27/11/2015

Tôt

 

toast2.jpg

 

L'adverbe "tôt" vient du latin populaire tostum, neutre adverbial de tostus, "grillé, rôti, brûlé", participe passé de torrere. L'anglicisme toast a la même origine: il vient de l'ancien français tostee ou toste, "tranche de pain grillée", du verbe toster, "griller, rôtir", tostee/toste et toster dérivant bien sûr eux-mêmes du latin (http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc...).

 

"Tôt" signifie "avant le moment habituel ou normal": il/elle est arrivé(e) au travail tôt ce matin; se lever, se coucher tôt. Locution synonyme: de bonne heure. Adjectif antonyme: tard.

Quel est le rapport de l'adverbe "tôt" avec le verbe "brûler" ? Cette origine viendrait d'une métaphore semblable aux emplois figurés de "brûler, griller (une étape)" (Petit Robert). Littré parle d'une image en rapport avec la rapidité de la flamme. Il est en effet possible que tostum ait signifié d'abord "chaudement", d'où "promptement" (CNRTL).

 

Jusqu'au XVIème siècle, "tôt" s'écrivait tost. Et autrefois, cet adverbe avait  précisément le sens de "rapidement": "Ami, vous m'avez tôt quitté !" (Corneille, La suite du menteur, acte IV, scène VII, 1645). Cet ancien usage se retrouve dans l'expression "avoir tôt fait": il/elle a eu tôt fait de postuler pour ce travail (comprenez: il/elle a eu vite fait).

 

Ironiquement, on dit "ce n'est pas trop tôt" pour dire que quelque chose s'est longtemps fait attendre.

 

La locution adverbiale "tôt ou tard" signifie "à un moment indéterminé, proche ou lointain, mais qui ne manquera pas d'arriver": tôt ou tard, il/elle apprendra la vérité. Locutions synonymes: un jour ou l'autre, un jour prochain. Adverbes synonymes: fatalement, forcément, immanquablement, inéluctablement, inévitablement.

 

"Plus tôt" est une autre locution adverbiale qui a le sens de "avant le moment où l'on est ou dont on parle". Adverbes de temps synonymes: auparavant, avant. Pourquoi ne l'avez-vous pas dit plus tôt ?; beaucoup plus tôt (bien avant); un peu plus tôt.

"Plus tôt" s'emploie aussi dans la locution conjonctive "ne... pas plus tôt... que": nous n'étions pas plus tôt arrivés que déjà le téléphone sonnait (nous étions à peine arrivés que déjà le téléphone sonnait).

À ne pas confondre avec l'adverbe "plutôt": choisir telle chose plutôt que telle autre (de préférence à); il ne dormait pas, mais plutôt sommeillait (pour être plus précis, plus exactement, en réalité); un livre plutôt intéressant (assez, pas mal, passablement). L'adverbe "plutôt" se rencontre aussi dans la locution familière "plutôt deux fois qu'une": très volontiers, avec grand plaisir. Enfin, par euphémisme, on peut utiliser "plutôt" dans le sens de "très": il est plutôt barbant, celui-là !

 

"Au plus tôt" signifie "le plus tôt possible, dans un délai aussi court que possible": essayez de me rendre ce rapport au plus tôt (au plus vite).

 

***

 

"Tôt" est joint aux adverbes "aussi", "bien" et "si" pour ne former qu'un seul mot.

 

1. "Aussitôt" indique la succession immédiate d'un fait par rapport à un autre et signifie "dans le moment même, au même instant". Synonymes: d'emblée,  d'entrée de jeu, illico, immédiatement, instantanément, sur-le-champ, sur l'heure, tout de suite. Aussitôt après son départ, il commença à pleuvoir; je lui posai une question et il/elle me répondit aussitôt.

La locution conjonctive "aussitôt que" peut être employée à la place de "dès que": je l'ai reconnu(e) aussitôt que je l'ai vu(e).

On ne confondra pas "aussitôt que" avec "aussi tôt que": vous ne m'avez pas répondu aussi tôt que la dernière fois (on peut remplacer "aussi tôt que" par "aussi tard que" et "aussi tôt que" exprime toujours une comparaison; "aussitôt que" est toujours suivi d'un verbe à l'indicatif ).

La locution "aussitôt dit aussitôt fait" s'utilise pour exprimer une grande rapidité dans l'exécution d'une action: je dis ce que je vais faire et je le fais sans délai. 

 

2. "Bientôt" veut dire "dans peu de temps, dans un futur proche": nous partons bientôt en vacances. Adverbe synonyme: prochainement.

En Belgique et au Québec, il est courant d'entendre "tantôt" qui peut aussi bien avoir un sens futur semblable à "bientôt" (je dois le/la rencontrer tantôt) qu'un sens passé (je l'ai vu(e) tantôt). En France, "tantôt" ne pointe que vers un passé récent.¹ Toujours en Belgique et au Québec, on entend aussi "à tantôt" pour "à bientôt, à plus tard, à tout à l'heure".

Dans certaines régions de Suisse romande et de France, "tantôt" est utilisé pour parler de l'après-midi: je viendrai vous rendre visite tantôt (ou ce tantôt).

 

3. On rencontre "sitôt" dans la locution adverbiale "pas de sitôt", c'est-à-dire "pas avant longtemps": on ne la/le reverra pas de sitôt.

Il existe aussi la locution conjonctive "sitôt que", "immédiatement après que": il/elle répondit sitôt qu'on le lui eut demandé (notez que "sitôt que" est suivi de l'indicatif et non du subjonctif). "Sitôt que" a le même usage que "dès que" et "aussitôt que".

Enfin, "sitôt" peut remplacer "aussitôt": sitôt après son départ, il commença à pleuvoir; sitôt dit, sitôt fait.

Attention à ne pas confondre "sitôt" avec "si tôt": il/elle partit sitôt qu'on le lui eut ordonné;  il/elle partit si tôt qu'il/elle arriva en avance ("si tôt" peut être remplacé par "si tard").

 

¹Philippe Genion, Comment parler le belge et le comprendre (ce qui est moins simple), Éditions Points, avril 2010.

 

07:54 Publié dans Adverbe, Belgique, Culture, Grammaire, Latin, Pierre Corneille, Québec, Suisse romande | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |

30/10/2015

Éphémère

 

90544.jpg

 

 

Le mot "éphémère" est à la fois adjectif et substantif. Il a connu une grande variation orthographique au fil des siècles: il s'est d'abord écrit efimere ou effimere, puis ephimere et finalement ephemere qui a donné l'orthographe actuelle. "Éphémère" est un terme issu du grec des médecins et signifiant "qui dure un jour". Il semblerait qu'à l'origine, en tant qu'adjectif, ce mot servait à qualifier une poussée de fièvre.

La signification première de l'adjectif "éphémère" est le sens grec de "qui ne dure ou ne vit qu'un jour". Mais par extension, dans le langage courant, on le comprend dans le sens plus général de "qui est de courte durée, qui ne fait que passer": une gloire, un succès, un bonheur éphémère. Adjectifs synonymes: fugace, fugitif, momentané, passager, temporaire. On peut aussi utiliser l'expression "sans lendemain", particulièrement dans le registre amoureux: une aventure/une liaison/une rencontre sans lendemain.

En tant que substantif, "éphémère" qualifie un insecte qui ressemble à une petite libellule et dont la larve aquatique met plus d'une année à se développer, mais dont l'adulte ne vit qu'un seul jour: on retrouve ici le sens originel du mot. "Mes baisers sont légers comme ces éphémères / Qui caressent le soir les grands lacs transparents": Charles Baudelaire, "Femmes damnées", Les Fleurs du mal, 1857.

Au Québec, les éphémères sont appelés "mannes". "Manne" est un terme biblique désignant la nourriture miraculeuse envoyée aux Hébreux pendant la traversée du désert. Au sens figuré, le mot signifie "nourriture abondante, don ou avantage inespéré", et c'est ainsi qu'il faut comprendre l'usage québécois: les éphémères qui abondent sur les rivières constituent en effet pour les poissons qui en sont très friands une nourriture providentielle. Dans le langage courant, "manne" fait référence à des ressources financières ou à des avantages inattendus: la manne budgétaire.

Dans la même famille que le mot "éphémère", et possédant la même origine, il y a le terme "éphéméride". Anciennement, une "éphéméride" était un ouvrage indiquant pour l'année à venir les prévisions météorologiques. On parle aujourd'hui d'un "almanach", ouvrage qui rassemble, outre un calendrier astronomique avec les phases de la Lune, la durée des jours et les éclipses, des horoscopes, des conseils pratiques sur les travaux de la terre selon les saisons, un inventaire des foires et marchés régionaux, etc. On connaît tous le "Messager boiteux", le plus ancien et le plus célèbre almanach de Suisse, publié pour la première fois en allemand à Berne en 1677 sous le nom de "Der Hinkende Botte" et en français dès 1707 à Vevey, dans le canton de Vaud, alors sous domination bernoise. Son nom vient probablement du fait qu'autrefois, les colporteurs étaient souvent des militaires blessés ou amputés.

Dans le langage courant, une "éphéméride" est l'autre nom d'un calendrier de bureau dont on détache chaque jour une page.

On entend également par "éphéméride" une liste groupant les évènements marquants qui se sont produits le même jour de l'année à différentes époques. Ainsi, l'éphéméride du vendredi 30 octobre 2015 nous apprend que le 30 octobre 1910 est le jour de la mort d'Henri Dunant, fondateur de la Croix-Rouge et premier prix Nobel de la paix. À la télévision, après les prévisions météorologiques, l'éphéméride nous renseigne sur le prénom à fêter, le nom du saint et le dicton du jour, ainsi que sur les heures du lever et du coucher du Soleil.

Enfin, au pluriel, les "éphémérides" sont des tables astronomiques donnant pour chaque jour de l'année la position calculée des astres et des planètes, ainsi que les heures des marées. Ces tables sont utilisées par les astronomes, les astrologues et les marins.

 

07:00 Publié dans Charles Baudelaire, Culture, Henri Dunant, Québec, Suisse | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | |

20/06/2015

La jambe

 

Rond-De-Jambe_Final_Color.jpg

 

Le mot "jambe" vient du latin gamba, "jarret [des quadrupèdes]" (Dictionnaire Gaffiot latin-français, 1934). En effet, gambe est l'ancienne forme du mot et, à l'origine, ce terme désignait la "patte des animaux" (CNRTL). Aujourd'hui encore, on nomme "jambe" la patte de certains quadrupèdes comme le cheval ou la gazelle. C'est à partir du milieu du XIIème siècle que le mot est employé pour qualifier, chez l'être humain, le "membre inférieur en son entier", c'est-à-dire y compris la cuisse et le genou. Au début du XIVème siècle, une définition anatomique précise que la jambe est, toujours chez l'être humain, la "partie de chacun des membres inférieurs, qui s'étend du genou au pied". Cette dernière définition est toujours d'actualité, mais dans le langage courant, on entend le mot "jambe" comme incluant la cuisse.

La jambe possède de nombreux synonymes, la plupart appartenant au langage familier: "guibole" ou "guibolle", dérivé de la forme normande guibon, "cuisse" (CNRTL); "pince" (aller quelque part "à pinces": à pied), probablement en référence à la grosse patte de devant de certains crustacés; "piliers" ou "poteaux" pour qualifier de grosses jambes; "flûtes" ou "quilles" pour décrire des jambes très minces, on peut aussi dire "avoir des jambes minces comme des allumettes"; "échasses" pour parler de jambes fines et très longues, on peut aussi dire "avoir des jambes de faucheur/faucheux".

Une petite jambe est une "gambette". En italien, on dit gambetta, qui est aussi le nom de l'homme politique français Léon Gambetta, mort en 1882, et dont le grand-père était originaire de Ligurie. Au Québec, une "jambette" est un "croc-en-jambe", "action d'accrocher au passage la cheville de quelqu'un avec le pied pour le faire tomber" (on peut aussi dire "croche-pied" ou "croche-patte"): donner/faire une jambette à quelqu'un. Pour nous, une "jambette" est une "petite pièce de bois verticale de charpente". Au masculin, "gambette" désigne un petit limicole aux pattes rouges tirant sur l'orange, appelé aussi "chevalier gambette":

 

 

dess0248.gif

 

Dans la même famille que le mot "jambe", on trouve notamment la "viole de gambe", cet instrument de musique étant tenu entre les jambes; l'adjectif "ingambe", "alerte dans ses mouvements"; le verbe "gambader"; ainsi que les mots "jambon" et "jambonneau". "Gambader" est passé en anglais (to gambol), de même que "jambon" (gammon), mot passé également en espagnol (jamón). Voici la définition du jambon que donne Gustave Flaubert dans son "Dictionnaire des idées reçues", écrit à partir de 1850 et paru après la mort de l'écrivain en 1913: "Toujours de Mayence. S'en méfier, à cause des trichines".

 

***

 

On rencontre la jambe dans une multitude d'expressions:

-Avoir de bonnes ou de mauvaises jambes: marcher, courir facilement ou difficilement.

-Tirer, traîner la jambe: marcher avec difficulté.

-Se dégourdir les jambes: aller faire une promenade après être resté immobile pendant très longtemps.

-Avoir des fourmis dans les jambes: avoir les jambes engourdies et qui picotent après être demeuré longtemps dans une mauvaise position bloquant la circulation du sang. Au sens figuré: avoir envie de bouger, de passer à l'action.

-Avoir les jambes en coton, en flanelle ou en pâté de foie: se sentir très faible. On peut aussi dire: avoir les jambes molles, ne plus tenir sur ses jambes ou flageoler sur ses jambes.

-Jeu de jambes: aisance des jambes chez un sportif, ce qui lui permet de rester en bonne position. Ce joueur de tennis à un bon jeu de jambes.

-Se mettre en jambes: s'échauffer avant l'effort.

-Être en jambes: se sentir en excellente forme physique.

-Jouer/Tricoter des jambes, courir/s'enfuir à toutes jambes: partir en courant le plus vite possible. Expression synonyme: prendre ses jambes à son cou. Au XVème siècle, on disait: ployer ses jambes et s'en aller. Cela pourrait être l'origine de l'expression, selon Littré. "Prendre ses jambes à son cou" pourrait aussi venir d'une expression excessive du mouvement qui fait lever les pieds dans une course rapide, toujours selon Littré. Dans le même registre, "mettre les talons aux épaules", expression que l'on rencontre dans "Madame Thérèse" (1867) par Émile Erckmann et Charles-Alexandre Chatrian: "La bande des enfants se disperse, les talons aux épaules".

-En avoir plein les jambes: être fatigué après avoir trop marché. Expressions synonymes: n'avoir plus de jambes, ne plus sentir ses jambes, avoir les jambes qui rentrent dans le corps.

-Avoir des jambes de vingt ans: pouvoir encore marcher facilement malgré un âge avancé.

-Avoir les jambes coupées ou sciées: ne plus avoir de force ou être très  étonné, figé sur place par la surprise. La peur lui coupe les jambes: la peur le/la paralyse.

-S'en aller, partir la queue entre les jambes: s'éclipser sans demander son reste après avoir subi un échec ou commis une erreur. Cette expression est d'origine canine: elle fait référence au chien qui se sauve avec la queue basse, entre les pattes, après s'être battu avec un congénère et avoir perdu. Cette expression est appliquée uniquement aux hommes et comporte, vous l'aurez compris, un jeu de mots grivois sur l'anatomie masculine.

-Être dans les jambes de quelqu'un: être trop près d'une personne, sur son chemin, et la déranger en gênant son déplacement.

-Tirer dans les jambes de quelqu'un: nuire à quelqu'un en l'attaquant de manière déloyale.

-Tenir la jambe à quelqu'un: retenir quelqu'un et l'importuner par des bavardages ennuyeux. Lâche(z)-moi la jambe: laisse(z)-moi tranquille.

-Traiter quelqu'un ou faire quelque chose par-dessus la jambe: sans égard, de façon désinvolte.

-Cela me fait une belle jambe: cela ne me servira à rien, ne me sera d'aucune utilité. "De nos jours, ce sont les femmes qui attachent de l'importance à la finesse de leurs jambes; autrefois, c'étaient les hommes qui mettaient leurs cuisses en valeur ! Eh oui, à partir du moment où la mode masculine abandonna la robe pour les chausses, lesquelles firent leur apparition au XVIème siècle, la jambe de l'homme devint peu à peu un objet d'attention. Les chausses étaient ce qui couvre la partie inférieure du corps, à partir de la ceinture. Elles se composaient d'un haut-de-chausses qui descendait au genou - il donnera la culotte - et d'un bas-de-chausses, devenu par abréviation le bas. Au XVIIème siècle, le galbe de la jambe était devenu chose importante et les jeunes gens coquets soignaient particulièrement la moulure de leurs bas de soie, qu'ils enjolivaient de rubans. « Faire la belle jambe » voulait dire se pavaner, faire le beau. « Un homme qui marche et qui fait la belle jambe, est faux et maniéré », dit Diderot. Mais une jambe bien faite, qui n'est ni cagneuse ni forte, est vraiment un don du ciel ! « On dit aussi à celui qui propose de faire une chose dont on ne tirera aucun avantage: Cela ne me rendra pas la jambe mieux faite », dit Furetière. Les deux locutions se sont greffées l'une sur l'autre pour donner l'expression ironique que nous utilisons toujours."¹

-Faire des ronds de jambe: cette expression nous vient de la danse où le "rond" décrit le mouvement d'une jambe qui effectue un demi-cercle. Au sens figuré, "faire des ronds de jambe" signifie "faire des courbettes, des politesses exagérées".

-Une partie de jambes en l'air: un rapport sexuel.

 

***

 

La jambe est aussi un objet. Une "jambe de bois" est une pièce adaptée au moignon d'un amputé. Aujourd'hui, avec les progrès de la médecine et l'apparition des appareils de prothèse, on parlera plutôt de "jambe artificielle ou articulée". Mais la jambe de bois a donné une expression qui est encore couramment utilisée: "c'est un cataplasme/un cautère/un emplâtre sur une jambe de bois": c'est une solution inefficace. La jambe d'un pantalon est chacune des deux parties qui couvrent les jambes (comme les manches couvrent les bras). Les jambes d'un compas désignent ses branches. En charpenterie, une "jambe de force" est un élément servant à consolider une construction. Enfin, dans une automobile, la jambe est la tige qui relie l'essieu au cadre du châssis.

 

***

 

¹Claude Duneton, La puce à l'oreille, Éditions Stock, 1978.

 

09:27 Publié dans Anglais, Culture, Espagnol, Gustave Flaubert, Italien, Jeux de mots, Québec | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | |