22/11/2017

Carotte

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La carotte est une plante potagère de la famille des apiacées, ou ombellifères. Sa tige est appelée "fane", et la partie blanche, jaune ou orange que nous consommons en est sa racine charnue. En Suisse, les carottes sont cultivées durant toute l'année. Elles peuvent être consommées crues ou cuites: carottes Vichy (cuites à l'eau, puis nappées d'une noisette de beurre), carottes râpées (crues et assaisonnées, servies en salade), jus de carottes. Les carottes servent aussi souvent d'accompagnement à la viande, on les trouve notamment dans le pot-au-feu, un plat fort apprécié lorsque les premiers froids arrivent, et elles peuvent même être utilisées en pâtisserie: gâteau aux carottes.

Les "bœufs carottes" ne sont pas une recette: en France, dans le jargon policier, ce terme désigne la police des polices ou IGS (Inspection générale des services) parce qu'ils laissent mijoter le temps qu'il faut avant de servir.¹

En Suisse romande, nous appelons "carotte rouge" la betterave rouge.

 

La carotte a la réputation de rendre aimable. En effet, il existe l'expression "Mange(z) des carottes, ça rend aimable", que l'on dit dans le langage familier à quelqu'un qui est d'humeur revêche. On dit aussi que manger des carottes contribue à avoir un joli teint. Enfin, la carotte est riche en bêta-carotène, une vitamine qui favorise une bonne vision.

 

Autrefois, la carotte n'avait pas une aussi bonne réputation. C'était le légume des gens pauvres, plus particulièrement des paysans. Aux XVIIème et XVIIIème siècles, l'expression "ne vivre que de carottes" signifiait "vivre chichement" parce qu'en période de disette les paysans n'avaient pas de viande pour accompagner leurs carottes. Et au XIXème siècle, on disait de quelqu'un qui était en train d'agoniser qu'il/elle "avait ses carottes cuites" (on compare ici le corps de la personne mourante avec le morceau de viande servi généralement avec les carottes).

 

Aujourd'hui, on utilise l'expression "les carottes sont cuites" pour dire que tout est fini, qu'il n'y a plus d'espoir pour redresser une situation. À l'origine de cette expression, la connotation négative véhiculée par la carotte au fil des siècles. Comme le disait si bien l'humoriste et comédien Pierre Dac: "C'est quand les carottes sont cuites que c'est la fin des haricots." 

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la formule "les carottes sont cuites" servait de code à Radio Londres pour déclencher des actions de résistance en France.

 

Il existe deux autres expressions courantes avec le mot "carotte":

- La carotte et le bâton: l'incitation et la menace, la récompense et la punition, pour motiver quelqu'un ou influencer son comportement (par allusion à l'âne que l'on ne fait avancer qu'à coups de bâton ou en plaçant une carotte devant lui). Ce manager pratique la méthode de la carotte et du bâton; "Les USA tentent la politique de la carotte et du bâton avec la Birmanie" (titre du journal Le Point, publié le 5 novembre 2010).

- Marcher à la carotte: n'accepter d'agir que poussé par l'appât du gain (toujours en référence à l'âne qui ne se décide à avancer que si on lui présente une carotte).

 

Au sens figuré, par analogie de forme, on parle de "carotte de tabac" (rouleau de feuilles de tabac). On appelle aussi "carotte" l'enseigne rouge, à double pointe, des bureaux de tabac français. Enfin, le terme "carotte" sert à désigner tout échantillon cylindrique de terrain prélevé par sondage en vue de déterminer la nature du sous-sol (plus spécialement, une "carotte de glace" est un échantillon prélevé au sein des calottes glaciaires).

 

"Carotte" est également un adjectif invariable, employé le plus souvent pour qualifier la couleur rouge orangé des cheveux. Adjectif synonyme: roux. On se souvient du roman autobiographique de Jules Renard, "Poil de carotte", publié en 1894, qui raconte l'enfance difficile d'un petit garçon rouquin.

 

Le mot "carotte" se décline en verbe: "carotter" signifie "extorquer quelque chose à quelqu'un, en particulier des sommes d'argent relativement modestes, par ruse ou malhonnêteté". Il/Elle m'a carotté dix francs en me rendant la monnaie. Verbes synonymes: escroquer, soutirer, voler. Au XVIIIème siècle, "carotter" signifiait "jouer mesquinement, en ne risquant presque rien" (CNRTL).

 

Enfin, on ne confondra pas le verbe "carotter" avec l'adjectif "carreauté", "à carreaux", employé au Québec: il portait une chemise carreautée.

 

¹Pierre Merle, Nouveau dictionnaire de la langue verte, Éditions Denoël, 2007.

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24/09/2017

Bavarder, etc.

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 Le verbe "bavarder" possède de nombreux synonymes.

 

Lorsqu'on parle beaucoup, de choses et d'autres, on dit qu'on "bavarde". Autrefois le mot "bave", en plus d'être un synonyme de "salive", signifiait "babil, loquacité". D'où le verbe "bavarder", et les mots "bavardage" et "bavard". C'est aussi de là que nous vient l''expression "baver sur quelqu'un/sur la réputation de quelqu'un": critiquer, dénigrer par ses paroles (200 drôles d'expressions que l'on utilise tous les jours sans vraiment les connaître, racontées par Alain Rey, Le Robert, 2015).

 

On peut aussi "causer" et "discuter". "Causer", c'est s'entretenir familièrement avec une ou plusieurs personnes de manière spontanée. Le verbe "discuter" est plus sérieux. Il est proche du verbe "débattre", et implique un soin, une exactitude, le fait de bien considérer le pour et le contre: on discute une affaire, une question, un projet. On voit fréquemment le verbe "discuter" suivi de la préposition "de" (discuter d'une affaire, d'une question, d'un projet), mais cela n'est pas correct.

 

Le verbe "babiller" signifie aussi "parler beaucoup". On l'utilise le plus souvent pour qualifier le bavardage animé des enfants: ces écoliers sont dissipés, ils n'arrêtent pas de babiller.

 

Dans le langage familier, on dit qu'on "bavasse" et qu'on "tchatche". Le verbe "bavasser" véhicule une connotation de médisance, et "tchatcher" c'est "parler abondamment, avoir du bagou". "Tchatcher" vient du verbe espagnol chacharear, "bavarder, causer". "Courant depuis longtemps du côté de Marseille, diffusé par nombre de rapatriés d'Algérie, il fut généralisé en France dans les années 1980."¹ Le verbe "tchatcher" se décline en substantif: on dit de quelqu'un qui n'a pas sa langue dans la poche qu'il/elle a "de la tchatche". 

En anglais, le verbe to chatter possède la même signification que "tchatcher". To chatter a donné en anglais le substantif chat, "discussion sur Internet", terme repris tel quel en français, ou avec la variante orthographique "tchat". En français, il existe aussi le verbe "chater" ou "tchater", "discuter sur Internet", à ne pas confondre avec "tchatcher" ! On ne confondra pas non plus un "tchatteur" (personne qui discute sur Internet) avec un "tchatcheur" (personne volubile).

 

Le verbe "jacasser" signifie "pousser son cri" en parlant de la pie, affublée du surnom évocateur de "pie bavarde". Une personne qui jacasse bavarde sans arrêt en tenant des propos futiles, et généralement de manière fatigante, par allusion bien sûr au cri aigu de la pie. Verbe synonyme, dans le langage populaire: jacter.

 

Autre verbe synonyme de "bavarder": papoter. On papote lorsqu'on parle beaucoup avec familiarité, légèreté ou frivolité. En Suisse romande, on dit qu'on "barjaque" ou qu'on "batoille". "Barjaquer", c'est "bavarder de manière excessive, parler à tort et à travers". "Le verbe existe aussi en provençal, avec le même sens (barjar, substantif: barjaca), mais n'appartient pas au standard. Une barjaque: une pie, un moulin à paroles, un bavard ou une bavarde impénitent(e)."² "Batoiller est de la famille de battre, c'est faire battre sa langue. Il devrait donc s'écrire avec deux t, mais nous suivons l'usage bien établi de l'écrire avec un seul t. Une batoille (homme ou femme), même traduction que une barjaque. On dit aussi batouiller, batouille."³

 

Au Québec, on emploie le verbe "placoter" pour dire "bavarder": placoter avec des amis. Ce verbe a aussi le sens de "parler de façon indiscrète, médire": placoter contre quelqu'un. "Placoter" pourrait tirer son origine du verbe "clapoter" dont il est l'anagramme: émettre un clapotement, bruit léger que fait l'eau lorsqu'elle est agitée par des petites vagues. Toujours au Québec, il existe aussi le verbe "mémérer": bavarder, faire des commérages. Nous disons "cancaner". "Mémérer", du substantif "mémère" qui signifie "personne qui parle beaucoup sans avoir rien d'intéressant à dire" et "personne qui aime les commérages" au Québec. Chez nous, une "mémère" est un terme péjoratif pour qualifier une personne très âgée.

 

Du côté des expressions, on dit qu'on "taille une bavette" lorsqu'on bavarde. La "bavette" en question fait référence à l'ancien sens du mot "bave" que nous avons vu au début. Quant au verbe "tailler", il semble qu'il s'appliquait autrefois à la parole, et que "tailler bien la parole à quelqu'un" signifiait "parler à quelqu'un avec éloquence" (Alain Rey). Un autre verbe lié à la parole est "couper": on dit qu'on coupe la parole à une personne lorsqu'on l'interrompt pour parler à sa place.

 

Autre expression: tailler/discuter le bout de gras. L'origine de ce "bout de gras" est incertaine. Elle pourrait venir du morceau de lard que les gens pauvres mettaient autrefois dans leur soupe lorsqu'ils en avaient les moyens, ce qui était rare. Et lorsque cela arrivait, la discussion autour de la table devenait plus joyeuse et plus animée.

 

 ***

 

¹Pierre Merle, Nouveau dictionnaire de la langue verte, Éditions Denoël, 2007.

²&³Georges Arès, Parler suisse, parler français, Éditions de l'Aire, 1994.

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28/08/2017

Excentrique

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L'adjectif "excentrique" vient du latin médiéval excentricus, "qui est hors du centre".

Au fil des siècles, il est apparu dans la langue française en prenant différentes significations.

Au XIVème siècle, l'astronome et mathématicien français Nicole Oresme qualifie d'"excentriques" les cercles imaginés pour expliquer les mouvements des corps célestes qu'il avait reconnus n'être pas toujours à la même distance de la Terre: "Tout cercle qui divise la sphère en deux moitiés et n'a pas son centre au centre du monde est appelé excentrique" (CNRTL et Littré).

Au XVIIIème siècle, le terme "excentrique" apparaît en géométrie. Il qualifie deux cercles qui, quoique renfermés l'un dans l'autre, n'ont cependant pas le même centre. On parle aussi d'ellipses excentriques, c'est-à-dire très allongées.

Enfin, au XIXème siècle, l'adjectif "excentrique" fait son apparition comme terme d'urbanisme. Dans le langage courant, un quartier excentrique est un quartier situé loin du centre-ville, loin des affaires. Adjectifs synonymes: excentré, périphérique.

 

En tant que substantif, en mécanique industrielle, un "excentrique" est un "mécanisme conçu de telle sorte que l'axe de rotation de la pièce motrice n'en occupe pas le centre". Ce mécanisme permet de transformer le mouvement de rotation d'une pièce en un mouvement rectiligne alternatif.

 

Le deuxième sens de l'adjectif "excentrique" qualifie, depuis le XIXème siècle, ce qui est en opposition avec les habitudes reçues, dont la singularité attire l'attention, qu'il s'agisse d'une personne ou d'un objet: comportement, idées excentriques; vêtements excentriques. Adjectifs synonymes: bizarre, extravagant, farfelu, insolite, anticonformiste.

En ce sens, le mot nous vient de la langue anglaise qui lui a donné cette acception au XVIIème siècle, les Anglais étant en effet connus pour leur excentricité. En anglais, le mot s'écrit eccentric. Cette excentricité se remarque notamment dans les nombreux clubs et associations présents outre-Manche, principalement à Londres. Il s'agit le plus souvent de gentlemen's clubs, dont l'entrée est interdite aux femmes. Citons, entre autres, The Handlebar Club, le club des hommes arborant une moustache "en guidon", c'est-à-dire dont les extrémités sont suffisamment longues pour être recourbées, ou encore The Eccentric Club, le club des personnes excentriques, fondé à la fin du XVIIIème siècle. 

 

En français, attention à certaines phrases qui peuvent se révéler ambiguës: nous avons visité un quartier excentrique de Londres. Comprenez: un quartier original, et non pas excentré.

 

Autre adjectif synonyme d'"excentrique" dans le sens de "farfelu": foutraque. Autrement dit "déjanté", "dingue", "hors norme". Dans le registre déjanté, on trouve aussi l'adjectif "foldingue", mot composé de "fol" et "dingue". "Fol" est l'ancienne forme de "fou". "Fol", du latin follis, "soufflet, ballon", le fou étant comparé à un ballon, une vessie gonflée (Littré). Aujourd'hui, la forme "fol" subsiste devant une voyelle ou un h muet, mais cette tournure est archaïsante: fol amour, fol hommage (CNRTL). Enfin, l'adjectif "foufou, fofolle" a le sens d'"espiègle", d'"écervelé", avec une connotation affective: ce petit chien est (tout) foufou.

En Suisse romande, on utilise les adjectifs "folache", "folingue" et "folo". "Ils signifient un peu fou, fou d'une manière plutôt sympathique, et seront aisément compris de tout francophone, même s'ils n'appartiennent pas au standard. Celui-ci dispose aussi d'un adjectif pittoresque dans cet ordre d'idées: folichon, mais il ne s'emploie à peu près que dans des contextes négatifs: ce n'est pas folichon."¹ Autrefois, dans le langage familier, "folichon" signifiait "folâtre, badin": esprit folichon, humeur folichonne.² Aujourd'hui, l'expression "ce n'est pas folichon" veut dire "ce n'est pas gai, ce n'est pas divertissant".

 

¹Georges Arès, Parler suisse, parler français, Éditions de l'Aire, 1994.

²Dictionnaire universel, contenant generalement tous les mots françois, tant vieux que modernes, et les termes des sciences et des arts, Tome second, 1727.

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