25/05/2018

Du hic au hoc

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Le mot "hic" est un adverbe latin signifiant "ici", premier mot de la locution hic est quaestio, "c'est la question", utilisée en latin juridique. On l'employait dans la marge d'un acte pour attirer l'attention sur un point important, et éviter la lecture de l'acte tout entier (CNRTL).

En français, un "hic" est le "point difficile ou délicat d'une chose, d'une affaire": voilà le hic, c'est bien là le hic (comprenez: voilà le problème). Au pluriel, on écrit "hics" ou "hic": il subsiste quelques hic(s). Dans le langage familier, on emploie le mot "os" ou "pépin", en référence au bout d'os ou au pépin qui peut subsister dans un morceau de viande ou un fruit, et qui risque de nous étouffer si on a le malheur de l'avaler: je suis tombé(e) sur un os (j'ai rencontré une difficulté imprévue); s'il y a un pépin, je serai là pour te soutenir.

Dans le langage familier, un "pépin" est un parapluie. On peut aussi dire "pébroc" ou "pébroque" (mot composé de "pépin" et du suffixe argotique -oc/-oque). Cette appellation tirerait son origine d'un vaudeville de Charles-Augustin Bassompierre, dit Sewrin, et René de Chazet, "Romainville ou la promenade du dimanche", créé au théâtre des Variétés de Paris le 30 novembre 1807, où l'un des personnages, Monsieur Pépin, était muni d'un très grand parapluie.

Toujours dans la langage familier, un autre mot sert à désigner un parapluie: c'est le mot "riflard". Ici aussi, l'origine de cette appellation se trouve dans un personnage de théâtre du XIXème siècle: dans la comédie "La petite ville", de Louis-Benoît Picard, créée en 1801, l'acteur chargé du rôle de Riflard portait un énorme parapluie.

La locution "hic et nunc" aussi vient du latin, et signifie littéralement "ici et maintenant": le contrat fut signé hic et nunc. Cet emploi est aujourd'hui didactique. Dans le langage courant, on dira: tout de suite, sans délai, sur-le-champ.

 

Le mot "hoc" qualifie un jeu de cartes qui se jouait autrefois: "Ce Jeu a deux noms, savoir, le Hoc Mazarin [présumé avoir été inventé par le cardinal Mazarin] & le Hoc de Lyon; il se joue différemment, mais comme le premier est plus en usage que l'autre, on se contentera d'en parler. Le Hoc Mazarin se joue à deux ou trois personnes; dans le premier cas, on donne quinze Cartes à chacun, & dans le second douze: le Jeu est composé de toutes les petites. Le Roi lève la Dame & ainsi des autres, suivant l'ordre naturel des cartes. Ce Jeu est une espèce d'ambigu, puisqu'il est mêlé du Piquet, du Brelan & de la Séquence; appelé ainsi, parce qu'il y a six cartes qui font Hoc. Le privilège des cartes qui font Hoc, est qu'elles sont assurées à celui qui les joue, & qu'il peut s'en servir pour telles cartes que bon lui semble. Les Hocs sont les quatre Rois, la Dame de Pique & le Valet de Carreau; chacune de ces cartes vaut un Jeton à celui qui la jette."¹

De ce jeu fut tirée l'expression "être hoc à quelqu'un" pour dire qu'une chose était assurée à quelqu'un, de la même manière que la valeur des six cartes qui faisaient hoc était assurée à celui qui les jouait: cela m'est hoc (cela m'est acquis infailliblement). On trouve notamment l'expression chez Molière: "Mon congé cent fois me fût-il hoc, La poule ne doit point chanter devant le coq" (Martine dans Les femmes savantes, 1672).

 

Le jeu de cartes n'a rien à voir avec la locution adjective tirée du latin "ad hoc" ("pour cela") que l'on utilise pour parler d'une chose destinée expressément à un usage précis, parfaitement adaptée: il n'existe pas d'instrument ad hoc; une réponse, un argument ad hoc. Dans le langage du droit, "ad hoc" qualifie une personne nommée spécialement pour une affaire donnée: un tueur, un curateur ad hoc.

 

Et la locution "ad hoc" n'a bien sûr aucun rapport avec le "haddock", mot anglais qui désigne de l'aiglefin (ou églefin) dont la chair se mange légèrement fumée. "C'est l'incendie d'un magasin situé près du cap de Findon, en Écosse orientale, où étaient entreposés des aiglefins salés, qui fit découvrir la vertu supplémentaire de la fumure pour ces poissons."² Le haddock est très consommé en Grande-Bretagne sous la forme de fish and chips, "poisson et frites", plat où le haddock est frit dans de la pâte ou de la chapelure. En ancien français, "haddock" se disait hadot. Le français a emprunté le mot à l'anglais (CNRTL).

Un autre poisson très consommé dans le fish and chips est le cabillaud (cod en anglais). "Cabillaud" est le nom que l'on donne à la morue fraîche: des filets de cabillaud. En argot, le terme "morue" qualifie une "fille vulgaire soupçonnée d'être aussi une fille facile. Synonyme: pétasse."³

Enfin, revenons à notre "haddock" qui est aussi un nom propre: Archibald Haddock, plus connu sous le nom de capitaine Haddock, capitaine de marine marchande et meilleur ami de Tintin, personnage créé par le dessinateur belge Hergé.

 

¹Académie universelle des jeux, À Paris, Au Palais, Chez Theodore Legras, Libraire, Grand'Salle du Palais, à l'L couronnée, 1730.

²Dictionnnaire de l'académie des gastronomes, Éditions Prisma, 1962.

³Pierre Merle, Nouveau Dictionnaire de la langue verte, Éditions Denoël, 2007.

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11/02/2018

Couple

 

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Le 14 février, c'est la Saint-Valentin. Profitons-en pour analyser le mot "couple".

 

Égalité des sexes oblige, le mot "couple" existe à la fois au féminin et au masculin.

 

Dans le vocabulaire de la chasse, "une couple" désigne la "laisse avec laquelle on attache ensemble deux chiens de chasse": ces chiens ont rompu leur couple.

Par extension, "une couple" qualifie aussi un groupe de deux animaux ou de deux choses mis ou considérés ensemble: j'ai acheté une couple de poulets pour le dîner, atteler une couple de bœufs; une couple de serviettes, je reviendrai dans une couple d'heures. Mais cet usage est aujourd'hui vieilli. Lorsqu'il était courant, on distinguait "couple" et "paire". "Une couple" désignait deux choses qui n'étaient unies qu'accidentellement, alors que "paire" désignait deux choses qui allaient nécessairement ensemble: une paire de chaussures, de bas, de gants, etc. (Dictionnaire de l'Académie française). Aujourd'hui, dans le langage courant, on dit: j'ai acheté deux poulets pour le dîner, atteler deux bœufs à la même charrue; deux serviettes, je reviendrai dans deux heures environ. Le mot "paire", lui, est bien sûr toujours employé pour décrire deux choses qui vont ensemble par une nécessité d'usage.

Au Québec, "une couple" se dit pour parler d'un petit nombre, d'une petite quantité de quelque chose: je reviendrai dans une couple de semaines, j'ai bu une couple de bières. Cette construction se retrouve en anglais: can I borrow a couple of chairs from your office ? Nous disons "quelques", "quelques-un(e)s" ou "plusieurs": est-ce que je peux prendre quelques-unes des chaises qui sont dans ton bureau ?

 

Au masculin, le mot "couple" désigne "deux personnes unies par le mariage ou par des relations sentimentales": un couple heureux/malheureux; un couple bien/mal assorti; un couple de jeunes mariés. Par extension, on utilise aussi le mot "couple" pour parler de deux animaux de sexe opposé: un couple de pigeons, de perruches (le mâle et la femelle).

Le mot "couple" est aussi couramment employé pour parler de deux personnes qui sont liées par un sentiment, un intérêt, une passion ou un métier commun: un couple d'amis; un couple de danseurs, de patineurs.

 

L'expression "'être/vivre en couple" signifie "avoir une relation amoureuse avec quelqu'un". On peut aussi "ramer en couple": c'est le cas en aviron lorsque deux personnes placées côte à côte dans le canot manient chacune un aviron. Attention, "ramer en couple" n'implique pas nécessairement d'être ni de vivre en couple. Et cette expression n'a rien à voir avec le fait de ramer dans son couple (avoir du mal, des difficultés à être en couple).

 

Dans le langage des marins, le mot "couple" qualifie "chacune des pièces de charpente en bois ou métallique qui s'élèvent de part et d'autre de la quille, et qui montent jusqu'au plat-bord pour former l'ossature de la coque et recevoir les bordés".

 

En mathématiques, un "couple" est l'"entité formée de deux objets associés dans un ordre déterminé": couple (x, y). Les objets x et y sont appelés respectivement "première composante" et "deuxième composante" du couple (x, y).

 

Enfin, en mécanique, un "couple" est l'"ensemble de deux forces parallèles égales et de sens opposé, agissant en deux points différents d'un même solide".

 

Pour conclure, revenons au mois de février. C'est le mois le plus court de l'année, comme le précise ce dicton: février, entre tous les mois, le plus court et le moins courtois (parce que l'hiver n'a pas encore dit son dernier mot). Le mois de février a 28 jours dans les années ordinaires, et 29 dans les années bissextiles (qui comptent 366 jours au lieu de 365, le 366ème jour étant précisément le 29 février). Les années bissextiles ont lieu tous les quatre ans. Outre la Saint-Valentin, une autre fête ponctue le mois de février. Il s'agit de la Chandeleur (le 2 février): http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/cha....

Le mois de février est aussi le mois des carnavals, période de réjouissances (mascarades, défilés de chars) qui précède le Carême. Le mot "carnaval" nous vient de l'italien carnevale, mot lui-même dérivé du latin médiéval carnelevare, proprement "ôter la viande". En effet, dans la tradition catholique, les jours qui précèdent les quarante jours de jeûne du Carême sont des jours dits "gras" où l'on mange beaucoup, et notamment de la viande, pour se dédommager à l'avance des privations imposées par le Carême. Cette année, le Carême a lieu du mercredi 14 février (par coïncidence, également jour de la Saint-Valentin), au dimanche 1er avril, jour de Pâques.

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18/01/2018

Acquis ou acquit ?

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Deux homonymes qui peuvent prêter à confusion. Analyse.

 

"Acquis" est le participe passé du verbe "acquérir", "devenir propriétaire d'un bien par achat, échange ou succession": il/elle a acquis une terre/un immeuble par héritage. Il existe l'expression proverbiale "bien mal acquis ne profite jamais": on ne tire aucun avantage d'une possession ou d'un privilège obtenu malhonnêtement. Le verbe "acquérir" n'est pas l'exact synonyme du verbe "acheter". "Acheter", c'est acquérir une chose, mais seulement avec de l'argent, que l'on paie comptant ou à crédit.

"Acquérir" vient de l'ancien français acquerre, lui-même issu du latin populaire acquaerere, altération du latin classique acquirere, "ajouter à ce qu'on a, à ce qui est; acquérir en plus" (Dictionnaire de l'Académie française). 

La conjugaison du verbe "acquérir", loin d'être évidente, peut poser problème: j'acquiers, nous acquérons (présent); j'acquérais, nous acquérions (imparfait); j'acquis, nous acquîmes (passé simple); j'acquerrai, nous acquerrons (futur); j'acquerrais, nous acquerrions (conditionnel présent); que j'acquière (subjonctif présent); que j'acquisse (subjonctif passé). 

 

La personne qui acquiert un bien est un "acquéreur": ce tableau n'a pas trouvé acquéreur (on peut aussi dire: n'a pas trouvé preneur); il/elle s'est porté(e) acquéreur. Là aussi, "acquéreur" et "acheteur" ne sont pas des synonymes exacts: on ne dit pas "trouver acheteur" ni "se porter acheteur". Mais, selon le contexte, les deux mots peuvent s'employer indifféremment: avez-vous trouvé un acquéreur/un acheteur pour votre voiture ? Le féminin "acquéresse" n'est pas utilisé dans le langage courant, il appartient au vocabulaire juridique. Toujours en droit, le terme "acquêt" qualifie un "bien acquis par les époux, ensemble ou séparément, durant le mariage, et qui fait partie de la masse commune".

Autrefois, on utilisait le proverbe "il y a plus de fous acquéreurs que de fous vendeurs", et on disait par compliment "je vous suis tout acquis(e)", c'est-à-dire "je vous rendrai service en toutes occasions".¹

 

Le verbe "acquérir" possède aussi le sens de "parvenir à avoir grâce à un effort, à l'expérience, au temps": acquérir de l'habilité, de l'autorité, des vastes connaissances. Verbes synonymes: gagner, obtenir. Cela concerne aussi les choses: au fil des années, cette propriété a acquis beaucoup de valeur.

 

Enfin, le verbe "acquérir" est synonyme du verbe "valoir": son travail lui a acquis une solide réputation; l'aisance que ses efforts lui ont acquise. 

 

***

 

"Acquit" appartient à la famille du verbe "acquitter". Un "acquit" est la "reconnaissance écrite, datée et signée d'un paiement". "Pour acquit" est la formule qu'une personne inscrit au verso d'un chèque ou au bas d'une facture, en la faisant suivre de la date et de sa signature, pour attester qu'elle en a reçu le paiement.

En billard, un "acquit" est le "premier coup par lequel on ne fait que placer sa bille, et sur laquelle l'adversaire doit jouer": donner un bon/un mauvais acquit.

 

Le verbe "acquitter" dérive de l'adjectif "quitte", "libéré d'une obligation juridique, d'une dette pécuniaire", lui-même emprunté au latin quietus, "qui est en repos, dans le calme, qui n'est pas troublé". L'idée est que lorsqu'on est libéré d'une obligation juridique et/ou que l'on a réglé ses dettes, on peut enfin avoir l'esprit tranquille. Dans la même famille, l'adjectif "coi", "immobile et silencieux": se tenir, rester, demeure coi(te), autrement dit "se taire". On retrouve la même origine en anglais avec l'adjectif quiet, "calme, silencieux".

Outre le sens de "payer ce que l'on doit", "acquitter" signifie aussi, en droit pénal, "déclarer non coupable d'un crime ou d'un délit": le jury a acquitté l'accusé à l'unanimité.

La locution "par acquit de conscience" signifie "pour être sûr; pour éviter ensuite un regret ou un remords": je l'ai mis(e) en garde par acquit de conscience. Autrement dit, on libère sa conscience pour se sentir apaisé, mais sans réelle conviction.

"Acquitter" se décline pronominalement: "s'acquitter", "se libérer d'une obligation juridique ou morale". S'acquitter d'une dette, d'un devoir, d'une promesse, d'une tâche.

Quant au mot "acquittement", il revêt le double sens de "paiement, remboursement" et de "renvoi d'un accusé déclaré non coupable".

 

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¹Philibert Joseph Leroux, Dictionnaire comique, satirique, critique, burlesque, libre et proverbial, tome premier, À Pampelune, 1786.

 

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