09/04/2014

Le violon

 

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 Cet instrument de musique est au cœur de plusieurs expressions.

 

Le violon possède quatre cordes accordées en quintes, respectivement sur le sol, le ré, le la et le mi. Au début du XVIème siècle, on utilisait le terme vyollon. La première apparition du mot avec l'orthographe que l'on connaît aujourd'hui se situe avant 1550. Dans "Le Tiers Livre" publié en 1546, Rabelais écrit: "Plus me plaît le son de la cornemuse que les fredonnements des violons auliques."

Le mot désigne aussi bien l'instrument que le musicien qui en joue: être violon dans un orchestre (on peut bien sûr aussi dire "violoniste"). Celui qui dirige les violons d'un orchestre est appelé "premier violon". Autrefois, un "violoneux" était un joueur de violon qui animait les fêtes de campagne et, par extension et dans un sens péjoratif, un violoniste médiocre. Aujourd'hui, on parle d'un "crincrin" pour décrire un mauvais violoniste et un violon de piètre qualité qui produit des sons désagréables, le terme "crincrin" étant une onomatopée imitant un son discordant et grinçant. Autrefois, on disait aussi "ménétrier" pour qualifier un violoniste de village qui escortait les noces et faisait danser les invités. Et au Moyen-Âge, c'était le ménestrel, un musicien ambulant ou engagé par un seigneur, qui chantait des vers et récitait des fabliaux en s'accompagnant d'un instrument.

Un stradivarius est un violon fabriqué au XVIIème ou au XVIIIème siècle dans l'atelier d'Antonio Stradivari dit "Stradivarius", un luthier italien originaire de la ville de Crémone qui, outre des violons, fabriquait également des violoncelles, des altos et des guitares, tous de qualité exceptionnelle, et dont certains ont survécu à travers les siècles et ont été conservés avec leur montage d'origine.

 

On rencontre le violon dans plusieurs expressions:

-Aller plus vite que les violons: aller trop vite, précipiter les choses, faire des déductions hâtives.

-Accorder ses violons: se mettre d'accord.

-Payer les violons: faire les frais de quelque chose sans en tirer aucun profit. Cette expression a une origine grivoise: entretenir une garce que d'autres personnes voient¹. On trouve dans la comédie-ballet de Molière "La Comtesse d'Escarbagnas" (1671) la tirade suivante: "Je ne suis point d'humeur à payer les violons pour faire danser les autres". Et autrefois, on disait "se donner les violons/avoir les violons de quelque chose" dans le sens de "tirer vanité de quelque chose": il est cruel pour nous d'être en but à la mauvaise intrigue de gens qui, peut-être sans faire des choses merveilleuses, veulent avoir les violons de tout².

-Pisser dans un violon: ne servir à rien. Dans le langage populaire, on emploie généralement l'expression sous la forme de "c'est comme pisser dans un violon" ou "autant pisser dans un violon": on a beau donner son avis, cela est complètement inutile parce que personne n'écoute et n'en tirera de leçon.

-Au XXème siècle, apparaît l'expression "avoir un violon d'Ingres". Jean-Auguste-Dominique Ingres est un peintre français néo-classique né à la fin du XVIIIème siècle et mort en 1867. Plusieurs de ses œuvres, parmi lesquelles "Le Bain turc" et "La Grande Odalisque", sont exposées au musée du Louvre à Paris. Mais Ingres ne faisait pas que de la peinture. Il avait une passion, le violon, à laquelle il se consacrait dès qu'il avait un moment de libre. D'où l'expression "avoir un violon d'Ingres" qui, au départ, désignait le fait, pour un artiste, de pratiquer un art qui n'était pas le sien. Plus tard, le sens de l'expression s'est étendu à toute activité secondaire, pas seulement celle d'un artiste. Mais lorsqu'on parle de "violon d'Ingres", on sous-entend tout de même que notre passe-temps favori est lié à quelque chose d'artistique.

"Le violon d'Ingres" est également le nom d'une photographie de Man Ray, un artiste américain qui vécut à Paris dans les années 1920. La photo, qui date de 1924, représente le dos nu d'une femme, sur lequel figurent les ouïes d'un violon. La femme n'est autre que Kiki de Montparnasse, modèle et égérie du Paris des années folles, qui partagea avec Man Ray une passion amoureuse qui révolutionna la photographie. Les images de leur vie commune à Montparnasse ont fait le tour du monde et sont considérées comme parmi les plus célèbres du XXème siècle.

L'expression "avoir un violon d'Ingres" n'est pas la seule pour parler d'un passe-temps. On peut aussi dire qu'on a un hobby. L'origine de ce mot nous vient d'une formule anglaise, hobbyhorse, qui qualifiait autrefois un jouet constitué d'un long manche de bois muni de rênes au bout duquel se trouvait une tête de cheval. À l'autre bout il y avait parfois des roulettes pour faire avancer le jouet que les enfants chevauchaient en se prenant pour des cavaliers. En référence à ce jeu, un hobby désigne une activité ludique que l'on pratique pour se distraire durant ses loisirs, sans connotation artistique. L'expression "avoir un hobby" s'est répandue largement dans le langage des gens à partir des années 1950, période où les loisirs ont commencé à prendre une part importante dans leur vie.

On peut également avoir un dada. Ce mot est la version française de hobbyhorse, "dada" désignant un cheval dans le langage enfantin. Il s'agit d'une onomatopée reproduisant le bruit du galop d'un cheval. "Dada" a un sens différent de "hobby": davantage qu'un passe-temps, "avoir un dada" véhicule la notion de manie, d'idée fixe, de passion pouvant devenir envahissante, voire obsessionnelle.   

Enfin, il y a la marotte. Autrefois, une marotte était une poupée montée sur un bâton, qui a ensuite été utilisée dans les théâtres de marionnettes. Et encore plus tôt, le mot désignait le sceptre surmonté d'une tête coiffée d'un capuchon coloré et garnie de grelots que brandissait le fou du roi. Pour cette raison, "avoir une marotte" sous-entend que notre occupation préférée a un côté inhabituel, original, excentrique, avec aussi l'idée de manie du dada.

 

Revenons au violon qui, dans le langage familier, par analogie des cordes de l'instrument et des barreaux, désigne la prison située dans un poste de police où  l'on enferme ceux qui sont arrêtés le soir en attendant de les interroger le lendemain. Depuis la fin du XVIIIème siècle, on dit "mettre au violon": mettre en prison. Ou encore: "passer la nuit au violon". Avant le XVIIIème siècle, on disait "mettre au psaltérion". Comme le violon, le psaltérion était un instrument à cordes. Mais il est apparu au Moyen-Âge. Et dans l'expression, il prenait le sens de "psautier", le livre des psaumes en religion. "Psaltérion" et "psautier" ont en effet la même origine étymologique: ils viennent tous deux du latin psalterium. "Mettre au psaltérion" signifiait donc "mettre au psautier", c'est-à-dire en pénitence, dans un endroit où l'on a le temps de méditer sur ses méfaits, de se repentir et de réciter quelques psaumes pour le salut de son âme. Le psaltérion passant de mode au fil des siècles, il a été remplacé par le violon, devenu entre-temps "le roi des instruments"³.

 

¹Antoine Goudin, Curiosités françaises pour supplément aux dictionnaires, 1640.

²Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, 1869.

³Charles Rozan, Petites ignorances de la conversation, Paris, Lacroix-Comon, 1856.

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30/03/2014

Bailler, bâiller, bayer

 

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 Trois verbes qui se ressemblent dangereusement, ce qui prête souvent à confusion.

 

Le verbe "bailler" vient du latin bajulare, "porter sur le dos, porter un fardeau". En ancien français, il s'écrivait baillier. Jusqu'au XIIIème siècle, il a conservé son sens étymologique. Il pouvait aussi, dans certains cas, signifier "gouverner, administrer", tout comme baillir, un verbe synonyme qui existait à l'époque (Littré). Baillir a disparu de notre langage, mais il nous a laissé le mot "bailli" qui, aujourd'hui encore, dans l'Ordre de Malte, est un chevalier revêtu d'une dignité qui le place au-dessus des commandeurs et qui lui donne le privilège de porter la grande-croix. Autrefois, le bailli était un personnage investi de fonctions administratives ou judiciaires. On se souvient du bailli Gessler et de son mât surmonté de son chapeau, devant lequel Guillaume Tell était passé sans y prêter la moindre attention, ce qui lui valut d'être condamné à tirer à l'arbalète dans une pomme posée sur la tête de son fils.

À partir du XIIème siècle, "bailler" acquiert en plus le sens de "donner" qui n'existait pas en latin: on disait "bailler un coup de main" ou "bailler des fonds", d'où est issu notre "bailleur de fonds" actuel qui qualifie, dans le langage du droit, celui qui fournit des capitaux à un particulier ou à une société. Il existe aussi le simple "bailleur" qui est la personne qui donne un bien à bail à une autre partie appelée locataire ou preneur: on possède tous un bail à loyer lorsqu'on loue un appartement. "Bailler" dans le sens de "mettre à disposition", "donner à bail" est aujourd'hui vieilli. À propos de bail, on utilise l'expression familière "cela fait un bail" pour dire "cela fait longtemps": cela fait un bail qu'il n'est pas revenu ici.

Autrefois, il y avait l'expression "vous me la baillez belle/bonne". Littéralement, "vous me la (votre parole) donnez belle/bonne", mais à comprendre ironiquement dans le sens de: vous ne me donnez pas votre belle parole, vous ne me dites pas la vérité. Cette expression est aujourd'hui tombée en désuétude. On dira plus volontiers: vous cherchez à me faire croire quelque chose de faux, vous cherchez à me mentir, à me tromper.

 

***

 

"Bâiller" vient du latin populaire bataculare, dérivé de batare: "tenir la bouche ouverte". Au XIIème siècle, le verbe s'écrivait baailler. La double voyelle allongeait le son, rendant ce verbe proche d'une onomatopée. Et c'est cette voyelle "a" doublée qui a donné notre "â" actuel. Lorsqu'on bâille, on fait involontairement une longue et profonde inspiration en ouvrant la bouche sous l'effet de la fatigue, de l'ennui, de la faim ou du sommeil. Familièrement, on dit "bâiller à se décrocher la mâchoire". Par analogie, "bâiller" signifie aussi "être entrouvert, mal fermé ou mal ajusté": la porte bâille au moindre coup de vent, son col bâille sur son cou. Dorénavant, on ne confondra plus un bailleur avec un bâilleur, même si, naturellement, il peut arriver à un bailleur de bâiller. Concernant le bâillement, Gustave Flaubert le définit ainsi dans son "Dictionnaire des idées reçues": "Bâillement.- Il faut dire: "Excusez-moi, ça ne vient pas d'ennui, mais de l'estomac."

Dans la même famille, il y a le bâillon: morceau d'étoffe que l'on met contre la bouche de quelqu'un pour l'empêcher de parler ou de crier. Au sens figuré, le bâillon est un obstacle à la liberté d'expression. Le verbe "bâillonner" reprend ces deux sens, de même que le bâillonnement qui est l'action de bâillonner.

Le verbe "bâiller" a parfois été utilisé dans le sens de "soupirer après quelqu'un ou quelque chose", "désirer ardemment". Au XVIIème siècle, on trouve dans "L'astrologue qui se laisse tomber dans un puits" de Jean de La Fontaine: "C'est l'image de ceux qui bâillent aux chimères." Et Flaubert a écrit dans "Madame Bovary" (1857): "Pauvre petite femme ! ça bâille après l'amour, comme une carpe après l'eau sur une table de cuisine." Mais cela est une erreur et une confusion avec "bayer".

 

***

 

"Bayer" aussi vient du latin batare, "tenir la bouche ouverte". Au XIIème siècle il s'écrivait baer, puis beer qui a donné le verbe "béer": être largement ouvert. C'est de là que vient l'adjectif "béant". On disait autrefois "béer après quelque chose" dans le sens de "convoiter": béer après les richesses. "Béer" subsiste aujourd'hui sur le plan littéraire dans le sens de "rester la bouche ouverte sous l'effet de certains sentiments" dans des phrases comme "béer d'admiration devant quelqu'un" ou "béer  d'envie, d'étonnement, de curiosité". Dans le langage courant, on préférera l'expression  "rester bouche bée". "Bayer" a exactement le même sens: "Je voulus aller dans la rue pour bayer comme les autres", écrivait dans ses lettres Madame de Sévigné au XVIIème siècle. "Bayer" est en fait une variante de "béer", mais que l'on emploie aujourd'hui uniquement au sens figuré dans la formule familière "bayer aux corneilles": perdre son temps à regarder en l'air niaisement, rêvasser, sous-entendu en ouvrant bêtement la bouche.

Dans le "Dictionnaire provençal-français ou dictionnaire de la langue d'oc"¹, on trouve le verbe badar: badauder, niaiser, regarder en ouvrant la bouche; n'être pas bien fermé, être entr'ouvert; bâiller, ouvrir la bouche pour recevoir les aliments; bayer, être ravi d'admiration.

"Le verbe bader qui se disait autrefois pour "tenir la bouche ouverte", et le mot badelory, par lequel on désignait un niais qui regardait avec ébahissement et la bouche béante, forment avec "badaud" une même famille qui a même origine. L'ancien verbe bader se trouve remplacé aujourd'hui par la locution "bayer aux corneilles", qui s'emploie dans le même sens, et qui rappelle bien, comme "badaud", la figure de l'homme qui va bouche béante et qui regarde d'un air étonné."²

Reste une question: pourquoi parle-t-on de corneilles ? C'est sans doute parce que la corneille est un oiseau banal qui souligne la notion de perte de temps à rêvasser à propos de choses inutiles véhiculée par l'expression. La corneille met aussi l'accent sur le côté niais de cette rêverie: pourquoi, en effet, consacrer du temps à regarder passer un oiseau aussi quelconque ? Comme le précise laconiquement Claude Duneton: "parce qu'elles sont en l'air probablement, et que ça donne l'air encore moins futé."³

 

¹Par S.-J.Honnorat, Digne, Imprimerie de Repos, 1846.

²Charles Rozan, Petites ignorances de la conversation, 5ème édition, Paris, Collection Hetzel, 1869.

³Claude Duneton, La puce à l'oreille, Éditions Stock, 1978.

 

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23/03/2014

La cloche dans tous ses états

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Dans mon billet précédent, je vous parlais du chapeau cloche, porté par les femmes durant les années 1920-1930. Un mois avant Pâques, examinons plus en détail le mot "cloche" et commençons par une histoire qui nous emmène au milieu du XIIIème siècle. L'archevêque de Rouen, qui s'appelait Odon Rigault, avait alors offert à la cathédrale de la ville la cloche la plus immense et la plus lourde des environs dans le but de faire parler de lui. Cette cloche, surnommée par abréviation "la Rigault", demandait de tels efforts de la part des sonneurs qu'ils en ressortaient épuisés et que, pour se requinquer, ils n'avaient pas d'autre choix que d'aller boire des coups jusqu'à plus soif. On disait alors boire "en tire la Rigault": boire en homme qui tire la Rigault. Selon d'autres versions de l'histoire, c'est l'archevêque lui-même qui distribuait du vin à boire aux sonneurs pour leur donner du cœur à l'ouvrage au moment de tirer sur les cordes de la très lourde cloche. Vous l'aurez deviné, c'est cette fameuse cloche qui serait à l'origine de l'expression "à tire-larigot" qui signifie en très grande quantité, principalement en parlant d'alcool. Cette anecdote a été relatée à la fin du XVIIème siècle par Furetière dans son Dictionnaire, parmi d'autres origines possibles de l'expression¹.

 

Le mot "cloche" serait de racine celtique: clocc en ancien irlandais, cloch en gallois, kloc'h en breton. De même origine, on trouve les mots allemands Glocke, "cloche", et Glockenspiel, "carillon", littéralement "jeu de cloches", ainsi que le mot anglais clock, "horloge", de l'ancien anglais clockke, "horloge avec des cloches".

 

On trouve les cloches dans les clochers des églises ou dans les campaniles. Un campanile, contrairement au clocher qui s'élève au-dessus de l'église, est une tour isolée de l'église. Il s'agit d'un mot d'origine italienne, campanile signifiant "clocher" en italien. De fait, il y a beaucoup de campaniles en Italie: la tour de Pise ou le campanile de la basilique Saint-Marc à Venise en sont d'excellents exemples. Mais citons aussi le campanile de la cathédrale de Westminster à Londres et celui de la basilique du Sacré-Coeur à Paris. La tour d'une église peut aussi porter le nom de "beffroi". Un petit clocher est appelé "clocheton".

On rencontre le clocher dans deux expressions:

-Avoir l'esprit de clocher: se montrer exagérément attaché au milieu dans lequel on vit et rejeter tout ce qui est étranger.

-Des rivalités ou des querelles de clocher: des rivalités ou des querelles purement locales.

Dans son "Dictionnaire des idées reçues, suivi du Catalogue des idées chic", Gustave Flaubert définit le clocher en ces termes: "Clocher de village: fait battre le cœur."

 

Une cloche dont le son est particulièrement grave et plein s'appelle "bourdon": le bourdon de Notre-Dame de Paris. Un carillon est un jeu de cloches accordées à différents tons et formant harmonie entre elles: le carillon du Mont des Arts de Bruxelles. Chez les catholiques, les cloches cessent de sonner le jeudi qui précède Pâques en signe de deuil pour la mort du Christ. Selon la légende, elles s'envolent à Rome pour être bénies par le pape et reviennent le jour de Pâques en apportant les œufs.

Il existe de nombreuses expressions en rapport avec la cloche:

-Sonner les cloches à quelqu'un: le réprimander fortement.

-Déménager à la cloche de bois: sans bruit, clandestinement et sans avoir payé son loyer. Comme une cloche de bois ne peut pas résonner, on est certain d'agir en toute discrétion et de ne pas se faire repérer.

-Se taper la cloche: faire un très bon repas. Ici, "cloche" est à comprendre dans le sens argotique de "tête": se remplir de nourriture et d'alcool jusqu'à en avoir tellement mal au crâne que l'on serait prêt à se frapper la tête contre les murs pour faire disparaître la douleur.

-Élever quelqu'un sous cloche: comme une plante fragile, à l'abri de tout contact extérieur.

-Entendre le même/un autre son de cloche: entendre de la même affaire une version semblable ou une version différente.

-Qui n'entend qu'une cloche n'entend qu'un son (proverbe): pour se prononcer équitablement dans un litige, il faut entendre les deux parties.

 

Mais toutes les cloches ne sont pas sonores. Par analogie de forme, et dans un registre totalement différent, il y a aussi la cloche à fromage sous laquelle on place les fromages pour qu'ils se conservent et la cloche de métal qui sert à tenir les plats au chaud (le "dessus-de-plat" ou "couvre-plat" en forme de couvercle est un autre ustensile qui a le même usage). En chimie, une cloche est un vase de verre cylindrique servant à recueillir le gaz ou à isoler un corps dans une atmosphère gazeuse. Une cloche de plongeur est un appareil permettant de travailler sous l'eau. Dans le langage de l'horticulture, une cloche à melon est un abri de verre qui recouvre et protège du froid des plantes ou des semis. Enfin, en botanique, on appelle "clochette" une fleur dont la corolle est en forme de petite cloche: clochette des bois (jacinthe), des blés (liseron), des murs (campanule), d'hiver (perce-neige). On parle aussi des clochettes du muguet.

 

Dans le langage populaire, une cloche est une personne incapable, stupide ou ridicule: c'est une cloche, une pauvre cloche.

 

En Belgique, une cloche est aussi une cloque au pied, une ampoule.

 

La locution "à cloche-pied" signifie que l'on tient un de ses pieds en l'air en sautant sur l'autre: aller, sauter à cloche-pied, comme le font les enfants pour jouer. La locution vient du verbe "clocher": boiter, claudiquer. C'est également de ce verbe que viendrait le mot "clochard". Au sens figuré, le verbe "clocher" signifie "être défectueux", "aller de travers": il y a quelque chose qui cloche, il y a quelque chose qui ne va pas.

En effet, comme le disait si justement Jacques Prévert: "Dans chaque église, il y a toujours quelque chose qui cloche" (Fatras, Éditions Gallimard, 1966).

 

¹Claude Duneton, La puce à l'oreille, Éditions Stock, 1978.

 

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