10/07/2016

Davantage ou d'avantage ?

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Une faute d'orthographe très courante est d'écrire "d'avantage" au lieu de "davantage".  Ces deux homonymes n'ont pourtant pas le même sens. Éclaircissement.

 

"Davantage" est un adverbe qui signifie "plus", que ce soit en quantité, en intensité ou en durée.

 

Voici quelques exemples de son utilisation:

-"Davantage" peut modifier un verbe: je vous en parlerai davantage la prochaine fois que nous nous verrons; cela me plaît davantage; je vous conseille de ne pas manger davantage; il/elle en veut toujours davantage. Les trois derniers exemples montrent qu'en fin de phrase, "davantage" est généralement préféré à "plus".

-"Davantage" peut modifier un substantif: je ne vous ferai pas davantage de reproches, mais ne vous comportez plus de cette manière. Suivant la construction grammaticale, le substantif peut être repris par le pronom "en": voici de l'argent, n'en demandez pas davantage.

-"Davantage" peut modifier le pronom neutre "le" en fonction d'attribut et représentant un adjectif employé avec le verbe "être": son frère est intelligent, mais sa sœur l'est davantage; le bonheur est précieux, mais je trouve que la santé l'est davantage.

 

Il est très courant d'augmenter l'intensité de l'adverbe "davantage" en le couplant à un autre adverbe: le bonheur est précieux, mais la santé l'est bien davantage/davantage encore. "Davantage" signifie alors "encore plus".

 

Il existe aussi les locutions "davantage de" et "davantage que":

-"Davantage de" signifie "plus de": mettez davantage de lumière; il me faudrait davantage de temps.

-"Davantage que"  signifie "plus que": ce poème me touche davantage que le précédent.

 

Autrefois, il était courant d'utiliser l'adverbe "davantage" dans le sens de "plus longtemps": je vous ai demandé de ne pas rester davantage; j'ai obéi sans tarder davantage. Mais cet emploi est aujourd'hui vieilli dans le langage de tous les jours.

 

***

 

"D'avantage" résulte de l'addition de la préposition "de" et du substantif "avantage" qui a pour sens "bénéfice,  gain, intérêt, profit". "D'avantage" apparaît le plus souvent dans une phrase négative: je ne vois pas d'avantage à un tel changement; je n'ai pas tiré d'avantage de cette collaboration. Autrement dit: je ne vois aucun avantage/intérêt à un tel changement; je n'ai tiré aucun avantage/bénéfice de cette collaboration.

On rencontre aussi la forme "d'avantages", formée par la préposition "de" et du substantif "avantage" au pluriel: déménager représenterait plus d'inconvénients que d'avantages (que de bénéfices).

Attention, on peut trouver "davantage" et "d'avantages" dans la même phrase: déménager représenterait davantage d'inconvénients que d'avantages !

 

***

 

En résumé, si vous pouvez remplacer le mot par "plus (de)", il convient d'employer l'adverbe "davantage".

Si vous pouvez remplacer le mot par "de bénéfice(s)", il s'agit de "d'avantage(s)".

 

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23/04/2016

Quelquefois ou quelques fois ?

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"Quelquefois" est un adverbe qui signifie "en certaines occasions": quelquefois, nous allions lui rendre visite; ses idées sont quelquefois bizarres, mais elles sont toujours intéressantes; il/elle souriait quelquefois, mais rarement.

"Quelquefois" est un complément de phrase, ce qui signifie qu'il peut être déplacé: quelquefois, nous allions lui rendre visite; nous allions quelquefois lui rendre visite.

Anciennement, "quelquefois" signifiait "un jour (dans l'avenir)": si vous le/la voyez quelquefois, dites-lui bonjour de ma part.

Dans le langage familier et populaire, "quelquefois" est présent dans la locution conjonctive "quelquefois que", suivie du conditionnel: je vais prendre de ses nouvelles, quelquefois qu'il/elle serait malade (au cas où/au cas où par hasard il/elle serait malade). Locution synonyme: des fois que. Je vais prendre de ses nouvelles, des fois qu'il/elle serait malade.

Adverbes synonymes de "quelquefois": parfois, occasionnellement. On peut aussi utiliser les locutions adverbiales "de temps à autre", "de temps en temps", "par moments" et "des fois", cette dernière locution appartenant au registre familier. Relevons que "parfois" possède la nuance supplémentaire de "selon les circonstances": il/elle était parfois seul(e), parfois accompagné(e).

Il existe aussi l'adverbe "tantôt", que l'on emploie sous une forme double pour exprimer des états différents d'une même chose ou d'une même personne: il/elle est tantôt gai(e), tantôt triste (parfois gai(e), parfois triste); tantôt bien, tantôt mal. Pour d'autres usages de "tantôt", voir http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc....

 

"Quelques fois" est formé de l'adjectif indéfini "quelque" au pluriel, signifiant "un petit nombre de", et du substantif féminin "fois", marquant l'unité ou la répétition d'un fait. "Quelques fois" signifie donc "un petit nombre de moments où une action, conçue comme identique à d'autres actions, se produit": j'ai essayé quelques fois de lui parler, mais je n'y suis jamais arrivé. On peut remplacer "quelques fois" par "plusieurs fois" ou "deux ou trois fois".

Contrairement à "quelquefois", "quelques fois" peut être précédé d'un déterminant: les quelques fois où j'ai essayé de lui parler, je n'y suis pas arrivé.

"Quelques fois" peut aussi être modifié par une conjonction, un adverbe ou une préposition: je n'ai essayé de lui parler que quelques fois (seulement); je vais lui rendre visite quelques fois par année/par mois/par semaine.

 

 "Quelquefois" met l'accent sur le côté occasionnel, au sens de "parfois", et "quelques fois" sur la pluralité, le degré de fréquence, au sens d'"un petit nombre de fois".

 

Les nostalgiques des costumes à paillettes se souviendront de la chanson  "Quelquefois", interprétée par Claude François en 1976, dont voici le refrain: Oui, quelquefois, quelquefois, on a envie d'oublier sa vie / De croire que tout n'est pas fini / D'essayer de rêver comme avant / Oui, quelquefois, quelquefois, on a envie seulement d'être heureux / De croire qu'on peut être amoureux / D'essayer d'être un autre un instant.

Dans un tout autre registre, la fin de la longue tirade de Perdican dans l'acte II, scène 5, de la pièce de théâtre "On ne badine pas avec l'amour" d'Alfred de Musset, publiée en 1834 et représentée pour la première fois en 1861: "On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit: J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois; mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice, créé par mon orgueil et mon ennui."

 

En anglais, "quelquefois" se dit from time to time (de temps en temps), "parfois" sometimes et "occasionnellement" occasionally. Mais de même qu'en français nous avons de nombreuses locutions synonymes, on peut aussi dire (every) now and again, (every) once in a while ou at times.

Sometimes est souvent confondu avec sometime qui a un sens totalement différent. Sometime signifie "à un moment indéfini, futur ou passé": let us have dinner together sometime (dînons ensemble un de ces jours); I know I met him/her sometime, but I cannot remember when (je sais que je l'ai déjà rencontré(e) un jour, mais je n'arrive pas à me souvenir quand).

 

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19/03/2016

Sens dessus dessous

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Une expression qui a subi de nombreuses variations orthographiques au cours des siècles.

 

"Dessus" et "dessous" sont deux adverbes que l'on rencontre dans la locution "sens dessus dessous": de telle façon que ce qui devrait être dessus se trouve dessous, et inversement. Locution synonyme: "à l'envers"; mettre un pull-over à l'envers (du mauvais côté). Par extension, on utilise également la locution "sens dessus dessous" pour qualifier un grand désordre et, au sens figuré, un état de trouble émotionnel intense, de confusion extrême: suite au cambriolage, mon appartement est sens dessus dessous; la rumeur a mis tout le village sens dessus dessous; après avoir été témoin de l'agression, j'étais sens dessus dessous.

Pour qualifier un grand désordre, un bouleversement de fond en comble, on peut aussi employer les verbes "chambarder" et "chambouler": on a tout chambardé/chamboulé dans la maison. "Chambouler" s'applique aussi à un bouleversement psychologique: suite au cambriolage, je suis tout(e) chamboulé(e). Verbes synonymes: retourner, tournebouler. Il/elle était tout(e) retourné(e)/tourneboulé(e) par cette affreuse nouvelle.

Dans le registre familier, le substantif "chambard" désigne un grand désordre, mais aussi un grand vacarme, du chahut: faire du chambard; je me demande ce qu'ils font pour faire un chambard pareil. Le substantif "chambardement" qualifie un bouleversement radical dans l'organisation de quelque chose, notamment au niveau politique: le chambardement social. Il existe aussi la locution "le grand chambardement": la révolution. C'est le titre d'une chanson de Guy Béart datant de 1967, qui prophétise les événements de Mai 68. En voici les premières paroles: La terre perd la boule / Et fait sauter ses foules / Voici finalement / Le grand le grand / Voici finalement / Le grand chambardement.

En Suisse romande, on utilise couramment le mot "cheni" pour parler de désordre: faire du cheni = faire du désordre; être en cheni = être en désordre. Synonymes familiers: bordel, foutoir (http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc...). 

 

Revenons à "sens dessus dessous". On voit souvent cette locution écrite "sans dessus dessous". Attention au contexte, cela pourrait être mal interprété. En effet, ainsi orthographiée, elle signifie tout autre chose: sans dessus ni dessous, c'est-à-dire sans aucun vêtements.

 

Autrefois, cependant, cette orthographe était permise, voire préconisée.

Au XVIIème siècle, le grammairien Claude Favre de Vaugelas écrit dans ses "Remarques sur la langue françoise": "Sans dessus dessous est fort bon, et crois qu'il se doit escrire ainsi, comme qui diroit que la confusion est telle en la chose dont on parle, et l'ordre tellement renversé, que cette chose-là semble estre sans dessus et sans dessous, c'est à dire qu'on n'y reconoit plus ce qui devroit estre dessus ou dessous, tant l'ordre qui y devroit estre, est troublé et perverti."

Littré remarque que, comme Vaugelas, "Mme de Sévigné suivait cette orthographe [sans dessus dessous], qui avait des précédents dans le XVIème siècle".

Enfin, en 1835, Felix Biscarrat et Alexandre Boniface précisent dans leur "Nouveau manuel de la pureté du langage": "Autrefois, quelques grammairiens écrivaient sens dessus dessous avec un a au mot sans, ce qui signifie que la chose est bouleversée et sans dessus et sans dessous."

 

À l'origine, la locution s'écrivait "c'en dessus dessous", c'est-à-dire "ce [qui est] en dessus mis en dessous". Elle s'est même déclinée en "s'en dessus dessous" par Charles d'Orléans dans un de ses rondeaux au XVème siècle:

De tous poins accordons nous,

Ou, par la vierge Marie,

Se Raison n'y remedie,

Tout va s'en dessus dessous.

Et comment l'entendez-vous ?

 

Toutes ses différentes orthographes ont été abandonnées au fil des siècles. Aujourd'hui, la locution s'écrit uniquement "sens dessus dessous", le mot "sens" possédant la signification de "position, côté": le sens qui devait être dessus est dessous (Littré). On remarquera, et c'est la raison pour laquelle on a tendance à vouloir remplacer "sens" par "sans", que le "s" final du mot "sens" ne se prononce pas dans le cadre de cette locution. Cela est dû au fait que "sens" est une altération du "c'en" originel.

 

Il existe aussi, bien que beaucoup moins présente dans le langage courant, la locution "sens devant derrière", autrefois "c'en devant derrière": dans une situation telle que ce qui doit être devant se trouve derrière, et inversement. Il/elle avait mis sa casquette sens devant derrière. Mais dans la conversation de tous les jours, on préférera dire: il/elle avait mis sa casquette à l'envers.

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