18/02/2015

Chou

 

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En légume ou en pâtisserie, un mot qui a beaucoup à nous raconter.


Le mot "chou" vient du latin caulis, "tige des plantes, chou". "Chou" fait partie des mots se terminant par "ou" dont le pluriel est caractérisé par un "x" et non pas par un "s". Dans cette liste de mots on trouve aussi, par ordre alphabétique tel qu'on l'apprend à l'école, les mots "bijou", "caillou", "genou", "hibou", "joujou" et "pou". Ajoutons le mot "ripou", verlan de "pourri", démocratisé par le film "Les Ripoux" de Claude Zidi sorti en 1984 et figurant depuis dans les dictionnaires.


En tant que légume, le chou comprend plusieurs variétés qui se déclinent sous différents noms, en voici quelques-uns parmi les plus courants: chou blanc, chou vert, chou rouge que l'on consomme cuit ou cru, râpé en salade ou macéré dans du vinaigre, chou-fleur, chou-navet, chou-rave, chou de Bruxelles qui est le bourgeon comestible de la plante, chou frisé, chou cabus ou chou pommé dont le feuillage est lisse.

Un grand nombre d'expressions et de locutions se rapportent au chou:

-Avoir les oreilles en feuilles de chou: avoir les oreilles larges et très décollées. C'est à cette particularité physique que Serge Gainsbourg se réfère sans la nommer directement, dans son album "L'homme à tête de chou" sorti en 1976.

-Faire ses choux gras de quelque chose: faire ses délices ou tirer profit de quelque chose. Autrefois les légumes, et notamment les choux que l'on préparait sous forme de soupe, immortalisée par le roman de René Fallet "La soupe aux choux", roman repris au cinéma sous le même nom, étaient le plat des pauvres qui n'avaient pas les moyens de s'offrir de la viande. Si les choux sont gras, c'est qu'on les a cuisinés avec de la graisse, un bon morceau de lard par exemple, d'où le sens d'"améliorer son ordinaire" ou de "se régaler" véhiculé par l'expression.

-Être dans les choux: être dans une mauvaise posture, dans l'embarras, dans une situation pénible, notamment une situation d'échec. En effet, il faut voir dans cette expression une "paronomase pour « échouer ». Le chou, le légume, compte moins ici que le mot « chou », qui coïncide phonétiquement avec « échouer »."¹ Une paronomase est une figure de style consistant à employer dans une même phrase des mots dont les sons sont à peu près semblables, mais le sens différent, de manière à capter l'attention du lecteur. Et on qualifie de "paronymes" deux mots qui diffèrent par le sens, mais dont la graphie ou la sonorité sont très proches, de sorte qu'ils sont susceptibles d'être confondus lorsqu'on les lit ou qu'on les entend: accès/excès; dépasser/dépenser; tronquer/truquer, etc. Dans notre expression: les choux/échouer. Une paronomase est donc constituée de deux paronymes: tout accès de fureur est le signe d'un excès; se dépenser pour mieux se dépasser; tronquer une partie d'un texte, c'est truquer sa signification.

-Faire chou blanc: échouer, rater son coup. "Il semble bien que cette vieille locution n'ait rien à voir avec la plante nommée chou, mais qu'elle soit empruntée au jeu de quilles, où l'on disait d'un joueur qui n'avait rien abattu qu'il avait fait « coup blanc », coup se prononçant « choup » en dialecte berrichon."² Cette expression dériverait de la précédente "être dans les choux".

-Ménager la chèvre et le chou: user d'adresse et de diplomatie pour se conduire entre deux partis ou deux adversaires de manière à ne blesser ni l'un ni l'autre. "Dans cette curieuse locution, il faut comprendre le verbe ménager, non pas dans le sens actuel d'épargner, mais dans celui qu'il avait autrefois de « conduire, diriger » — que l'anglais a conservé sous la forme quasi internationale de manager et management. Une « bonne ménagère » est étymologiquement celle qui dirige bien les affaires de sa maison. C'est donc « conduire la chèvre et le chou » qu'il faut entendre à l'origine de l'expression, ces deux antagonistes ancestraux, prototypes du dévoreur et du dévoré, du faible et du fort, du couple dominant-dominé qui a toujours besoin d'un arbitre, d'un gardien, d'un législateur. Il faut être habile pour faire cohabiter ces deux ennemis, ou les emmener en voyage. Une histoire fort ancienne illustre la difficulté de leur « conduite »: c'est le fameux problème du passage d'un loup, d'une chèvre et d'un chou. Un homme doit faire traverser une rivière à ces trois « personnages », mais le pont est tellement étroit, ou la barque si frêle, qu'il ne peut en passer qu'un seul à la fois. Bien sûr, il ne saurait à aucun moment laisser ensemble sans surveillance ni le loup avec la chèvre, ni la chèvre avec le chou ! Il doit donc faire appel à une astuce particulière, sujet de la devinette, et vous pouvez mettre la sagacité de vos amis à l'épreuve de ce classique qui a fait la joie de nos aïeux. Solution: on passe d'abord la chèvre, le loup et le chou restant seuls ne se feront aucun mal. On la laisse de l'autre côté et on revient « à vide » chercher le chou. Une fois celui-ci sur l'autre rive — c'est là l'astuce — on ramène la chèvre avec soi. On la laisse seule à nouveau, pendant que l'on fait traverser le loup que l'on ré-abandonne avec le chou, mais sur l'autre bord. On a alors tout le loisir, dans un aller-retour supplémentaire, d'aller rechercher la chèvre, afin que les trois protagonistes se retrouvent sans dommage sur la rive opposée, en compagnie de leur habile gardien."³

-Prendre le chou: déranger, énerver, excéder quelqu'un. Dans cette expression, le mot "chou" est à comprendre dans le sens argotique de "tête". On peut d'ailleurs aussi dire: prendre la tête à quelqu'un. Et on dit d'une personne stupide qu'elle "n'a rien dans le chou". Une personne intelligente, elle, "en a dans le chou". Pour d'autres synonymes de "tête", voir: http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc....

-C'est bête comme chou (comprenez: bête comme un chou): c'est très facile, c'est une chose extrêmement simple à réaliser. Le chou est un légume banal, que tout le monde connaît et reconnaît, d'où le sens de l'expression. Formules synonymes: c'est enfantin, c'est un jeu d'enfant.

-Une feuille de chou: un journal de mauvaise qualité, qui a peu d'importance. Là aussi, le sens de l'expression se rapporte à la banalité du chou, à son manque de valeur. On peut aussi qualifier de "canard" un mauvais journal, généralement d'actualités. Cela viendrait du fait qu'autrefois, le mot "canard" était un surnom péjoratif donné aux personnes trop bavardes qui aiment cancaner. Par extension, et par allusion aux journalistes qui relaient les évènements, le mot a ensuite été donné au journal. Et au XVIIIème siècle, on appelait "canard" une "fausse nouvelle lancée par la presse pour abuser le public" (CRNTL), une "rumeur" dans le langage d'aujourd'hui.

-Rentrer dans le chou à/de quelqu'un: attaquer quelqu'un, physiquement ou verbalement, provoquer un affrontement. L'expression fait sans doute allusion au fait de frapper quelqu'un à la tête.

-Un (petit) bout de chou: un petit enfant. Autrefois, on disait aux enfants qu'ils naissaient dans les choux. L'origine de cette expression pourrait venir de là. Un bout de chou: littéralement, un petit enfant issu d'un chou. De là aussi pourrait dériver le terme de tendresse "mon chou, mon petit chou": mon chéri. Dans cet emploi, on trouve le féminin "choute": ma choute, ma chérie. Redoublement expressif de "chou", un "chouchou" ou une "chouchoute" est le/la préféré(e) dans un groupe: c'est la chouchoute de la maîtresse. Dans la même famille, le verbe "chouchouter" signifie "choyer particulièrement": ses parents l'ont trop chouchouté. En revanche, "chou" en tant qu'adjectif serait la forme abrégée de l'adjectif "chouette": c'est chou, comme tu es chou/te, comprenez "c'est chouette", "comme tu es chouette".

Et voici trois expressions anciennes que l'on utilise plus rarement:

-Ne pas valoir un trognon de chou: n'avoir aucune valeur.

-Aller à travers choux: agir avec étourderie.

-Aller planter ses choux: se retirer à la campagne ou quitter la vie active, prendre sa retraite.

-Envoyer quelqu'un planter ses choux: congédier, renvoyer quelqu'un.


En Belgique, on dit "c'est chou vert et vert chou" pour "cela revient au même". Expressions synonymes: c'est kif-kif, c'est blanc bonnet et bonnet blanc.


Par analogie de forme, le chou est également un petit gâteau rond soufflé et souvent garni de crème. On appelle notamment "croquembouche" une pièce montée formée de petits choux à la crème caramélisés: http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc.... Un chou parsemé de sucre perlé est une "chouquette". Salé, le chou prend le nom de "gougère": il s'agit d'un plat bourguignon à base de fromage râpé assez corsé comme du comté ou du gruyère. Toutes ces spécialités sont à base d'une "pâte à choux" composée de farine, d'eau ou de lait et de beurre. Son nom d'origine serait "pâte à chaud" et elle serait née en Italie. "Vers 1540, un certain Pantarelli, dit Popelini, entremettier de la suite de Catherine de Médicis, aurait introduit en France la « pâte à chaud », desséchée sur le feu, à partir de laquelle il avait mis au point un délicieux gâteau, le popelini (ou « popelin »). En fait, la première recette française de la pâte à choux revient à Lancelot de Casteau qui l'utilise à la fois en « paste de bugnolle » — ses beignets sont frits dans le beurre comme c'était l'usage au XVIIe — et pour confectionner des petits choux" (Annie Perrier-Robert, Dictionnaire de la gourmandise, Éditions Robert Laffont, S.A., Paris, 2012).


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¹Marc Fumaroli, Le livre des métaphores, Éditions Robert Laffont Bouquins, 2012.

²Maurice Rat, Dictionnaire des locutions françaises, Éditions Larousse, 1957.

³Claude Duneton, La puce à l'oreille, Éditions Stock, 1978.


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08/02/2015

Crisser, grincer, grincheux

 

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Quelque chose qui crisse produit un son aigu de frottement, le plus souvent désagréable: faire crisser les pneus d'une voiture dans un virage, gravier qui crisse sous les pas, craie qui crisse sur le tableau noir. Dans un registre auditif plus plaisant, les cigales, les grillons et les sauterelles aussi crissent en frottant leurs ailes.

Le verbe "crisser" est intransitif: il ne peut pas être suivi d'un objet direct, sauf s'il est précédé du verbe "faire". C'est le cas également pour le verbe "grincer", proche de "crisser": impossible en effet de grincer quelque chose, c'est toujours quelque chose qui grince ou que l'on fait grincer. "Grincer", forme nasalisée de l'ancien verbe grisser, lui-même doublet de "crisser" (CNRTL), c'est émettre un son aigre en serrant les dents les unes contre les autres sous l'action de l'agacement, de la douleur ou de la colère: grincer des dents. On peut aussi "crisser des dents", mais cela se dit moins couramment. Dans le langage médical, la tendance à grincer des dents pendant le sommeil ou par habitude maniaque s'appelle "bruxisme" ou "bruxomanie". Pour autre chose que les dents, "grincer" équivaut à produire un son aigu et prolongé, pénible pour les oreilles: porte qui grince. Enfin, tout comme le verbe "crisser", "grincer" aussi possède son animal: on dit que la chauve-souris grince lorsqu'elle crie.

Autrefois, le verbe "grincher" était synonyme de "grincer". Cet emploi est aujourd'hui vieilli, mais il reste l'adjectif "grincheux" qui qualifie quelqu'un qui est d'humeur maussade et revêche, "grincheux" signifiant littéralement "qui grince facilement des dents". Synonymes: acariâtre, grognon, hargneux. En Suisse romande, on utilise le régionalisme "gringe" ou "grinche". "La forme gringe domine largement dans les cantons de Vaud, du Valais, de Genève et de Neuchâtel; grinche est la forme la plus fréquente dans les cantons de Berne et du Jura, mais on la relève aussi sporadiquement dans les cantons de Vaud, de Fribourg et de Neuchâtel."¹

Au Québec, c'est le terme "marabout" qui désigne une personne de mauvaise humeur, désagréable et irritable: le matin, il/elle est très marabout. Cette acception du mot viendrait de la deuxième partie du XIXème siècle où "marabout" était un terme populaire qui définissait un homme laid et mal bâti (Petit Robert). Dans le Glossaire du Morvan; étude sur le langage de cette contrée comparé avec les principaux dialectes ou patois de la France, de la Belgique wallonne, et de la Suisse romande par Eugène de Chambure (1878), on retrouve le mot "marabou": "Petite marmite sur trois pieds et en fonte. Le « marabou » morvandeau n'a point d'anse. D'où vient ce terme ? Acceptera-t-on pour cet humble ustensile de la plus humble des cuisines l'explication donnée pour le « marabou » à anse dans lequel on fait chauffer de l'eau ? A-t-il été appelé ainsi parce qu'il ressemble à un petit temple rustique desservi par un marabout ! Ce serait bien ingénieux. En rouchi on appelle « marabou » un gros homme trapu. Verra-t-on dans cette qualification le portrait du desservant ?"

Revenons au verbe "crisser", et repartons pour le Québec où ce verbe, dérivé du juron "Christ !", juron d'origine religieuse comme d'ailleurs beaucoup de jurons québécois², possède une autre signification que la nôtre dans le langage populaire, avec en plus un emploi transitif: "envoyer, jeter, rejeter". Crisser quelqu'un dehors: mettre quelqu'un à la porte. Crisser une claque à quelqu'un: donner une claque à quelqu'un. On peut aussi utiliser ce verbe pronominalement: "se crisser de quelque chose" ou "s'en crisser", c'est se foutre royalement d'une situation.

Terminons sur une note étymologique et historique: "crisser" viendrait de l'ancien bas francique kriskjan, "pousser un cri strident, grincer des dents", que l'on peut déduire du moyen néerlandais crîscen, crijsscen et du moyen bas allemand krischen, krisken (CNRTL). Le francique était la langue parlée par les Francs, un peuple germanique apparu au moment des grandes invasions barbares. Lors de la dernière vague de ces invasions, entre 486 et 511, les Francs de Clovis conquièrent la Gaule. À l'Empire romain disparu en Occident en 476, succède une mosaïque de royaumes barbares dont un seul a survécu, celui des Francs, qui a donné son nom à la France et aux Français. Le francique, en revanche, est une langue qui s'est éteinte au VIIIème siècle.

Le dictionnaire Littré, quant à lui, voit dans l'origine du verbe "crisser" une simple onomatopée.


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¹Dictionnaire suisse romand, particularités lexicales du français contemporain, conçu et rédigé par André Thibault, Éditions Zoé, 1997.

²Citons entre autres "tabarnac !" ou "tabarnak !" (tiré de "tabernacle") et "câlice !" qui fait bien sûr référence au calice de la religion catholique.


19/01/2015

La vache !

 

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Un animal bien de chez nous, qui est aussi présent dans de nombreuses expressions et locutions.


Le mot "vache" vient du latin vacca. Dans la même famille, le mot "vaccin", dérivé de "vaccine" dans "variole vaccine", "variole de la vache", variola vaccina en latin, de vaccinus, "qui appartient à la vache": une épizootie semblable à la variole humaine et dont le virus inoculé à l'être humain le prémunit contre cette maladie. C'est le scientifique et médecin anglais Edward Jenner qui, à la fin du XVIIIème siècle, fut le premier à pratiquer ces inoculations car il avait remarqué que les patients ayant eu la vaccine, une maladie bénigne pour l'homme appelée cowpox en anglais, étaient relativement protégés contre la variole humaine. Le vaccin contre la variole était né, ainsi que le mot. En latin la vache se disant vacca et la vaccine vaccina, Edward Jenner décida de nommer sa nouvelle technique vaccination. C'est à partir du début du XIXème siècle qu'en français le mot "vaccin" prend le sens général d'"inoculation".

En Suisse, c'est le médecin Louis Odier qui œuvra à la popularisation de la vaccination contre la variole. Après avoir décroché son doctorat en médecine à Édimbourg en 1770, il vécut à Londres où il eut l'occasion d'observer la variole et les effets de son inoculation sur des patients.

Dans le "Dictionnaire des idées reçues" de Gustave Flaubert, rédigé à partir de 1850 et paru en 1913, on trouve sous l'entrée "vaccine" la définition suivante: "Ne fréquenter que des personnes vaccinées."


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Ce sont les Romains qui ont introduit les bovins de petite taille dans l'espace alpin après la conquête de la Gaule. C'est là l'origine de la vache d'Hérens, dont descendent d'autres races primitives comme l'évolène en Suisse romande ou la pustertaler dans le Tyrol du Sud.


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En patois vaudois, le terme modze ou modzon qualifie une génisse, un modzet désigne un gros veau et un modzeni est un berger d'alpage.


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La vache se décline dans un grand nombre d'expressions, locutions et proverbes:

- Le plancher des vaches: la terre ferme, par opposition à la mer et au ciel.

- Vache à lait: personne que l'on exploite, qui est une source de profit pour une autre.

- Pleurer comme une vache: pleurer beaucoup.

- Être gros comme une vache: être très gros.

- Il pleut comme vache qui pisse: il pleut très fort.

- Comme une vache regarde passer un train: avec un air absent ou stupide.

- Queue-de-vache (adjectif): d'un blond jaunâtre ou roux passé. Des cheveux queue-de-vache.

- Donner des coups (de pied) en vache: se comporter de manière hypocrite, agir en traître contre quelqu'un.

- Montagne à vaches: montagne accessible aux vaches et donc comportant peu, sinon aucun dénivelé dangereux susceptible de causer des chutes.

- Manger de la vache enragée: endurer de grandes privations, une grande misère. "Il est défendu de manger de la chair des animaux atteints d'épizootie ou mordus par un chien enragé. Les pauvres, privés de tout, ne tiennent pas toujours compte de cette défense, et pour manger de la viande, ils mangent même de la vache enragée. — Ce n'est pas sans raison que dans ce proverbe on a dit vache et non pas bœuf: les pauvres et les gens de la campagne ne mangent presque jamais autre chose que la vache."¹

- Parler français comme une vache espagnole: parler très mal le français. Cette expression qui date de la première moitié du XVIIème siècle serait une déformation de "parler français comme un Basque espagnol": "On a altéré le texte de cette comparaison proverbiale en y substituant vache à Vace, ancien nom par lequel on désignait un habitant de la Biscaye, soit française, soit espagnole; et la substitution s'est faite d'autant plus aisément que les deux mots étaient presque homonymes dans le vieux langage, où vache se disait vacce. Ainsi, parler français comme une vache espagnole, c'est proprement parler français comme un Vace, ou Basque, espagnol; ce Basque-là étant jugé le plus inhabile à s'exprimer en français."²

- Une vache n'y trouverait pas son veau: se dit d'un endroit où règne un grand désordre. Synonyme: une chatte n'y retrouverait pas ses petits.

- Ça lui va comme un tablier à une vache: ce vêtement ou cette coupe de cheveux ne lui va pas du tout.

- Chacun son métier, les vaches seront bien gardées (proverbe): si chacun se mêle de ses propres affaires, les choses iront bien mieux.

- La vache ! On utilise cette exclamation pour exprimer son étonnement, son admiration ou son indignation.

- Mort aux vaches ! Cette expression daterait de la fin du XIXème siècle. "Sur les guérites des gardes-frontières allemands était écrit en grosses lettres un WACHE (garde en allemand) prompt à décourager toute tentative d'incursion en Allemagne. Peu avant la Première Guerre mondiale, les Français qui habitaient à la frontière allemande, firent alors la confusion, en un temps où les deux pays voisins ne s'aimaient pas beaucoup. Le wache devient bientôt vache et l'on ne se priva pas dès lors d'apostropher les plantons de Guillaume II en ces termes. Tout au long du XXème siècle, on utilisa plus volontiers l'expression pour insulter les agents de police et de gendarmerie."³ En effet, cette expression devint le cri de guerre des antimilitaristes et des anarchistes sous la forme d'une injure lancée contre les corps de métier représentant l'autorité.


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Par métaphore, le mot "vache" est employé pour désigner une personne méchante, sans doute à cause des coups de corne que cet animal est capable de donner, d'où la locution "peau de vache". "Vache" peut aussi être employé comme un adjectif équivalent à "méchant": c'est vache de sa part d'avoir agi de cette manière. Suivant le contexte, cet adjectif peut revêtir le sens de "difficile, pénible": c'est vache, ce qui lui arrive. La formule "amour vache" décrit, le plus souvent par plaisanterie, une relation où il y a davantage de disputes, voire de coups, que de moments de tendresse. "Vachard" est un autre adjectif signifiant "méchant", mais qui véhicule en plus la connotation d'être volontairement blessant: des remarques vachardes. Une "vacherie", au sens premier "étable à vaches", est une parole ou une action méchante: faire une vacherie à quelqu'un. On peut aussi dire: jouer un tour de cochon à quelqu'un. Enfin, il y a l'adverbe "vachement" qui signifiait anciennement "durement, méchamment" et qui, aujourd'hui, dans le langage familier, a pris le sens intensif, admiratif de "beaucoup, très": elle est vachement belle, il nous aide vachement.

La vache symbolise également la passivité et l'indolence, d'où le verbe "(s')avachir", "être incapable de produire le moindre effort": il/elle est avachi/e dans son canapé. Ce verbe peut aussi s'appliquer à des étoffes ou à des vêtements qui se sont déformés et affaissés par l'usage: cette veste commence à s'avachir. Au Québec, on dit "s'évacher": se tenir mal assis, s'affaler; lézarder, perdre son temps.

Enfin. il existe le verbe pronominal "se vacher" qui possède deux significations: "s'attacher" dans le langage de l'alpinisme et, en parlant d'un parachutiste, d'un planeur ou d'un ULM, "arriver au sol dans un endroit non prévu pour cela, faire un atterrissage forcé".


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En guise de conclusion, citons l'une des vaches les plus célèbres du grand écran: Marguerite dans "La vache et le prisonnier" de Henri Verneuil, un film sorti en 1959 avec Fernandel, qui raconte les aventures d'un prisonnier de guerre traversant l'Allemagne pour retourner en France en 1943.

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¹Charles Rozan, Petites ignorances de la conversation, Lacroix-Comon, Paris, 1856.

²Pierre Marie Quitard, Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes, P.Bertrand libraire-éditeur, Paris, 1842.

³Gilles Henry, L'habit ne fait pas le moine, Éditions Points, 2006.