10/07/2016

Davantage ou d'avantage ?

img_on_ecrit_davantage_ou_d_avantage_7465_300.jpg

Une faute d'orthographe très courante est d'écrire "d'avantage" au lieu de "davantage".  Ces deux homonymes n'ont pourtant pas le même sens. Éclaircissement.

 

"Davantage" est un adverbe qui signifie "plus", que ce soit en quantité, en intensité ou en durée.

 

Voici quelques exemples de son utilisation:

-"Davantage" peut modifier un verbe: je vous en parlerai davantage la prochaine fois que nous nous verrons; cela me plaît davantage; je vous conseille de ne pas manger davantage; il/elle en veut toujours davantage. Les trois derniers exemples montrent qu'en fin de phrase, "davantage" est généralement préféré à "plus".

-"Davantage" peut modifier un substantif: je ne vous ferai pas davantage de reproches, mais ne vous comportez plus de cette manière. Suivant la construction grammaticale, le substantif peut être repris par le pronom "en": voici de l'argent, n'en demandez pas davantage.

-"Davantage" peut modifier le pronom neutre "le" en fonction d'attribut et représentant un adjectif employé avec le verbe "être": son frère est intelligent, mais sa sœur l'est davantage; le bonheur est précieux, mais je trouve que la santé l'est davantage.

 

Il est très courant d'augmenter l'intensité de l'adverbe "davantage" en le couplant à un autre adverbe: le bonheur est précieux, mais la santé l'est bien davantage/davantage encore. "Davantage" signifie alors "encore plus".

 

Il existe aussi les locutions "davantage de" et "davantage que":

-"Davantage de" signifie "plus de": mettez davantage de lumière; il me faudrait davantage de temps.

-"Davantage que"  signifie "plus que": ce poème me touche davantage que le précédent.

 

Autrefois, il était courant d'utiliser l'adverbe "davantage" dans le sens de "plus longtemps": je vous ai demandé de ne pas rester davantage; j'ai obéi sans tarder davantage. Mais cet emploi est aujourd'hui vieilli dans le langage de tous les jours.

 

***

 

"D'avantage" résulte de l'addition de la préposition "de" et du substantif "avantage" qui a pour sens "bénéfice,  gain, intérêt, profit". "D'avantage" apparaît le plus souvent dans une phrase négative: je ne vois pas d'avantage à un tel changement; je n'ai pas tiré d'avantage de cette collaboration. Autrement dit: je ne vois aucun avantage/intérêt à un tel changement; je n'ai tiré aucun avantage/bénéfice de cette collaboration.

On rencontre aussi la forme "d'avantages", formée par la préposition "de" et du substantif "avantage" au pluriel: déménager représenterait plus d'inconvénients que d'avantages (que de bénéfices).

Attention, on peut trouver "davantage" et "d'avantages" dans la même phrase: déménager représenterait davantage d'inconvénients que d'avantages !

 

***

 

En résumé, si vous pouvez remplacer le mot par "plus (de)", il convient d'employer l'adverbe "davantage".

Si vous pouvez remplacer le mot par "de bénéfice(s)", il s'agit de "d'avantage(s)".

 

12:42 Publié dans Culture, Grammaire, Homonymes | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | |

08/05/2016

Foie, foi

Cod_Liver_Oil_Capsules.jpg

 

Dans mon dernier billet, nous avons vu le mot "fois". À ne pas confondre avec le foie, qui lui-même n'a rien à voir avec la foi ! Analyse de ces deux homonymes.

 

Chez l'être humain, le foie est l'organe annexé au tube digestif et situé dans la partie supérieure droite de l'abdomen. Le mot "foie" vient du latin ficatum, "foie d'oie engraissée avec des figues", ficatum dérivant lui-même de ficus, "figue" (Dictionnaire Gaffiot latin-français, 1934).

On retrouve le foie dans deux expressions:

-Crise de foie: trouble digestif. Plus grave, une "hépatite" est une inflammation du foie.

-Avoir les foies: avoir peur. Pourquoi le mot "foie" est-il ici utilisé au pluriel ? Ce pluriel indique en fait un autre organe du corps humain. Autrefois, les poumons étaient appelés "foies blancs", par opposition au vrai foie, de couleur rouge sombre, et on disait "avoir les foies blancs". La couleur rouge symbolisant le courage et la force, le blanc symbolisait la peur et la lâcheté. Au fil des siècles, une ellipse a raccourci l'expression tout en lui conservant son sens.¹ Dans le même registre, l'expression "ne pas avoir de sang dans les veines": http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc....

Pour d'autres expressions synonymes d'"avoir les foies": http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc....

 

Le foie est aussi présent dans la mythologie grecque avec Prométhée, condamné par Zeus à être attaché sur le mont Caucase et à avoir chaque jour le foie dévoré par un aigle.

 

prometheus.jpg

 Elsie Russell, Prometheus (1994).

 

Nous utilisons le foie de certains animaux pour notre consommation: une tranche de foie de veau ou de génisse, des foies de volaille, l'huile de foie de morue. On peut aussi manger le foie sous la forme d'une terrine ou d'un pâté. On retrouve ce dernier dans l'expression familière "avoir les jambes en pâté de foie": se sentir très faible (http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc...).

Le "foie gras" est un foie hypertrophié, obtenu par le gavage d'oies ou de canards, et qui constitue un mets recherché, notamment pendant les fêtes de fin d'année.

 

Par analogie de forme et de couleur, "foie-de-boeuf" (pluriel: foies-de-boeuf), "langue de bœuf" ou encore "fistuline" sont les différents noms d'un champignon comestible à chapeau épais et rouge.

 

***

 

Le mot "foi" vient du latin fides, "foi, confiance; promesse, assurance, parole donnée". Parmi les mots de cette famille, l'adjectif "fidèle", littéralement "digne de foi", ou encore l'adjectif perfide, "qui trahit la foi", et les substantifs "confiance" et "confidence", l'adjectif "confidentiel", les verbes "se confier", "se défier", "se fier" et "se méfier", ainsi que l'adjectif "fiable". On trouve aussi dans cette famille des termes juridiques comme "affidavit", "fidéicommis", "fiduciaire" ou "fiducie". L'anglais a emprunté faith à l'ancien français fei, feid, feit, et to defy à l'ancien français defier, desfier (Online Etymology Dictionary). Enfin, toujours dans la même famille, l'italien fidenza.

 

La foi désigne la croyance en une religion. Avoir la foi; perdre la foi; avoir la foi chancelante. Dans un sens plus large, le terme "foi" désigne aussi le dogme lui-même, la religion: la foi chrétienne, la foi musulmane; prêcher la foi; répandre la foi. L'expression "n'avoir ni foi ni loi", comprenez "n'avoir ni religion ni morale", signifie qu'une personne est capable des pires actions: il/elle est sans foi ni loi.

 

Hors du contexte religieux, la foi est la confiance que l'on a en quelqu'un ou en quelque chose: une personne digne de foi (digne de confiance); un témoin digne de foi (que l'on peut croire sur parole). Ce sens du mot "foi"  est présent dans deux expressions:

-Avoir foi/avoir une foi totale en quelqu'un ou en quelque chose: avoir confiance en quelqu'un ou en quelque chose. Avoir foi en l'avenir (espérer en l'avenir). Verbe synonyme d'"avoir foi": se fier. Je me fie à ses paroles.

-Ajouter foi à quelqu'un ou à quelque chose: croire, considérer comme crédible. Cette expression appartient au registre soutenu. Nous ne pouvons pas ajouter foi aux déclarations du suspect.

 

Le mot "foi" possède également le sens de "assurance donnée de tenir sa parole, sa promesse": un homme de peu de foi. Mais cet usage tend à être vieilli. Aujourd'hui, on dira plutôt: un homme/une femme qui ne tient pas ses engagements. Autrefois, on ponctuait ses propos en disant "par ma foi" ou "sur ma foi" pour les affirmer. C'est de là que vient la locution actuelle "ma foi", équivalente à "certes" ou "en effet": ma foi oui; c'est ma foi vrai. Autrefois, on disait aussi "foi de gentilhomme" ou "foi d'honnête homme" lorsqu'on faisait une promesse que l'on ne pouvait pas rompre sans risquer le déshonneur. Aujourd'hui, nous utilisons l'expression "parole d'honneur": je te donne ma parole d'honneur.

 

Dans le langage juridique, la foi prend le sens de "témoignage, assurance, preuve". On la retrouve dans trois expressions:

-Sur la foi: sur la foi des témoins, en se fondant sur leurs témoignages, leurs déclarations.

-Faire foi: démontrer la véracité, prouver. Ces déclarations ne peuvent faire foi contre lui/elle (ne peuvent constituer une preuve contre lui/elle). Cette expression a été transposée dans le langage courant avec "le cachet de la poste faisant foi": lorsqu'il existe une date limite pour un envoi, la date indiquée sur le cachet apposé par la poste fait office de preuve.

-En foi de quoi: en se fondant sur ce qui vient d'être lu. Cette formule figure au bas de certains documents. Elle atteste qu'une personne a bien pris connaissance d'un document avant de le signer.

Par extension, la "bonne foi" est la qualité de quelqu'un qui parle avec sincérité ou agit avec une intention droite. Ici, la "foi" représente la franchise, l'honnêteté, la loyauté, la sincérité. Prouver sa bonne foi; en toute bonne foi (en toute sincérité); abuser de la bonne foi de quelqu'un. L'expression "être de bonne foi" signifie que l'on est sincère et que l'on dit ce que l'on croit être vrai, même si la réalité est autre. Dans le langage juridique, la "bonne foi" est la conviction erronée que l'on agit conformément au droit, par ignorance ou à la suite d'une tromperie: occupant/possesseur de bonne foi. Par opposition, la "mauvaise foi" qualifie la déloyauté, la duplicité, la perfidie. Être de mauvaise foi: affirmer un propos que l'on sait faux, mais que l'on continue à clamer comme étant la vérité pour éviter d'avoir à reconnaître que l'on a tort.

 

 ***

 

¹Gilles Guilleron, À la file indienne, origines d'une nouvelle ribambelle d'expressions populaires, Éditions First-Gründ, Paris, 2010.

05/03/2016

Chair, chaire, cheire, cher, chère

Faire ripaille.jpg

Plusieurs homonymes que l'on confond facilement.

 

Commençons par l'expression "faire bonne chère": faire un bon repas. On a tendance à vouloir l'orthographier "faire bonne chair" en référence à la chair de certains aliments comme la viande, le poisson et les fruits. Or, la "chère" en question, anciennement chière, vient du latin cara, "visage". À l'origine, "faire bonne chère à quelqu'un" signifiait littéralement "faire bon visage à quelqu'un", c'est-à-dire "faire bon accueil à quelqu'un".

"Il semble que la mine réjouie ait été associée très tôt à l'idée de bon repas. Rien de tel qu'un estomac plein pour dérider son homme ! Dès les premières années du XVème siècle, la "bonne chière" avait aussi pris le sens de bon repas. Il est vrai que c'était en pleine guerre de Cent Ans, de ses ravages, de ses disettes, et qu'à des périodes où les gens souffrent de faim chronique il n'est rien de tel pour voir leur visage s'éclairer, leur œil pétiller et leur sourire se fendre jusqu'aux oreilles, que de leur présenter un petit gueuleton !"¹

 

Expressions synonymes de "faire bonne chère": "s'en mettre plein la lampe" et "se taper la cloche": http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc...; http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc....

 

On ne confondra pas le substantif "chère" avec l'adjectif féminin "chère": ma chère amie; la vie devient chère. L'adjectif "cher", du latin carus, possède en effet deux significations: "qui est aimé, pour qui on éprouve une vive affection" et "qui est d'un prix élevé". Dans ce dernier sens, il est présent dans quelques expressions:

-Il/Elle me le payera cher/cela lui coûtera cher: se dit pour marquer l'intention de se venger de quelqu'un. Expressions synonymes: il/elle s'en repentira; il/elle ne perd rien pour attendre. Cette dernière expression est ici utilisée ironiquement. Au sens propre, elle signifie que le retard apporté à quelque chose n'est pas un préjudice et qu'il peut même représenter un avantage: tu tardes à trouver un travail, mais tu ne perds rien pour attendre (tu finiras par en trouver un qui vaut vraiment la peine).

-Ne pas donner cher de quelque chose: être sûr que cela est voué à l'échec. Je ne donne pas cher de ses chances de réussite.

-Il/Elle ne vaut pas cher: c'est une personne peu estimable.

-Prendre cher: subir un échec cuisant ou une lourde condamnation, souffrir, en pâtir. Littéralement, "récolter une forte amende". Pour les choses, "être gravement détérioré". Le meurtrier prendra cher pour son acte impardonnable; vu l'état de la route, la voiture va prendre cher.

 

Le mot "chair" vient du latin caro, carnis, "chair, viande", mot qui est aussi à l'origine de l'adjectif "acharné" qui signifiait anciennement "qui s'attaque violemment à quelqu'un, qui a le goût de la chair", et du substantif "carnaval", du latin médiéval carnelevare, proprement "ôter la viande", d'où l'appellation "Mardi gras" (Dictionnaire de l'Académie française).

Nous l'avons vu au début, la "chair", en tant qu'aliment, est la partie comestible de certains animaux (la chair tendre et délicate d'un poisson, d'une volaille) et de certains fruits (la chair fondante et parfumée d'une pêche ou d'une poire). Nous nous souvenons tous de la fameuse "chair fraîche" recherchée par l'ogre des contes de fées de notre enfance.

En tant qu'élément du corps, le mot "chair" renvoie, chez l'homme et les animaux, au tissu organique souple et fibreux qui enveloppe le squelette et qui est recouvert par la peau, ainsi qu'à l'état extérieur du corps humain, à l'aspect de la peau. La chair se retrouve dans plusieurs expressions:

-En chair et en os: en personne. Il/elle était présent(e) en chair et en os.

-De la chair à canon: durant les dernières guerres, les soldats d'infanterie envoyés en premières vagues d'assaut.

-Être bien en chair: être potelé, avoir de l'embonpoint.

-Avoir la chair de poule: aspect de la peau humaine quand, sous l'effet du froid ou de la peur, elle devient granuleuse, semblable à celle d'une volaille plumée. À cause du vent glacial, j'avais la chair de poule.

-Donner la chair de poule à quelqu'un: exciter sa frayeur, son horreur ou son trouble. Votre histoire me donne la chair de poule.

Comme symbole du corps opposé à l'esprit, le mot "chair" désigne les instincts, les besoins du corps, les sens et, plus spécialement, la sexualité: l'appel/les plaisirs de la chair.

 

Attention à ne pas confondre "chair" avec "chaire", du latin classique cathedra, "chaise à dossier", et, au sens figuré, "siège épiscopal". En français, "cathédral" est un adjectif: église cathédrale, église du siège de l'autorité épiscopale. Pour décrire le monument, on utilise le mot "cathédrale", forme substantivée de l'adjectif.

Une chaire peut être le siège d'un pontife dans le chœur d'une église, la tribune élevée du haut de laquelle un prédicateur s'adresse aux fidèle ou encore l'estrade garnie d'une table et d'un siège où le professeur se place pour faire un cours. On parle d'un cours "ex cathedra": depuis la chaire. On peut aussi dire "cours magistral", l'adjectif "magistral" étant issu du latin magistralis, "digne d'un maître", magistralis étant lui-même issu de magister, "maître".

Par extension, une "chaire" qualifie aussi la dignité, l'autorité du souverain pontife (la chaire de saint Pierre, le Saint-Siège), ainsi que le poste le plus élevé du professorat dans l'enseignement supérieur (une chaire de droit, de mathématiques, de philosophie).

 

Enfin, il existe le mot "cheire": en Auvergne, coulée volcanique présentant des inégalités appelées "scories" dans le langage de la géologie.

 

 ***

 

¹Claude Duneton, La puce à l'oreille, anthologie des expressions populaires avec leur origine, Éditions Stock, 1978

 

08:54 Publié dans Culture, Homonymes, Latin | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | |