aidé dans sa tâche par un ou plusieurs commis. La "surprise du chef" est un plat concocté par le chef pour surprendre un client, il s'agit généralement d'un dessert. Par extension, dans le langage familier, on appelle aussi comme cela un événement inattendu et agréable.

-Pour certaines professions ou fonctions, le mot "chef" se place en apposition: médecin-chef, adjudant-chef, sergent-chef, gardien-chef.


Sans avoir de responsabilité particulière au sein d'une équipe de collaborateurs, on peut aussi nommer "chef" une personne que l'on considère comme remarquable. Synonymes: as, champion. Et on utilise la locution familière "se débrouiller comme un chef" pour qualifier quelqu'un qui se débrouille très habilement,.

La locution "en chef" signifie "en qualité de chef", "en premier": le rédacteur en chef d'un journal, le conservateur en chef d'un musée, le général en chef d'une armée.


Le français a fourni à l'anglais les mots chief et l'ancien kerchief, "fichu" (emprunté à l'ancien français cuevrechief, "couvre-chef", au XIIIème siècle), qui se retrouve dans l'actuel handkerchief, "mouchoir". "Chef" dans le sens de "patron" est également passé en espagnol (jefe), en catalan (xef) et en allemand (Chef). Enfin, on retrouve les mots "capitaine" et "caporal" en anglais (captain, corporal), en allemand (Kapitän, Korporal) et en néerlandais (kapitein) (Petit Robert).

28/06/2014

Êtes-vous dans la lune ?

croissant_lune3.jpgLa lune est l'astre brillant qui éclaire la Terre pendant la nuit. Le mot est issu du latin luna, syncope de Lucina, "la Lumineuse", qui est l'autre nom de la déesse Junon chez les poètes latins, Lucina venant de lucere, "briller, éclairer". En linguistique, une syncope est l'élision d'un ou plusieurs phonèmes au milieu d'un mot. Rappelez-vous, nous avons déjà vu l'apocope et l'aphérèse: http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc...


La lune en tant qu'astre lumineux vu d'un point de la Terre et qui présente un aspect particulier s'écrit avec un "l" minuscule. On parle de rayon de lune, de nouvelle lune, de pleine lune, de croissant de lune, de nuit sans lune et de... clair de lune. On se souvient tous de la comptine: Au clair de la lune / Mon ami Pierrot / Prête-moi ta plume / Pour écrire un mot.

 

De nombreuses locutions et expressions sont en rapport avec la lune:

-Une face de lune est un visage rond et aux joues rebondies.

-Être dans la lune: être très distrait, rêveur, perdu dans ses pensées. On peut aussi dire, avec la même image d'éloignement: être dans les nuages, avoir la tête dans les étoiles ou être tête en l'air. Le contraire, c'est avoir les pieds sur terre ou avoir la tête sur les épaules. En Suisse romande, l'expression consacrée est: être dans les nioles. Le mot "niole" dérive du latin nebula, "nuage", et c'est de là que vient le terme "niolu" qui qualifie une personne simplette. Dans la même famille, le verbe "ennioler": ennuyer, importuner avec des niaiseries. "Ennioler" est fréquemment utilisé comme euphémisation d'"emmerder" et se décline en plusieurs mots: s'ennioler = s'emmerder; un ennioleur = un emmerdeur; enniolant = emmerdant; un enniolement = un emmerdement, une emmerde¹. Des expressions équivalentes à notre régionalisme "être dans les nioles" existent dans au moins deux langues étrangères. En anglais, on dit to have one's head in the clouds et en italien avere la testa fra/tra le nuvole: avoir la tête dans les nuages. 

-Tomber de la lune: éprouver une grande surprise à l'annonce d'un événement inattendu. Aussi: tomber des nues (le terme "nue" est un synonyme littéraire de "nuage").

-Demander ou promettre la lune: demander ou promettre une chose impossible.

-Décrocher la lune: obtenir quelque chose qui semblait impossible à atteindre.

-Aboyer à la lune: crier contre une personne à qui l'on ne peut pas faire de mal.

-Con comme la lune: très stupide.

 

Et voici quelques expressions aujourd'hui tombées en désuétude, mais néanmoins savoureuses:

-Vouloir prendre la lune avec les dents: vouloir faire une chose impossible.

-Faire un trou à la lune: se dit d'une personne qui s'en va furtivement, sans payer ses créanciers.

-Avoir la lune dans la tête: être un peu fou.

-Il n'en est pas encore à faire la révérence à la lune: il n'est pas fou.

-Voir la lune à gauche: avoir des mécomptes (comprenez des désillusions); je crois qu'il verra souvent la lune à gauche avec cette belle.

-Être aussi lâche que la lune: parce qu'elle ne se montre que la nuit.²

 

En tant que planète, dans le langage de l'astronomie, le mot s'écrit "Lune". On dit: envoyer une fusée/des astronautes sur la Lune, aller/se poser sur la Lune, le premier pas de l'homme sur la Lune, etc.

La Lune n'a pas de lumière propre, elle réfléchit celle qu'elle reçoit du Soleil et possède en permanence un hémisphère obscur et un hémisphère éclairé. Les aspects différents suivant lesquels on la voit de la Terre s'expliquent par les variations de sa position par rapport à notre planète et au Soleil.

On appelle "nouvelle lune" la phase de la Lune dans laquelle celle-ci se trouve placée entre le Soleil et la Terre. Elle tourne alors vers la Terre sont hémisphère obscur et est invisible à nos yeux. Pendant la "pleine lune", la Lune, placée à l'opposé du Soleil par rapport à la Terre, nous montre son hémisphère éclairé et devient donc visible sous l'aspect d'un disque entier.

La lunaison, révolution synodique ou mois lunaire est le temps qui s'écoule entre deux nouvelles lunes consécutives, soit environ 29 jours et demi. La "lune rousse" est l'appellation traditionnelle de la lunaison qui commence après Pâques et qui, selon la tradition paysanne, est une période de gelées nocturnes tardives et/ou de vents froids qui font roussir la végétation, plus spécialement les jeunes pousses.

 

Autrefois, on qualifiait de "lune" un mois lunaire: il est parti depuis quatre lunes, il est parti depuis quatre mois. Il existait aussi la locution "être dans une bonne ou une mauvaise lune": être de bonne ou de mauvaise humeur. Et on disait d'une personne sujette à des caprices qu'elle avait "des lunes". Aujourd'hui, on dit que quelqu'un est bien ou mal luné. Une personne lunatique, elle, est d'humeur changeante et imprévisible. L'anglais nous a emprunté ce mot, mais avec une différence de sens. En anglais, lunatic signifie "fou, dément".

On nomme "vieille lune" un sujet rebattu, une idée démodée; au pluriel, les "vieilles lunes" signifient le temps passé, les époques révolues.

Depuis le XVIème siècle, l'expression "lune de miel" qualifie les premiers temps du mariage, d'amour et de bonne entente: littéralement, le premier mois doux comme le miel. "Lune de miel" est un calque de l'anglais honeymoon, hony moone en ancien anglais. En allemand, on dit Flitterwochen: "semaines de paillettes".

 

Dans la même famille que le mot "lune", on rencontre son diminutif, la lunette, qui décrit toutes sortes d'objets de forme circulaire. Parmi ceux-ci, citons l'ouverture du siège des cabinets, la vitre arrière d'une automobile, l'instrument d'optique servant à augmenter le diamètre apparent des objets éloignés pour pouvoir les observer plus nettement et, enfin, les lunettes, paire de verres correcteurs ou protecteurs: lunettes de vue ou lunettes de soleil. Quant aux "lunettes en peau de saucisson", on les a lorsque l'on est "copieusement bourré, beurré, pété, naze, cassé, fait, etc."³

 

Pour conclure, cette définition de la lune par Gustave Flaubert dans son "Dictionnaire des idées reçues" qui date de la fin du XIXème siècle:

Inspire la mélancolie. Est peut-être habitée ?

 

¹Georges Arès, Parler suisse, parler français, Éditions de l'Aire, 1994.

²Dictionnaire de l'Académie française, 1765 et 1835; Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1869.

³Pierre Merle, Nouveau dictionnaire de la langue verte, Éditions Denoël, 2007.