28/06/2014

Êtes-vous dans la lune ?

croissant_lune3.jpgLa lune est l'astre brillant qui éclaire la Terre pendant la nuit. Le mot est issu du latin luna, syncope de Lucina, "la Lumineuse", qui est l'autre nom de la déesse Junon chez les poètes latins, Lucina venant de lucere, "briller, éclairer". En linguistique, une syncope est l'élision d'un ou plusieurs phonèmes au milieu d'un mot. Rappelez-vous, nous avons déjà vu l'apocope et l'aphérèse: http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc...


La lune en tant qu'astre lumineux vu d'un point de la Terre et qui présente un aspect particulier s'écrit avec un "l" minuscule. On parle de rayon de lune, de nouvelle lune, de pleine lune, de croissant de lune, de nuit sans lune et de... clair de lune. On se souvient tous de la comptine: Au clair de la lune / Mon ami Pierrot / Prête-moi ta plume / Pour écrire un mot.

 

De nombreuses locutions et expressions sont en rapport avec la lune:

-Une face de lune est un visage rond et aux joues rebondies.

-Être dans la lune: être très distrait, rêveur, perdu dans ses pensées. On peut aussi dire, avec la même image d'éloignement: être dans les nuages, avoir la tête dans les étoiles ou être tête en l'air. Le contraire, c'est avoir les pieds sur terre ou avoir la tête sur les épaules. En Suisse romande, l'expression consacrée est: être dans les nioles. Le mot "niole" dérive du latin nebula, "nuage", et c'est de là que vient le terme "niolu" qui qualifie une personne simplette. Dans la même famille, le verbe "ennioler": ennuyer, importuner avec des niaiseries. "Ennioler" est fréquemment utilisé comme euphémisation d'"emmerder" et se décline en plusieurs mots: s'ennioler = s'emmerder; un ennioleur = un emmerdeur; enniolant = emmerdant; un enniolement = un emmerdement, une emmerde¹. Des expressions équivalentes à notre régionalisme "être dans les nioles" existent dans au moins deux langues étrangères. En anglais, on dit to have one's head in the clouds et en italien avere la testa fra/tra le nuvole: avoir la tête dans les nuages. 

-Tomber de la lune: éprouver une grande surprise à l'annonce d'un événement inattendu. Aussi: tomber des nues (le terme "nue" est un synonyme littéraire de "nuage").

-Demander ou promettre la lune: demander ou promettre une chose impossible.

-Décrocher la lune: obtenir quelque chose qui semblait impossible à atteindre.

-Aboyer à la lune: crier contre une personne à qui l'on ne peut pas faire de mal.

-Con comme la lune: très stupide.

 

Et voici quelques expressions aujourd'hui tombées en désuétude, mais néanmoins savoureuses:

-Vouloir prendre la lune avec les dents: vouloir faire une chose impossible.

-Faire un trou à la lune: se dit d'une personne qui s'en va furtivement, sans payer ses créanciers.

-Avoir la lune dans la tête: être un peu fou.

-Il n'en est pas encore à faire la révérence à la lune: il n'est pas fou.

-Voir la lune à gauche: avoir des mécomptes (comprenez des désillusions); je crois qu'il verra souvent la lune à gauche avec cette belle.

-Être aussi lâche que la lune: parce qu'elle ne se montre que la nuit.²

 

En tant que planète, dans le langage de l'astronomie, le mot s'écrit "Lune". On dit: envoyer une fusée/des astronautes sur la Lune, aller/se poser sur la Lune, le premier pas de l'homme sur la Lune, etc.

La Lune n'a pas de lumière propre, elle réfléchit celle qu'elle reçoit du Soleil et possède en permanence un hémisphère obscur et un hémisphère éclairé. Les aspects différents suivant lesquels on la voit de la Terre s'expliquent par les variations de sa position par rapport à notre planète et au Soleil.

On appelle "nouvelle lune" la phase de la Lune dans laquelle celle-ci se trouve placée entre le Soleil et la Terre. Elle tourne alors vers la Terre sont hémisphère obscur et est invisible à nos yeux. Pendant la "pleine lune", la Lune, placée à l'opposé du Soleil par rapport à la Terre, nous montre son hémisphère éclairé et devient donc visible sous l'aspect d'un disque entier.

La lunaison, révolution synodique ou mois lunaire est le temps qui s'écoule entre deux nouvelles lunes consécutives, soit environ 29 jours et demi. La "lune rousse" est l'appellation traditionnelle de la lunaison qui commence après Pâques et qui, selon la tradition paysanne, est une période de gelées nocturnes tardives et/ou de vents froids qui font roussir la végétation, plus spécialement les jeunes pousses.

 

Autrefois, on qualifiait de "lune" un mois lunaire: il est parti depuis quatre lunes, il est parti depuis quatre mois. Il existait aussi la locution "être dans une bonne ou une mauvaise lune": être de bonne ou de mauvaise humeur. Et on disait d'une personne sujette à des caprices qu'elle avait "des lunes". Aujourd'hui, on dit que quelqu'un est bien ou mal luné. Une personne lunatique, elle, est d'humeur changeante et imprévisible. L'anglais nous a emprunté ce mot, mais avec une différence de sens. En anglais, lunatic signifie "fou, dément".

On nomme "vieille lune" un sujet rebattu, une idée démodée; au pluriel, les "vieilles lunes" signifient le temps passé, les époques révolues.

Depuis le XVIème siècle, l'expression "lune de miel" qualifie les premiers temps du mariage, d'amour et de bonne entente: littéralement, le premier mois doux comme le miel. "Lune de miel" est un calque de l'anglais honeymoon, hony moone en ancien anglais. En allemand, on dit Flitterwochen: "semaines de paillettes".

 

Dans la même famille que le mot "lune", on rencontre son diminutif, la lunette, qui décrit toutes sortes d'objets de forme circulaire. Parmi ceux-ci, citons l'ouverture du siège des cabinets, la vitre arrière d'une automobile, l'instrument d'optique servant à augmenter le diamètre apparent des objets éloignés pour pouvoir les observer plus nettement et, enfin, les lunettes, paire de verres correcteurs ou protecteurs: lunettes de vue ou lunettes de soleil. Quant aux "lunettes en peau de saucisson", on les a lorsque l'on est "copieusement bourré, beurré, pété, naze, cassé, fait, etc."³

 

Pour conclure, cette définition de la lune par Gustave Flaubert dans son "Dictionnaire des idées reçues" qui date de la fin du XIXème siècle:

Inspire la mélancolie. Est peut-être habitée ?

 

¹Georges Arès, Parler suisse, parler français, Éditions de l'Aire, 1994.

²Dictionnaire de l'Académie française, 1765 et 1835; Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1869.

³Pierre Merle, Nouveau dictionnaire de la langue verte, Éditions Denoël, 2007.

11/06/2014

Embrouillamini, embrouille, imbroglio

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Analyse et explication de plusieurs mots qui évoquent la confusion et le désordre.

 

Un imbroglio est une situation qui manque de transparence. Ce mot est d'origine italienne: il vient de imbrogliare, "embrouiller". Au XVIIIème siècle, on rencontrait aussi la francisation "imbroille": "Il y a de l'imbroille dans cette affaire, dans cette Pièce de Théâtre."¹ On se débat dans un imbroglio qui se complique ou qui se corse, on le démêle, on le dénoue, on l'éclaircit ou on l'explique pour finalement s'en sortir. Un imbroglio peut être judiciaire, médiatique, politique ou romanesque, notamment au théâtre où le mot qualifie une intrigue compliquée et difficile à comprendre. Par extension, il peut s'agir de la pièce de théâtre elle-même: cette comédie est un imbroglio fort amusant. Flaubert le décrit en ces termes dans son "Dictionnaire des idées reçues": "Imbroglio: le fond de toutes les pièces de théâtre."

 

Plusieurs autres mots dérivent du verbe "embrouiller": embrouille, embrouillement et embrouillamini.

Dans le langage populaire, une embrouille est une situation intentionnellement obscurcie dans le but de tromper quelqu'un: méfiez-vous, c'est un homme à embrouilles. L'expression "un sac d'embrouilles" décrit une affaire douteuse, compliquée à dessein: cette succession est un vrai sac d'embrouilles. Expression synonyme: un sac de nœuds. Dans le même sens, une autre expression populaire, "ni vu ni connu, je t'embrouille", employée pour qualifier sur le ton de la plaisanterie une manœuvre malhonnête.

Un embrouillement est l'action d'embrouiller ou son résultat: l'embrouillement d'une pelote de laine. Au sens figuré: un embrouillement d'explications contradictoires, l'embrouillement des esprits, du cerveau ou des idées.

Le mot "embrouillamini" désigne un grand désordre, une confusion extrême, ou une situation ou une affaire peu claire: quel embrouillamini, on n'y comprend rien ! On parle d'un embrouillamini de chiffres ou de ruelles. Au sens figuré, on peut se perdre dans l'embrouillamini d'un raisonnement tortueux. "Embrouillamini" résulte de la combinaison du verbe "embrouiller" et de "brouillamini". Autrefois synonyme d'"embrouillamini", le terme "brouillamini" est aujourd'hui vieilli. Son étymologie est insolite: il s'agit d'une altération du latin des pharmaciens boli armenii, "bol d'Arménie", qui qualifiait autrefois en médecine une terre argileuse colorée que l'on avalait sous forme de boulettes pour ses propriétés toniques et astringentes. Voici une description plus complète:

 

Bol. Ce mot signifie deux choses très-différentes: 1. une espèce de terre; 2. une sorte de préparation pharmaceutique.

Bol, (espèce de terre.) On se sert, en Médecine, de deux terres nommées bol: le bol d'Arménie & le bol de France. 

Bol d'Arménie. On donne ce nom à une terre argileuse, d'une couleur safranée, ou d'un jaune un peu rouge. Il vient de cette partie de l'Arménie, qui est voisine de la Cappadoce.

Bol de France. Ce bol est d'un jaune tirant sur le rouge-pâle. On le tire du côté de Saumur & de Blois, de Bourgogne, & de différents autres endroits de la France.

Bol, (préparation pharmaceutique.) On donne ce nom, qui signifie bouchée, à un médicament mou, plus consistant que le miel, & qui a, plus ou moins, le volume d'une bouchée.²

 

Aujourd'hui, dans le langage des pharmaciens, le terme "bol", du latin médical bolus, désigne une masse de préparation pâteuse formant une grosse pilule ovoïde que l'on peut avaler en une seule fois.

Dans le langage courant, le bol, emprunté de l'anglais bowl, est une pièce de vaisselle de forme hémisphérique servant à contenir certaines boissons: un bol de café au lait. Le mot pourrait aussi venir de bolleponge, un mot anglais de la seconde moitié du XVIIème siècle qui faisait référence à une sorte de punch: "boisson dont les Anglais usent aux Indes faite de sucre, suc de limon, eau de vie, fleur de muscade, & biscuit rosti."³ Par métonymie, le mot "bol" renvoie également au contenu du récipient: boire un grand bol de chocolat, servir un bol de riz. Un "bol à punch" est une grande coupe où l'on prépare le punch. Au sens figuré, on prend un "bol d'air" lorsque l'on va à la campagne pour respirer de l'air pur. L'expression "coiffé au bol" est en rapport avec une coupe de cheveux très en vogue dans les années 1960-1970; un enfant coiffé au bol: comme si l'on avait posé un bol sur sa tête et coupé tous les cheveux qui dépassent. 

En argot, depuis la fin du XIXème siècle, le mot "bol" qualifie le postérieur. C'est ainsi qu'il faut comprendre les expressions suivantes (on peut d'ailleurs remplacer le mot "bol" par le mot "cul" dans les deux premières):

-Avoir du bol: avoir de la chance. Synonyme: avoir du pot (en argot, le pot aussi sert à décrire le postérieur). L'expression se décline en négatif: manquer/ne pas avoir de bol/de pot.

-En avoir ras le bol: en avoir assez, en avoir marre.

-Un coup de bol: un coup de chance...

 

Comme nous avons quelque peu perdu le fil en nous laissant entraîner à explorer des chemins de traverse, nous reprendrons dans un prochain billet la suite de nos mots qui expriment la confusion et le désordre.

 

***

 

¹Dictionnaire de l'Académie française, 1765.

²Médecine domestique, ou Traité complet des moyens de se conserver en santé, & de guérir les Maladies, par le régime et les remèdes simples, par G.Buchan, M. D. du College Royal des Médecins d'Édimbourg, traduit de l'Anglois par J.D.Duplanil, Docteur en Médecine de la Faculté de Montpellier, À Paris, chez Froullé, Libraire, 1789.

³Les voyages et observations du Sieur de la Boullaye-le-Gouz, gentil-homme angevin, À Paris, chez Gervais Clousier, 1653.

 

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16/04/2014

L'œuf sous toutes ses formes

 

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Un mot de circonstance à l'approche de Pâques.

 

L'œuf de Pâques est un symbole chrétien qui se présentait à l'origine sous la forme d'un œuf cuit dur coloré en rouge. Aujourd'hui, l'œuf de Pâques s'est transformé en une confiserie en chocolat ou en sucre. Cette tradition des œufs de Pâques vient du fait qu'autrefois, il était interdit de consommer des œufs pendant tout le Carême. Dans les campagnes, une ancienne coutume se pratique encore de nos jours: la chasse aux œufs le matin de Pâques. Chez les catholiques, les cloches cessent de sonner à partir du jeudi qui précède le dimanche de Pâques en signe de deuil pour la mort du Christ. La légende veut que les cloches partent à Rome pour être bénies par le pape et qu'elles reviennent le jour de Pâques en apportant avec elles ces fameux œufs que les enfants adorent dénicher derrière des arbres ou des touffes d'herbe.

En Suisse, en Allemagne, en Autriche, en Grande-Bretagne et aux États-Unis, le symbole de Pâques est un lapin ou un lièvre: Easter Bunny en anglais, Osterhase en allemand. Dans ces pays, c'est le lapin qui cache les œufs dans les jardins.

 

***

 

En dehors de Pâques, lorsqu'on parle d'un œuf, on pense immédiatement à un œuf de poule. C'est en effet celui-ci que l'on consomme couramment sous différentes formes: cuit dur, en omelette, en gelée, brouillé, poché, sur le plat/au plat, à la coque, etc. Mais on peut manger d'autres œufs d'oiseau que celui de la poule: des œufs de caille, d'oie ou de cane. Il existe aussi les œufs de poisson, principalement ceux de l'esturgeon appelés caviar. Les œufs de lump, ou de lompe, sont noirs comme ceux du caviar et comestibles également. À propos de caviar, l'expression "passer au caviar" signifie "noircir un texte à l'encre pour le rendre illisible". Ce procédé était appliqué par la censure russe sous le tsar Nicolas Ier: on recouvrait d'encre les parties d'un texte que l'on jugeait inappropriées pour les rendre indéchiffrables. On peut aussi dire "caviarder": biffer à l'encre noire, supprimer un passage dans une publication ou un manuscrit. À ne pas confondre avec "cafarder" qui veut dire "dénoncer, rapporter", bien que le fait de cafarder puisse mener à caviarder.

L'œuf le plus petit du monde est pondu par le colibri-abeille femelle, un tout petit oiseau qui pèse deux grammes. L'œuf le plus grand est pondu par l'autruche. Le colibri-abeille est un oiseau endémique de Cuba. Plus près de chez nous, c'est le roitelet huppé qui détient le record du plus petit oiseau: il pèse entre quatre et sept grammes.

 

En biologie, l'œuf ou cellule-œuf ou encore zygote est le nom que l'on donne à la toute première cellule d'un être vivant, née de la fusion de deux cellules reproductrices (mâle et femelle).

 

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L'œuf est présent dans une multitude d'expressions, de proverbes et de locutions:

-Plein comme un œuf: plein à craquer, rempli de monde. "Quand l'intérieur de la voiture est rempli comme un œuf, le cocher fait asseoir les survenans sur le siége, ou sur l'impériale, cela s'appelle voyager en lapin et en singe."¹ Au sens figuré et dans un registre familier: ivre. On peut aussi dire: plein comme une barrique.

-Marcher sur des œufs: littéralement, en touchant le sol avec précaution et d'un air mal assuré. S'utilise principalement au sens figuré: agir avec précaution, prudence, lorsqu'on se trouve dans une situation délicate.

-Tondre un œuf: être d'une grande avarice. Autrefois, on disait "tondre sur un œuf": il trouverait à tondre sur un oeuf². Dans le film "La vérité si je mens 2", Miro a emprunté de l'argent à Eddie, mais il est incapable de le lui rendre. Et lorsqu'Eddie  lui réclame la somme, Miro lui répond: "Eddie, on ne tond pas un œuf."

-Tuer la poule aux œufs d'or: détruire une source de profits futurs importants pour un petit profit immédiat. Cette expression vient d'une fable de Jean de La Fontaine, "La poule aux œufs d'or" (Livre V, fable 13, 1668):

L'avarice perd tout en voulant tout gagner.

Je ne veux, pour le témoigner,

Que celui dont la Poule, à ce que dit la Fable,

Pondait tous les jours un œuf d'or.

Il crut que dans son corps elle avait un trésor.

Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable

À celles dont les œufs ne lui rapportaient rien,

S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien.

Belle leçon pour les gens chiches:

pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus

Qui du soir au matin sont pauvres devenus

Pour vouloir trop tôt être riches ?

-On ne fait pas d'omelette sans casser des œufs: pour obtenir quelque chose, il faut accepter certains sacrifices.

-Mettre tous ses œufs dans le même panier: mettre tout son argent ou tous ses moyens dans une même entreprise et s'exposer ainsi à tout perdre.

-Dans l'œuf: avant la naissance, l'apparition de quelque chose. Il faut étouffer cette affaire dans l'œuf, c'est-à-dire avant qu'elle n'éclate au grand jour.

-Va te faire cuire un œuf ! Formule populaire pour se débarrasser de quelqu'un qui se mêle de vos affaires sans y avoir été invité. Formule équivalente: va voir là-bas si j'y suis.

-Faire l'œuf: faire l'idiot. Depuis la deuxième partie du XIXème siècle, en argot, un œuf est un imbécile. Quel œuf: quel idiot !

-Crâne/tête d'œuf: dans le langage familier, et péjorativement, une personne chauve. Aussi, calqué sur le terme argotique anglais egghead: savant, intellectuel (parce qu'ils sont censés avoir un grand front dégarni).

-Sortir de l'œuf: être d'une grande naïveté ou tout juste diplômé d'une grande école et n'avoir donc aucune expérience.

-Qui vole un œuf vole un bœuf. Il y a deux interprétations possibles à ce proverbe: qui vole un objet de peu de valeur a de fortes chances de voler un jour quelque chose de plus précieux; quel que soit le montant de l'objet que l'on dérobe à quelqu'un, le préjudice pour la victime est exactement le même.

-Donner un œuf pour avoir un bœuf: faire un petit cadeau à quelqu'un en espérant obtenir davantage en retour.

-C'est comme l'œuf de Christophe Colomb: se dit d'une réalisation qui paraît simple, mais qui nécessite une idée ingénieuse. Par allusion à l'anecdote selon laquelle, lors d'un dîner, un invité aurait dit à Christophe Colomb au sujet de sa découverte de l'Amérique: "Il fallait y penser." Christophe Colomb lui aurait alors demandé de faire tenir debout en équilibre sur la table un œuf dur dans sa coquille. L'invité ayant bien sûr échoué, Colomb se serait alors contenté de sectionner le bout de l'œuf , l'aurait posé bien droit et aurait à son tour répliqué: "Il fallait y penser."

-Pour finir,  quatre expressions tombées en désuétude, mais tout à fait savoureuses³:

1. Aimer mieux deux œufs qu'une prune: préférer un grand avantage à un moindre.

2. Pondre sur ses œufs: être riche et jouir tranquillement de son bien.

3. Se ressembler comme deux œufs: se disait de deux choses parfaitement semblables. Aujourd'hui, on dit: se ressembler comme deux gouttes d'eau. À l'opposé, on utilise l'expression "c'est le feu et l'eau".

4. Être égal (à quelqu'un) comme deux œufs: être indifférent. Cela m'est égal comme deux œufs.

 

En guise de conclusion, cette définition de l'œuf par Gustave Flaubert dans son "Dictionnaire des idées reçues":

Point de départ pour une dissertation philosophique sur la genèse des êtres.

 

¹Les jésuites en action sous le ministère Villèle, par M. Santo Domingo, Paris, chez Ponthieu et Cie, libraires, Palais-Royal, 1828.

²Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1869.

³Dictionnaire de l'Académie française, 1695 et 1835.