06/01/2016

Parti ou partie ?

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Les mots "parti" et "partie" possèdent de nombreuses significations différentes et se retrouvent dans plusieurs expressions sujettes à confusion.

 

Commençons par l'expression "prendre à partie" que l'on a tendance à vouloir orthographier "prendre à parti" sous l'influence d'une autre expression que nous verrons plus tard: "prendre parti".

"Prendre quelqu'un à partie" signifie "imputer à quelqu'un le mal qui est arrivé" et, par extension, "attaquer quelqu'un": les manifestants ont été pris à partie par les forces de police. Une expression synonyme, elle aussi avec le verbe "prendre": s'en prendre à quelqu'un, c'est-à-dire s'attaquer à une personne en la rendant responsable; incriminer, mettre en cause quelqu'un. Je n'y étais pour rien, mais il s'en est pris à moi. Il existe aussi l'expression "il/elle ne peut s'en prendre qu'à lui/elle-même": il/elle est responsable de ses propres malheurs.

Attention à ne pas confondre "s'en prendre à" avec toute une série d'autres expressions:

- Se prendre de: se mettre à avoir. Se prendre d'amitié, d'affection pour quelqu'un. Verbe synonyme: éprouver.

- Se prendre à: se mettre à faire quelque chose, généralement sans l'avoir prémédité. Se prendre à espérer, à penser. Cet usage est littéraire.

- S'y prendre: agir d'une certaine façon dans le but d'obtenir un résultat précis, être plus ou moins habile à faire quelque chose. Il/Elle voulait attirer mon attention, mais il/elle s'y est mal pris(e); je ne sais pas comment m'y prendre pour obtenir une augmentation; s'y prendre à deux/plusieurs fois: recommencer. Au Québec, on dit "avoir le tour": il/elle a le tour avec les enfants. "S'y prendre" suivi d'une précision de temps signifie "se mettre à s'occuper de quelque chose": s'y prendre à l'avance/à temps/trop tard.

- Se prendre pour: se considérer comme, se croire. Se prendre pour un héros, un génie. Péjorativement, on dira de quelqu'un qui prend de grands airs: pour qui se prend-il/elle ? Dans le même registre, les expressions "il/elle ne se prend pas pour n'importe qui/pour une merde" (il/elle a une très haute opinion de lui/d'elle-même) et "ne pas se prendre pour la queue de la/d'une poire": http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc....

Revenons à notre expression "prendre à partie": ici, le mot "partie" nous vient du droit. Il est à comprendre dans le sens de "personne physique ou morale impliquée dans un procès", plus spécialement la "partie adverse" par opposition à la "partie plaignante". Littéralement, "prendre quelqu'un à partie" signifie "entamer une action juridique contre quelqu'un". C'est pourquoi, dans le langage courant, comme nous l'avons vu plus haut, l'expression a pris le sens d'"accuser, attaquer quelqu'un".

Quant à l'expression "avoir affaire à forte partie", elle veut dire que l'on a en face de soi un redoutable adversaire et qu'il sera difficile de s'en sortir.

 

Le mot "partie" possède aussi, depuis la deuxième moitié du XVIIème siècle, le sens de "divertissement concerté à plusieurs; moment agréable". Une partie de chasse, de jambes en l'air, de rigolade; ce n'est pas une partie de plaisir: cela n'a rien d'agréable. C'est dans ce sens-là que l'on utilise les expressions "être de la partie" (participer à un divertissement entre amis) et "ce n'est que partie remise" (ce rendez-vous n'est que reporté à une date plus favorable). Par extension, "être de la partie" signifie également "avoir une solide expérience, notamment d'un métier": ne vous inquiétez pas, je suis de la partie et je vais pouvoir résoudre votre problème.

Toujours dans le cadre d'une activité à plusieurs, "partie" signifiait au XIIIème siècle "projet commun à plusieurs personnes". Il nous en reste l'expression "avoir partie liée avec quelqu'un": être solidaire, être de connivence avec quelqu'un; avoir un accord secret qui nous unit à quelqu'un.

 

"Prendre parti", c'est prendre position: prendre parti pour ou contre quelqu'un (lui donner raison ou tort). Verbes synonymes: "s'engager" et, dans le langage familier, "se mouiller". Ici, le mot "parti" renvoie au sens de "décision, choix". Il figure dans deux autres expressions courantes:

- Prendre le parti de: se décider, se résoudre à quelque chose. J'hésite sur le parti à prendre; prendre le parti d'en rire.

- Prendre son parti de quelque chose, en prendre son parti: accepter de manière raisonnable ce que l'on ne peut pas éviter ni changer. Je ne peux rien y faire, j'ai fini par en prendre mon parti. Expression synonyme: se faire une raison. Verbes synonymes: s'accommoder, se résigner.

Enfin, depuis la fin du XVIIIème siècle, le terme "parti pris" qualifie une opinion préconçue, un choix arbitraire. Mots synonymes: à priori, préjugé. "Être de parti pris": être partial, subjectif.

 

L'expression "tirer parti de" a le sens d'"exploiter, utiliser quelque chose à son avantage". Tirer le meilleur parti de quelque chose; savoir tirer parti de tout. Cette expression est issue du sens de "salaire d'un employé, bénéfice" que possédait au XVIIème siècle le mot "parti".

Dès le XVIème siècle, "parti" était aussi employé dans un contexte bien précis. Il servait à désigner une "personne à marier, considérée du point de vue de sa situation sociale": "Je songerai à marier ma fille quand il se présentera un parti pour elle" (Monsieur Jourdain à sa femme dans "Le Bourgeois gentilhomme" de Molière, 1670, acte III, scène III). De cet usage, le terme "beau/bon parti", encore utilisé de nos jours dans le langage courant: épouser un beau parti.

 

11:29 Publié dans Culture, Droit, Grammaire, Molière, Québec | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Facebook | |