23/04/2016

Quelquefois ou quelques fois ?

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"Quelquefois" est un adverbe qui signifie "en certaines occasions": quelquefois, nous allions lui rendre visite; ses idées sont quelquefois bizarres, mais elles sont toujours intéressantes; il/elle souriait quelquefois, mais rarement.

"Quelquefois" est un complément de phrase, ce qui signifie qu'il peut être déplacé: quelquefois, nous allions lui rendre visite; nous allions quelquefois lui rendre visite.

Anciennement, "quelquefois" signifiait "un jour (dans l'avenir)": si vous le/la voyez quelquefois, dites-lui bonjour de ma part.

Dans le langage familier et populaire, "quelquefois" est présent dans la locution conjonctive "quelquefois que", suivie du conditionnel: je vais prendre de ses nouvelles, quelquefois qu'il/elle serait malade (au cas où/au cas où par hasard il/elle serait malade). Locution synonyme: des fois que. Je vais prendre de ses nouvelles, des fois qu'il/elle serait malade.

Adverbes synonymes de "quelquefois": parfois, occasionnellement. On peut aussi utiliser les locutions adverbiales "de temps à autre", "de temps en temps", "par moments" et "des fois", cette dernière locution appartenant au registre familier. Relevons que "parfois" possède la nuance supplémentaire de "selon les circonstances": il/elle était parfois seul(e), parfois accompagné(e).

Il existe aussi l'adverbe "tantôt", que l'on emploie sous une forme double pour exprimer des états différents d'une même chose ou d'une même personne: il/elle est tantôt gai(e), tantôt triste (parfois gai(e), parfois triste); tantôt bien, tantôt mal. Pour d'autres usages de "tantôt", voir http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc....

 

"Quelques fois" est formé de l'adjectif indéfini "quelque" au pluriel, signifiant "un petit nombre de", et du substantif féminin "fois", marquant l'unité ou la répétition d'un fait. "Quelques fois" signifie donc "un petit nombre de moments où une action, conçue comme identique à d'autres actions, se produit": j'ai essayé quelques fois de lui parler, mais je n'y suis jamais arrivé. On peut remplacer "quelques fois" par "plusieurs fois" ou "deux ou trois fois".

Contrairement à "quelquefois", "quelques fois" peut être précédé d'un déterminant: les quelques fois où j'ai essayé de lui parler, je n'y suis pas arrivé.

"Quelques fois" peut aussi être modifié par une conjonction, un adverbe ou une préposition: je n'ai essayé de lui parler que quelques fois (seulement); je vais lui rendre visite quelques fois par année/par mois/par semaine.

 

 "Quelquefois" met l'accent sur le côté occasionnel, au sens de "parfois", et "quelques fois" sur la pluralité, le degré de fréquence, au sens d'"un petit nombre de fois".

 

Les nostalgiques des costumes à paillettes se souviendront de la chanson  "Quelquefois", interprétée par Claude François en 1976, dont voici le refrain: Oui, quelquefois, quelquefois, on a envie d'oublier sa vie / De croire que tout n'est pas fini / D'essayer de rêver comme avant / Oui, quelquefois, quelquefois, on a envie seulement d'être heureux / De croire qu'on peut être amoureux / D'essayer d'être un autre un instant.

Dans un tout autre registre, la fin de la longue tirade de Perdican dans l'acte II, scène 5, de la pièce de théâtre "On ne badine pas avec l'amour" d'Alfred de Musset, publiée en 1834 et représentée pour la première fois en 1861: "On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit: J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois; mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice, créé par mon orgueil et mon ennui."

 

En anglais, "quelquefois" se dit from time to time (de temps en temps), "parfois" sometimes et "occasionnellement" occasionally. Mais de même qu'en français nous avons de nombreuses locutions synonymes, on peut aussi dire (every) now and again, (every) once in a while ou at times.

Sometimes est souvent confondu avec sometime qui a un sens totalement différent. Sometime signifie "à un moment indéfini, futur ou passé": let us have dinner together sometime (dînons ensemble un de ces jours); I know I met him/her sometime, but I cannot remember when (je sais que je l'ai déjà rencontré(e) un jour, mais je n'arrive pas à me souvenir quand).

 

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19/03/2016

Sens dessus dessous

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Une expression qui a subi de nombreuses variations orthographiques au cours des siècles.

 

"Dessus" et "dessous" sont deux adverbes que l'on rencontre dans la locution "sens dessus dessous": de telle façon que ce qui devrait être dessus se trouve dessous, et inversement. Locution synonyme: "à l'envers"; mettre un pull-over à l'envers (du mauvais côté). Par extension, on utilise également la locution "sens dessus dessous" pour qualifier un grand désordre et, au sens figuré, un état de trouble émotionnel intense, de confusion extrême: suite au cambriolage, mon appartement est sens dessus dessous; la rumeur a mis tout le village sens dessus dessous; après avoir été témoin de l'agression, j'étais sens dessus dessous.

Pour qualifier un grand désordre, un bouleversement de fond en comble, on peut aussi employer les verbes "chambarder" et "chambouler": on a tout chambardé/chamboulé dans la maison. "Chambouler" s'applique aussi à un bouleversement psychologique: suite au cambriolage, je suis tout(e) chamboulé(e). Verbes synonymes: retourner, tournebouler. Il/elle était tout(e) retourné(e)/tourneboulé(e) par cette affreuse nouvelle.

Dans le registre familier, le substantif "chambard" désigne un grand désordre, mais aussi un grand vacarme, du chahut: faire du chambard; je me demande ce qu'ils font pour faire un chambard pareil. Le substantif "chambardement" qualifie un bouleversement radical dans l'organisation de quelque chose, notamment au niveau politique: le chambardement social. Il existe aussi la locution "le grand chambardement": la révolution. C'est le titre d'une chanson de Guy Béart datant de 1967, qui prophétise les événements de Mai 68. En voici les premières paroles: La terre perd la boule / Et fait sauter ses foules / Voici finalement / Le grand le grand / Voici finalement / Le grand chambardement.

En Suisse romande, on utilise couramment le mot "cheni" pour parler de désordre: faire du cheni = faire du désordre; être en cheni = être en désordre. Synonymes familiers: bordel, foutoir (http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc...). 

 

Revenons à "sens dessus dessous". On voit souvent cette locution écrite "sans dessus dessous". Attention au contexte, cela pourrait être mal interprété. En effet, ainsi orthographiée, elle signifie tout autre chose: sans dessus ni dessous, c'est-à-dire sans aucun vêtements.

 

Autrefois, cependant, cette orthographe était permise, voire préconisée.

Au XVIIème siècle, le grammairien Claude Favre de Vaugelas écrit dans ses "Remarques sur la langue françoise": "Sans dessus dessous est fort bon, et crois qu'il se doit escrire ainsi, comme qui diroit que la confusion est telle en la chose dont on parle, et l'ordre tellement renversé, que cette chose-là semble estre sans dessus et sans dessous, c'est à dire qu'on n'y reconoit plus ce qui devroit estre dessus ou dessous, tant l'ordre qui y devroit estre, est troublé et perverti."

Littré remarque que, comme Vaugelas, "Mme de Sévigné suivait cette orthographe [sans dessus dessous], qui avait des précédents dans le XVIème siècle".

Enfin, en 1835, Felix Biscarrat et Alexandre Boniface précisent dans leur "Nouveau manuel de la pureté du langage": "Autrefois, quelques grammairiens écrivaient sens dessus dessous avec un a au mot sans, ce qui signifie que la chose est bouleversée et sans dessus et sans dessous."

 

À l'origine, la locution s'écrivait "c'en dessus dessous", c'est-à-dire "ce [qui est] en dessus mis en dessous". Elle s'est même déclinée en "s'en dessus dessous" par Charles d'Orléans dans un de ses rondeaux au XVème siècle:

De tous poins accordons nous,

Ou, par la vierge Marie,

Se Raison n'y remedie,

Tout va s'en dessus dessous.

Et comment l'entendez-vous ?

 

Toutes ses différentes orthographes ont été abandonnées au fil des siècles. Aujourd'hui, la locution s'écrit uniquement "sens dessus dessous", le mot "sens" possédant la signification de "position, côté": le sens qui devait être dessus est dessous (Littré). On remarquera, et c'est la raison pour laquelle on a tendance à vouloir remplacer "sens" par "sans", que le "s" final du mot "sens" ne se prononce pas dans le cadre de cette locution. Cela est dû au fait que "sens" est une altération du "c'en" originel.

 

Il existe aussi, bien que beaucoup moins présente dans le langage courant, la locution "sens devant derrière", autrefois "c'en devant derrière": dans une situation telle que ce qui doit être devant se trouve derrière, et inversement. Il/elle avait mis sa casquette sens devant derrière. Mais dans la conversation de tous les jours, on préférera dire: il/elle avait mis sa casquette à l'envers.

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20/02/2016

Bienvenu(e)

 

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Le mot "bienvenu" est composé de l'adverbe "bien" et de "venu", participe passé du verbe "venir". Au XIIème siècle, estre bien venu signifiait "être bien accueilli". L'orthographe "bien venu" a perduré jusqu'au XIXème siècle. Le dictionnaire de l'Académie française de 1835 précise: "On écrit aussi bienvenu en un seul mot." Toujours au XIXème siècle, il existait l'expression "se faire bienvenir de quelqu'un": s'assurer un accueil bienveillant, rechercher les bonnes grâces de quelqu'un: il avait l'art de se faire bienvenir en société; il offrait des fleurs à la maîtresse de maison pour se faire bienvenir.¹

"Bienvenu" peut être employé à la fois comme adjectif, substantif masculin ou féminin, ainsi que substantif uniquement féminin, d'où une possible confusion sur l'orthographe à adopter.

 

Comme adjectif, "bienvenu(e)" signifie "qui arrive à propos, au bon moment" (et qui, de ce fait, est bien accueilli): un visiteur bienvenu; une remarque bienvenue; cette pluie sera bienvenue pour le jardin; une augmentation de salaire serait bienvenue.

L'expression "tomber à pic" signifie aussi "arriver au moment opportun, exactement quand il le faut": tu tombes à pic, j'avais justement besoin de ton aide; cette suggestion tombe à pic, j'étais à court d'idées; une augmentation de salaire tomberait à pic. "Tomber à pic" trouve son origine dans le jeu de paume. Le jeu de paume, joué au départ à main nue ou gantée de cuir, devenu plus tard un sport de raquettes, est l'ancêtre de la pelote basque et du tennis. Il se jouait généralement en salle. À Paris, dans le jardin des Tuileries, se trouve le musée du Jeu de Paume qui, comme son nom l'indique, abritait jadis des courts de jeu de paume. Un point précis de ce jeu s'appelait "chasse pic": lorsque la balle tombait au pied du mur du fond. Ce point offrait au joueur un avantage certain sur son adversaire. Et lorsqu'il était réalisé à un moment crucial de la partie, on disait que la balle était "tombée à pic", d'où le sens actuel de l'expression.

Autre expression synonyme qui date du XVIème siècle: tomber à point nommé, littéralement "exactement à l'endroit désigné", du latin nominare, "nommer, désigner par un nom" (CNRTL).

 

Comme substantif masculin ou féminin, "bienvenu(e)" désigne une personne ou une chose que l'on accueille avec plaisir: vous serez toujours le(la) bienvenu(e) dans notre maison; votre offre/cette nouvelle est la bienvenue; toute proposition est la bienvenue.

 

Comme substantif exclusivement féminin, et toujours au singulier, "bienvenue" qualifie l'heureuse arrivée de quelqu'un, l'accueil favorable que l'on fait à un hôte ou au nouveau membre d'une compagnie: bienvenue à nos amis; cadeau, discours, préparatifs de bienvenue; souhaiter la bienvenue à quelqu'un (expression synonyme: faire bon accueil à quelqu'un).

L'expression "bienvenue au club !" s'utilise pour faire comprendre à une personne que l'on se trouve dans la même situation qu'elle: Vous avez divorcé ? Bienvenue au club !

Au Québec, "bienvenue" est utilisé comme terme de politesse en réponse à "merci". Cela correspond à nos formules de courtoisie "de rien", "il n'y a pas de quoi" et "je vous en prie".

 

Pour finir, une dernière variation orthographique avec le nom de la station de métro de la gare Montparnasse à Paris: Montparnasse-Bienvenüe. Rien à voir, comme on pourrait le croire, avec "bienvenue à la gare Montparnasse", donc rien à voir non plus avec une grossière faute d'orthographe que l'on aurait négligé de corriger. Ce nom fait référence à Fulgence Bienvenüe (1856-1932), l'ingénieur français qui conçut puis dirigea la réalisation du métro de Paris. La première ligne du métro, établissant la liaison ouest-est Porte Maillot-Porte de Vincennes, a été construite en vue de l'Exposition universelle de 1900, inaugurée le 14 avril. Cette première ligne fut ouverte au public le 19 juillet dans le but de desservir un autre événement majeur de cette année-là: les Jeux olympiques d'été au bois de Vincennes.

 

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¹CNRTL, Dictionnaire de l'Académie française et Dictionnaire de grammaire et des difficultés grammaticales de Michel Pougeoise, Armand Colin, Paris, 1998.

 

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