09/04/2016

Ange

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Le mot "ange" nous vient du grec angelos, "messager", et du latin chrétien angelus. Cette origine se retrouve aussi en italien, angelo, en catalan et en espagnol, ángel, en portugais, anjo, en anglais, angel, et en allemand, Engel.

En français, le mot a connu de nombreuses variations orthographiques au fil des siècles: angele et angle au XIème siècle, angre au XIIème siècle. Le mot s'écrit sous la forme que nous connaissons aujourd'hui depuis le XVIème siècle.

 

Dans le langage religieux, un ange est un être spirituel, intermédiaire entre Dieu et les croyants, ministre des volonté divines. Il y a les "bons anges" ou les "anges de lumière", qui sont restés fidèles à Dieu, et les "mauvais anges", "anges déchus" ou "anges des ténèbres" qui sont au service du démon car ils refusèrent de se soumettre à la volonté divine. "L'ange du mal" est l'autre nom que l'on donne à Satan. Et il existe l'expression "être le bon/le mauvais ange de quelqu'un": la personne qui exerce une bonne ou une mauvaise influence sur quelqu'un.

L'ange se retrouve aussi dans de nombreuses autres expressions:

-Ange gardien: ange attaché à chaque fidèle pour le protéger et, au sens figuré, personne qui veille, guide et protège une autre personne. Joséphine en est l'incarnation moderne et télévisée.

-Être aux anges: être dans le ravissement, au comble de la joie.

-Rire aux anges: sourire dans son sommeil et, par extension, rire ou sourire sans raison apparente.

-Un ange passe: se dit lorsqu'une conversation est interrompue par un silence embarrassé et prolongé.

-Une patience d'ange: une patience exemplaire.

-Discuter du sexe des anges: se livrer à des discussions inutiles au lieu de parer à une situation difficile.

-La part des anges: nom donné à l'alcool qui s'évapore lors du vieillissement des eaux-de-vie ou du vin.

-Saut de l'ange: saut ou plongeon qui s'exécute les bras écartés.

-Cheveux d'ange: guirlande fine et brillante que l'on utilise pour décorer les arbres de Noël.

-Comme un ange: parfaitement, à la perfection. Il/elle chante/danse comme un ange. Beau/belle, sage comme un ange. Dormir comme un ange: dormir calmement et profondément.

-Faiseuse d'anges: autrefois, nom donné à une femme pratiquant un avortement illégal. Le film de Claude Chabrol "Une affaire de femmes", sorti en 1988 avec Isabelle Huppert dans le rôle principal, s'inspire de l'histoire vraie de Marie-Louise Giraud, l'une des dernières femmes guillotinées en France pour avoir été une faiseuse d'anges durant l'Occupation.

 

Dans la religion chrétienne, les anges sont répartis dans trois hiérarchies selon leur proximité ou leur éloignement de Dieu, et leurs noms varient d'une hiérarchie à l'autre. Ainsi, on distingue notamment les séraphins et les chérubins, qui appartiennent à la première hiérarchie, des archanges et des anges gardiens qui se situent dans la troisième hiérarchie. L'étude des anges, de leurs noms, de leur place et de leur rôle dans la hiérarchie divine est l'angéologie.

En art, les anges sont représentés sous la forme d'une figure humaine portant des ailes. Plus particulièrement, l'iconographie religieuse représente le chérubin sous la forme d'un enfant grassouillet.

 

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 Détail de La Madone Sixtine de Raphaël, Madonna Sistina, 1513-1514, avec deux chérubins appelés putti en italien.

 

Par analogie, dans le langage courant, le mot "chérubin" décrit un bel enfant aux joues rondes et roses.

 

Au sens figuré, le mot "ange" qualifie une personne dotée de toutes les perfections esthétiques ou morales: cette femme est un ange; cette personne est un ange de bonté, de douceur, de piété, de pureté. Par extension "ange" est également un terme d'affection,  d'amitié, de tendresse: mon ange, mon cher ange, mon petit ange; merci, tu es un ange.

 

Plusieurs mots dérivent du mot "ange":

-Angelot: petit ange représenté dans l'art religieux.

-Angélique: adjectif signifiant "qui a la douceur ou la perfection d'un ange". Une voix, un sourire angélique. Contraires: démoniaque, diabolique.

-Angélique ou herbe aux anges: plante aromatique dont la tige et les pétioles peuvent être confits dans le sucre. Le nom de cette plante vient de ses propriétés médicinales: les anciens lui attribuaient toutes sortes de pouvoirs magiques et recommandaient notamment sa racine contre les morsures de serpent. De nos jours, elle est utilisée en phytothérapie contre les problèmes de digestion.

-Angélisme: candeur, manque de réalisme et/ou d'esprit pratique. Synonymes: naïveté, candeur.

-Angélus: dans la religion catholique, prière en latin évoquant l'annonce de l'ange Gabriel à Marie, récitée ou chantée le matin, à midi et le soir. Dire l'Angélus. Avec un "a" minuscule, l'angélus est la sonnerie de cloches appelant les fidèles à cette prière. "L'angélus" est aussi le nom d'une toile de Jean-François Millet (1814-1875), peinte entre 1857 et 1859, symbole réaliste de piété paysanne et populaire. On y voit en effet deux paysans qui se sont arrêtés de travailler dans leur champ pour prier lorsque sonne l'angélus du soir.

 

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L'ange de mer est un poisson marin du groupe des requins, dont la forme du corps rappelle la raie.

"Poisson-ange" est le terme générique de plusieurs espèces de poissons, pour la plupart marins et très colorés.

Enfin, Ange est le nom d'une dynastie qui régna sur l'Empire byzantin de 1185 à 1204.

 

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En guise de conclusion, cette définition de Gustave Flaubert, tirée de son "Dictionnaire des idées reçues": "Ange: fait bien en amour et en littérature."

 

13:20 Publié dans Allemand, Anglais, Culture, Espagnol, Gustave Flaubert, Italien, Latin, Portugais, Religion | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | |

06/02/2016

Caddie, caddy

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Deux anglicismes homonymes qui tirent leur origine d'un mot français dont le sens a évolué au fil des siècles.

 

Le mot "caddie" désigne un garçon affecté au service d'un joueur de golf et qui est chargé de porter ou de tirer sur un chariot son étui à clubs tout au long de son parcours sur le terrain. Le mot peut aussi s'écrire "caddy". Au pluriel, on écrit des "caddies" ou "caddys".

 

"Caddie" et "caddy" sont des mots d'origine anglaise qui dérivent du français "cadet", mot lui-même emprunté au gascon capdet, "chef, capitaine", correspondant au provençal capdel (Dictionnaire de l'Académie française et Petit Robert):

http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc....

À l'origine de tous ces mots, le terme latin capitellum, diminutif de caput, "tête": "petite tête", d'où "petit chef".

http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc....

 

Dans une famille, l'enfant "cadet" est le plus jeune (par opposition à l'"aîné" qui est le plus âgé). On peut aussi employer le terme "benjamin". Jusqu'au XVIIIème siècle, on nommait les enfants cadets "puînés", mot composé de "puis" et "né", mot d'ailleurs orthographié à l'origine "puisné". "Cadet" a aussi le sens de "jeune sportif" dont la catégorie d'âge est comprise entre les "minimes" et les "juniors" (la tranche d'âge varie selon les disciplines sportives, c'est généralement autour de quinze ans).

Anciennement, un "cadet" était un gentilhomme qui servait comme soldat, puis comme officier subalterne, pour apprendre le métier des armes: les cadets de Gascogne. En effet, au XVème siècle, les capitaines qui venaient servir dans les armées françaises étaient les fils cadets de familles nobles originaires de Gascogne (CNRTL). Ce sens du mot se retrouve en anglais où le terme cadet, en plus de signifier "fils ou frère le plus jeune", qualifie un élève d'une école militaire ou d'une école de police qui étudie en vue de devenir officier. En France, on appelle "cadet(te) de la République" un(e) adjoint(e) de sécurité préparant le concours de gardien(ne) de la paix.

"Cadet" figure dans l'expression que nous connaissons tous: c'est le cadet de mes soucis (c'est le dernier de mes soucis, c'est quelque chose qui ne m'intéresse pas). Expression synonyme: ça m'est égal.

 

"Caddie/caddy" est apparu dans la langue française à la fin du XIXème siècle. En anglais, le mot prend le sens de "garçon au service d'un joueur de golf" en 1851, mais dès la première moitié du XVIIIème siècle déjà, en Écosse, caddie désignait un messager ou un garçon de courses à qui l'on confiait toutes sortes de besognes (Douglas Harper Online Etymology Dictionary). Parmi ces besognes, figurait notamment celle de transporter les clubs de golf des gentlemen d'Édimbourg, ce qui explique l'évolution de sens du mot en anglais.

Toujours en anglais, et depuis la moitié du XVIIIème siècle, le mot caddy possède également la signification de "petite boîte où l'on conserve le thé": tea caddy. Ce sens particulier viendrait du malais kati, une unité de poids d'environ 600 grammes qui avait cours à l'époque coloniale dans une bonne partie de l'Asie et qui était notamment utilisée par les compagnies britanniques qui faisaient commerce de thé. Au fil des siècles, le sens s'est déplacé de l'unité de mesure servant à peser les feuilles de thé au récipient dans lequel elles étaient transportées (Douglas Harper Online Etymology Dictionary).

 

En français, le mot "caddie" désigne aussi un petit chariot métallique utilisé en libre-service par les clients d'un magasin, les voyageurs d'une gare ou d'un aéroport, pour transporter les marchandises, les bagages. Il s'agit de l'abréviation de l'anglais caddie cart, littéralement "chariot du caddie". Ce sens, qui nous vient bien sûr du golf, est apparu dans la langue française dans les années 1950. Il s'écrivait alors avec une minuscule. Mais depuis la fin des années 1980, il s'agit d'une marque déposée. Il convient donc de l'écrire "Caddie".

Ceux que les anglicismes rebutent utiliseront les termes "chariot/charrette de supermarché" ou "chariot à provisions". Les Québécois, eux, disent "panier d'épicerie".

 

Un homonyme supplémentaire en guise de conclusion. On ne confondra pas les mots "caddie" et "caddy" avec le "cadi", emprunté de l'arabe al-quadi: magistrat musulman qui remplit des fonctions civiles, judiciaires et religieuses. Dans la même famille, le mot "alcade", de l'espagnol alcade, mot lui-même issu de l'arabe al-qadi: anciennement "magistrat municipal ayant des fonctions de police" en Espagne et en Amérique latine, mot signifiant aujourd'hui "maire" dans ces deux pays.

10:35 Publié dans Anglais, Arabe, Culture, Espagnol, Homonymes, Latin, Provençal, Québec | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | |

23/12/2015

Boule

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Après les guirlandes d'il y a deux ans, les sapins et les cadeaux de l'année dernière, analyse d'un autre mot de circonstance en cette période de fin d'année.

 

Le mot "boule" vient du latin bulla qui possède plusieurs sens: bulle d'eau; tête de clou pour l'ornement des portes; bouton de baudrier; clou qui sert à marquer les jours heureux ou malheureux; bouton ou bille mobile dans une horloge à eau; bulle [petite boule d'or que les jeunes nobles portaient au cou jusqu'à l'âge de dix-sept ans] (Dictionnaire Gaffiot latin-français, 1934).

 

"Boule" qualifie un objet façonné en forme de sphère. En cette période des fêtes, les boules de Noël que l'on accroche au sapin tiennent bien sûr la vedette. Une autre boule de saison: la boule de neige, faite de neige tassée, que les enfants aiment se jeter à la figure lors d'une "bataille de boules de neige". La boule de neige figure dans la locution "faire boule de neige": littéralement "augmenter de volume en roulant" et, au sens figuré, "grossir, prendre de l'importance": ses propos maladroits ont fait boule de neige. On ne confondra pas la "boule de neige" avec la "boule à neige": boule en verre ou en plastique transparent contenant un motif décoratif, de l'eau et des paillettes, et qui se met à neiger lorsqu'on la manipule.

 

Il existe toutes sortes d'autres boules, en voici quelques-unes:

-Boule à thé: petite sphère métallique dans laquelle on place des feuilles de thé que l'on laisse ensuite infuser dans de l'eau chaude.

-Boule de glace, que l'on dépose sur un "cornet" en biscuit, appelé aussi "tulipe" en raison de sa forme allongée.

-Boule puante: accessoire de farces et attrapes qui libère une odeur nauséabonde d'œuf pourri.

-Boules Quies (marque déposée): petites boules de cire que l'on met dans les oreilles pour s'isoler du bruit. En latin, quies est un adjectif signifiant "calme, paisible", qui a donné quietus, "qui est en repos, qui est dans le calme, qui n'est pas troublé" (Gaffiot). En français on a le mot "quiétude" et en anglais l'adjectif quiet, "tranquille, silencieux", ainsi que le substantif quietness, "tranquillité, calme". 

-Boule à facettes: boule rotative recouverte de petits miroirs qui réfléchissent la lumière. Cette ambiance lumineuse festive était très en vogue durant la période disco, à la fin des années 1970.

-En Belgique, on désigne par le terme "boule de laine" une pelote de laine.

-Toujours en Belgique, une "boule" (ou "bouboune") est aussi un bonbon, une friandise sucrée: une "boule sure", un bonbon acidulé¹; une "boule de gomme", bonbon à la gomme aux arômes de fruits. La boule de gomme a donné l'expression "mystère et boule de gomme", qui qualifie quelque chose de très mystérieux. À l'origine de cette expression, l'allusion à une autre sorte de boule: la "boule de cristal" utilisée par certaines voyantes pour lire l'avenir. Si l'on remplace la transparence du verre par la matière opaque de la gomme, la voyante ne pourra plus rien voir et le mystère restera donc impénétrable.

-En Suisse romande, la "boule de Berlin", Berliner Pfannkuchen en allemand, est un gros beignet fourré, généralement à la confiture de framboise. Cette pâtisserie aurait été créée à Vienne à la fin du XVIIème siècle à l'occasion du carnaval, avant de conquérir l'Allemagne.

-Enfin, dans le sens de "corps plein sphérique de métal, de bois ou d'ivoire que l'on fait rouler dans certains jeux", il y a la boule de billard, de pétanque, de bowling et de flipper.

 

La boule se retrouve aussi dans plusieurs expressions:

-Avoir une boule dans la gorge: avoir la sensation d'étouffer à cause d'un sentiment d'angoisse.

-Avoir les yeux en boules de loto: avoir les yeux exorbités.

-Être, se mettre en boule: être, se mettre en colère. Cette expression fait référence au chat qui gonfle ses poils et fait le dos rond en signe de menace lorsqu'il a peur.

-Avoir les nerfs en boule: être très énervé, furieux. On dit aussi: avoir les nerfs en pelote (par allusion à la pelote de laine).

-Avoir les boules (registre familier): en avoir assez, être énervé. Ici, les boules sont à comprendre dans le sens de "testicules". Expression synonyme, elle aussi dans le registre familier: avoir les glandes.

-Toujours dans le registre familier, on emploie le mot "boule" pour désigner la tête. Cela a donné lieu à quelques expressions: perdre la boule (déraisonner, devenir fou); avoir la boule à zéro (avoir le crâne rasé); coup de boule (coup donné de la tête).

En argot, "boule" est masculin: "C'est bien ici du boule et non de la boule qu'il s'agit. Le mot désigne, dans ce cas, les fesses. Origine: le langage des prisons."²

 

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Une petite boule est une "boulette": de viande, de riz, de poisson ou de légumes. Et en français familier, "boulette" qualifie une gaffe, une maladresse. Faire une boulette: commettre une bévue.

La boule se rencontre aussi en verbe: "bouler", dans le langage familier, signifie "rouler par terre en se mettant en boule: il/elle a boulé jusqu'au bas de l'escalier. Et l'expression "envoyer bouler quelqu'un" a le sens de "renvoyer, éconduire une personne avec une grande brusquerie". En langage d'acteur de théâtre, "bouler" prend le sens de "parler beaucoup trop vite, avec les funestes conséquences que cela peut avoir"³: autrement dit, "bafouiller, trébucher sur ses mots".

"Bouler" a donné "boulotter", "manger" dans le langage familier, l'équivalent de "bouffer". Au XIXème siècle, au sens figuré, "boulotter" signifiait "dépenser": boulotter de l'argent. Au XIXème siècle également, "boulotter" avait aussi le sens de "se laisser vivre, vivoter, aller son train" (CNRTL et Petit Robert). Dans la même famille, le substantif "boulot", "travail", toujours dans le langage familier: aller au boulot, chercher du boulot. Synonymes: emploi, job. Précisons que l'hypothèse d'une dérivation sémantique de "bouleau", "bois difficile à travailler et qui donne beaucoup de travail aux menuisiers", d'où "travail pénible", semble peu probable (CNRTL). Enfin, citons l'adjectif "boulot, boulotte": gros et court. Adjectif synonyme: trapu. Cet adjectif est principalement utilisé au féminin pour parler d'une femme petite et rondelette: elle est boulotte. En boulangerie, un "pain boulot" est un pain court et cylindrique.

 

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¹Philippe Genion, Comment parler le belge et le comprendre (ce qui est moins simple), Éditions Points, avril 2010.

²&³Pierre Merle, Nouveau dictionnaire de la langue verte, le français argotique et familier au XXIème siècle, Éditions Denoël, 2007.

09:48 Publié dans Anglais, Argot, Belgique, Culture, Homonymes, Latin, Noël, Suisse romande, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | |