15/08/2014

À l'hôtel

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Peut-être aurez-vous passé ou passez-vous encore vos vacances d'été dans un hôtel... Historique et explication du mot.


Le mot "hôtel" vient du latin hospitale cubiculum, "chambre pour les hôtes", hospitale étant un adjectif, lui-même issu du substantif hospes, "celui qui donne l'hospitalité ou qui la reçoit". L'évolution  orthographique du mot a été ostel, hostel et enfin "hôtel" au XVIIème siècle. Le mot "hôpital", hospital puis ospital en ancien français, a la même étymologie. En effet, à l'origine, un hôpital était un établissement charitable où l'on accueillait les gens sans ressources pour les entretenir ou les soigner: "L'hôpital général est celui où l'on reçoit tous les mendiants", a écrit Furetière au XVIIème siècle dans son Dictionnaire. Dans la même famille, l'adjectif "hospitalier".

Le latin hospes a bien sûr donné le mot "hôte" (oste, hoste en ancien français) et, peut-être moins évident de prime abord parce que ce mot s'est ensuite détaché par le sens, le mot "otage". Au Moyen Âge, ostage a d'abord signifié "logement, demeure, bail d'une maison": l'expression prendre en ostage voulait dire "loger". Puis le mot a désigné une personne livrée ou reçue comme garantie de l'exécution d'une promesse ou d'un traité, cette personne étant généralement hébergée chez celui auprès de qui elle était envoyée (CNRTL). De là le sens que nous connaissons aujourd'hui.

Au XIIIème siècle, la langue anglaise a emprunté hostel et hostage à l'ancien français, hospital et host au XIVème siècle, puis hotel avec lequel elle a fait motel (Petit Robert).

Au XIème siècle, ostel avait le sens de "demeure, logis". Comme l'hôpital, il s'agissait d'un lieu d'hébergement, notamment pour les chevaliers et les pèlerins. Il existait aussi, dans les grandes villes, les hôpitaux dits "ostels Dieu", "maisons de Dieu", qui recevaient les indigents et qui étaient administrés par l'Église. Dès le XIIIème siècle, les ostels deviennent des endroits où les voyageurs logent et trouvent toutes les commodités du service pour un prix journalier: l'équivalent de nos hôtels actuels.

À partir du XVème siècle, le mot "hôtel" prend le sens de "demeure citadine d'un grand seigneur ou d'un riche bourgeois": l'hôtel particulier est né, ainsi que le maître d'hôtel qui officiait dans ces grandes maisons. Aujourd'hui, ce mot fait référence à la personne qui dirige le service de table dans un restaurant d'une certaine classe. Dans une grande maison, on parle d'un "majordome".

Par extension, le mot "hôtel" désigne aussi une grande bâtisse destinée à un établissement public: un "hôtel de ville" est l'édifice où siège l'autorité municipale dans une grande ville. On utilise également le terme "hôtel de police" pour "commissariat". Et à Genève se trouve "l'hôtel des finances", siège de l'administration fiscale cantonale.


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De nos jours, il existe plusieurs catégories d'hôtels, répertoriés selon un certain nombre d'étoiles. Les hôtels très luxueux sont appelés "palaces", les hôtels plus modestes où les conditions d'hébergement et de nourriture revêtent un caractère informel sont des "pensions" ou des "pensions de famille". Les "chambres d'hôtes" ont actuellement la cote: il s'agit de chambres situées dans la maison d'un particulier. On utilise parfois l'anglicisme bed and breakfast ou B & B pour qualifier ces établissements tenus par un habitant qui accueille chez lui des visiteurs de passage en leur proposant une chambre et le petit déjeuner. Un "boutique-hôtel" est un petit hôtel de charme plutôt chic mais dont les prix restent abordables, qui privilégie le service au client et valorise le patrimoine local.

Une "auberge" est un hôtel ou un hôtel-restaurant, souvent d'une classe élevée, voire luxueuse, mais d'apparence rustique pour ceux qui recherchent un cadre authentique, généralement loin des centres urbains. Certains propriétaires d'établissements ont même repris l'ancien terme hostellerie pour ajouter à l'authenticité du lieu. Pourtant, à l'origine, une auberge était un petit hôtel sans prétention situé à la campagne. Une auberge de jeunesse est un centre d'accueil hébergeant les jeunes pour une somme modique. Enfin, l'expression "on n'est pas sorti de l'auberge" signifie que les difficultés liées à une situation compliquée augmentent au lieu de s'atténuer: http://salem.blog.24heures.ch/archive/2007/08/29/charme-d...


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05/08/2014

Lurette

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Analyse d'un mot qui réserve bien des surprises.


"Il y a belle lurette" signifie "il y a longtemps". Cette locution à la sonorité désuète se décline sous différentes formes: cela fait belle lurette qu'il n'est pas venu ici, je ne l'ai pas rencontré depuis belle lurette. Le mot n'existe aujourd'hui que dans cette locution adverbiale. "Lurette" serait une déformation de "heurette", "petite heure", mot que l'on rencontrait autrefois dans l'expression "il y a belle heurette" qui signifiait précisément "il y a longtemps". Vous aurez noté le procédé consistant à combiner l'adjectif "belle" avec un diminutif de temps pour donner une impression de grande durée, un procédé appartenant au domaine des figures rhétoriques et nommé "litote": on dit le moins pour suggérer le plus. De même, des expressions avec l'adjectif "bon" ou "petit", comme "cela fait un bon bout de temps", "cela fait un bon moment" ou "cela fait un petit moment". En ancien français, "heurette" s'écrivait hurete. Le mot "heurette" comme diminutif de "heure" serait resté vivant dans plusieurs régions françaises, notamment dans le Nord et dans l'Est (CNRTL). La transformation de "heurette" en "lurette" est attestée depuis la fin du XIXème siècle, nous disent les dictionnaires.


Toutefois, bien avant le XIXème siècle, le mot "lurette" semblait posséder une tout autre signification, à savoir la version féminine de "luron", "joyeux compère, bon vivant et/ou hardi en amour", variante de "luronne", mot moins courant que son équivalent masculin. Dans une  "Collection des poètes de Champagne antérieurs au XVIème siècle", on trouve la chanson suivante, appelée "Minuit du premier mai":


Voici le mois de Mai:

Il ne faut plus dormir.

Faut aller voir sa mie

À l'heure de minuit.

Lurette à fin luron !

Lurette à luron fin !¹


À moins qu'il ne s'agisse déjà d'un prénom, comme pour le compositeur Jacques Offenbach plusieurs siècles plus tard. "Belle Lurette" est en effet le nom de son ultime opéra-comique, inachevé et créé le 30 octobre 1880, vingt-cinq jours après sa mort. Dans cette pièce, Lurette est une blanchisseuse qui a l'ambition de devenir duchesse.


Enfin, au XXème siècle, c'est l'écrivain Boris Vian qui a été inspiré par le mot "lurette", au point de lui attribuer deux nouvelles significations. Voici ce qu'il écrit dans la préface de son recueil de nouvelles "Les lurettes fourrées":


L'erreur fondamentale de présentation du dictionnaire apparaît dès l'abord, et théoriquement; malgré ce camouflage maladroit, la lurette révèle sa nature: C'EST LE TEMPS FÉMININ. L'expression correspondant à: il y a belle lurette est évidemment: il y a beau temps.

Le second sens du mot lurette, moins connu, semble tout aussi frappant: la lurette est la femelle de l'écureuil. On ne s'étonnera donc point de la généreuse tentative ainsi hasardée: restituer à la lurette l'une au moins de ces significations tout en en précisant une autre. Il y a belle lurette et belle lurette, assure la sagesse des nations. Entre toutes, la lurette fourrée, que l'on glisse dans les intervalles du temps, s'est révélée douce au toucher.²


***


¹Romancero de Champagne, tome II, Chants populaires, Reims, 1863.

²Marc Lapprand, V comme Vian, Les Presses de l'Université Laval, 2006.


07:15 Publié dans Boris Vian, Culture, Figure rhétorique, Jeux de mots | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Facebook | |

26/07/2014

Tomberez-vous dans le panneau ?

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On dit qu'on tombe dans le panneau lorsque quelqu'un cherche à nous faire croire quelque chose de faux et qu'on lui fait naïvement confiance. On pourrait penser que l'image véhiculée par cette expression consiste à se cogner contre un panneau publicitaire, un panneau de signalisation routière, un panneau solaire ou encore un panneau de porte. Mais cette expression nous vient du XVIIème siècle, date à laquelle la plupart des panneaux qui viennent d'être cités n'existaient pas encore.... Alors, de quel panneau s'agit-il donc ?


Le mot dérive du provençal panel qui possède plusieurs significations: "drapeau d'enfant; petit pain; espèce de selle sans arçons; piège, filet; claie à sécher les châtaignes"¹. Nous avons l'embarras du choix. Mais lorsqu'on sait que le panel qui nous intéresse vient lui-même du latin pannellus, de pannus, "pan", cela nous éclaire davantage. "Pan" dans le sens de "grand morceau d'étoffe, partie flottante ou tombante d'un vêtement". "Tomber dans le panneau" signifie littéralement "tomber dans le piège", autrement dit dans le filet. En effet, autrefois, le panneau était un terme de chasse qui faisait référence à un morceau d'étoffe ou à un filet utilisé pour prendre le gibier: la chasse au panneau.

Aux XIVème et XVème siècles, le mot s'écrivait pannel: "Ma bourse et mon pannel tendrai tant que quelque proie prendrai", écrivait l'auteur de ballades Eustache Deschamps (CNRTL). À noter que le terme est utilisé ici au sens figuré, la proie convoitée par le poète n'étant pas du genre à vivre dans les bois.

Et voici une définition complète de ce panneau prisé par les chasseurs, avec au passage l'explication d'un autre terme de chasse:


Le panneau n'est qu'une petite pantière, dans laquelle bondissent les lièvres ou les lapins pour s'y prendre. Il en existe de merveilleusement pratiques, en fil de soie, contenues dans un sac dorsal et accompagnées des piquets et des ficelles nécessaires à les installer sur le sol.

La pantière est un filet très long qui barre tout un espace - en général repéré et où passeront les oiseaux - vertical d'abord et qu'on fait, à l'aide d'une commande de ficelle placée loin, s'abattre sur le gibier.²


Les pantières sont encore utilisées de nos jours en France,  majoritairement au Pays basque, pour la chasse à la palombe.


Revenons à l'expression "tomber dans le panneau" avec la fable "L'ours et les deux compagnons" de Jean de la Fontaine, dans laquelle il emploie la variante suivante:

Seigneur Ours, comme un sot, donna dans ce panneau.

La Fontaine reprend ici la formule provençale dounar dins lou panel.


Et dans "L'oracle et l'impie", il écrit:

Apollon reconnut ce qu'il avait en tête:

Mort ou vif, lui dit-il, montre-nous ton moineau

Et ne me tends plus de panneau;

Tu te trouverais mal d'un pareil stratagème.

Je vois de loin, j'atteins de même.


***


¹Dictionnaire provençal français ou dictionnaire de la langue d'oc, par S.-J.Honnorat, Digne, Imprimerie de Repos, 1847.

²Claude Duneton, La puce à l'oreille, Éditions Stock, 1978.



17:32 Publié dans Culture, Jean de La Fontaine, Jeux de mots, Latin, Provençal | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | |