28/05/2016

Sésame

arabian%20nights.jpgLe sésame est une céréale originaire d'Afrique et d'Asie, connue depuis l'Antiquité. On utilise ses graines pour faire de l'huile, délicieuse dans une salade ou sur du poisson cru. Rôties, les graines de sésame peuvent être utilisées pour décorer toutes sortes de plats et de pâtisseries, tout en rehaussant leur goût: un filet de thon en croûte de sésame, par exemple, est un mets exquis. Il est également courant de retrouver des graines de sésame parsemées sur du pain. Broyées et additionnées d'un peu d'eau, elles donnent une purée appelée "tahin" ou "tahini", très appréciée dans la cuisine orientale. Dans le registre sucré, le "halva" est une confiserie orientale faite de farine, d'huile de sésame, de miel, de fruit et d'amandes ou de pistaches.

Au sens figuré, le mot "sésame" désigne une méthode appropriée visant à franchir une étape ou à surmonter un obstacle dans le but d'accéder à un niveau supérieur: la connaissance de langues étrangères est un sésame pour l'emploi; la maturité professionnelle est le sésame vers les hautes écoles.

Ce sens particulier du mot "sésame" nous vient de l'histoire "Ali Baba et les quarante voleurs", tirée des "Mille et une nuits", un recueil de contes traduits du persan en arabe aux alentours du IXème siècle et introduits en Europe au début du XVIIIème siècle par l'académicien Antoine Galland qui les traduisit en français. En réalité, l'histoire d'Ali Baba ne figurait pas dans les manuscrits initiaux des "Mille et une nuits". Il s'agit d'un récit, probablement d'origine syrienne, ajouté aux "Mille et une nuits" par Antoine Galland lui-même, qui enrichit également les manuscrits originaux avec l'histoire d'"Aladin ou la lampe merveilleuse" et celle de "Sinbad le marin".

Dans "Ali Baba et les quarante voleurs", Ali baba emploie la formule magique "Sésame, ouvre-toi !" pour parvenir à entrer dans une caverne remplie de trésors accumulés par les voleurs, d'où le sens particulier du mot "sésame" que nous avons vu plus haut. Synonymes: passeport, ticket. Un héritage familial n'est pas nécessairement un passeport pour la réussite; cette équipe de football a décroché un ticket pour la finale. On remarquera que la "caverne d'Ali Baba" elle-même s'est transformée en expression. Elle désigne un endroit contenant toutes sortes d'objets de grande valeur: ce magasin d'antiquités est une vraie caverne d'Ali Baba.

Pourquoi la formule incantatoire d'Ali Baba contient-elle du sésame ? Il semblerait que cela soit dû au fait que les gousses contenant les graines de sésame éclatent et s'ouvrent lorsqu'elles arrivent à maturité. Cela pourrait aussi venir du fait qu'autrefois, le sésame avait la réputation de posséder toutes sortes de vertus nutritionnelles et médicinales, et qu'il constituait donc un véritable "trésor" pour qui les utilisait en cuisine ou comme remède. Cela est toujours le cas aujourd'hui: la médecine ayurvédique considère le sésame comme symbole d'immortalité. 

L'association entre les céréales et la richesse est assez courante, on la retrouve dans des expressions comme "avoir du blé", "manger son blé en herbe", "avoir de l'oseille" et "avoir du foin dans ses bottes". Ces expressions conservent les traces d'une époque où la richesse, liée à l'agriculture, se mesurait à la quantité de céréales qu'on pouvait engranger.¹

-Avoir du blé/de l'oseille: avoir de l'argent. "Avoir du blé" appartient au registre argotique et "avoir du blé" au registre familier. On peut aussi dire "avoir du pognon", de l'ancien français poigner, "saisir avec la main", dont il nous reste le substantif familier "pogne", "main": serrer la pogne à quelqu'un.

Au Québec, le verbe "pogner" est utilisé dans le langage populaire avec une multitude de significations qui varient selon les contextes. En voici quelques-unes, la liste est loin d'être exhaustive. 1. Pour marquer l'acte d'attraper, de choper quelqu'un ou quelque chose: pogner quelqu'un par le bras. 2. Pour marquer l'acte de prendre quelqu'un sur le fait, de le pincer: pogner quelqu'un à tricher. 3. Pour indiquer que l'on comprend quelque chose, dans le sens de "piger": pogner une blague. 4. Dans le sens d'"émouvoir": ce film m'a pogné aux tripes. 5. "Être victime": j'ai encore pogné la grippe cette année. 6. "Avoir du succès": un film, un disque qui pogne. 7. "Attacher, coller", en parlant d'un aliment: les pâtes ont pogné au fond de la casserole.

-Manger son blé en herbe: dépenser de l'argent que l'on n'a pas encore reçu. L'image est celle du cultivateur qui mangerait son blé avant qu'il n'arrive à maturation, le blé n'acquérant de valeur qu'une fois mûr.

-Avoir du foin dans ses bottes: avoir beaucoup d'argent en réserve. "Pour un paysan, le foin engrangé pendant l'hiver était indispensable à la possession d'un troupeau dont il tirerait profit l'année suivante."² Certes, mais pourquoi du foin "dans les bottes" ? Autrefois, en hiver, les paysans mettaient de la paille dans leurs sabots pour avoir moins froid. Ceux qui pouvaient se permettre le luxe de les fourrer avec du foin, plus difficile à récolter, donc ayant plus de valeur, étaient forcément plus riches que les autres.³ L'expression joue certainement aussi sur le double sens du mot "botte", à la fois "botte de foin", meule de foin, et "bottes" dans le sens des chaussures: seuls les plus aisés avaient en effet les moyens de s'offrir des bottes au lieu de sabots. L'expression fait donc sans doute, indirectement, également allusion aux officiers et aux soldats qui, contrairement aux paysans trop pauvres, portaient des bottes.

 

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¹Par les mots et les textes, Mélanges de langue, de littérature et d'histoire des sciences médiévales offerts à Claude Thomasset, Études réunies par Danielle Jacquart, Danièle James-Raoul et Olivier Soutet, Paris, PUPS, 2005.

²Bernard Pivot, 100 expressions à sauver, Éditions Albin Michel, 2008.

³Claude Duneton, La puce à l'oreille, Éditions Stock, 1978.

11:26 Publié dans Cuisine; gastronomie, Culture, Québec | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |

08/05/2016

Foie, foi

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Dans mon dernier billet, nous avons vu le mot "fois". À ne pas confondre avec le foie, qui lui-même n'a rien à voir avec la foi ! Analyse de ces deux homonymes.

 

Chez l'être humain, le foie est l'organe annexé au tube digestif et situé dans la partie supérieure droite de l'abdomen. Le mot "foie" vient du latin ficatum, "foie d'oie engraissée avec des figues", ficatum dérivant lui-même de ficus, "figue" (Dictionnaire Gaffiot latin-français, 1934).

On retrouve le foie dans deux expressions:

-Crise de foie: trouble digestif. Plus grave, une "hépatite" est une inflammation du foie.

-Avoir les foies: avoir peur. Pourquoi le mot "foie" est-il ici utilisé au pluriel ? Ce pluriel indique en fait un autre organe du corps humain. Autrefois, les poumons étaient appelés "foies blancs", par opposition au vrai foie, de couleur rouge sombre, et on disait "avoir les foies blancs". La couleur rouge symbolisant le courage et la force, le blanc symbolisait la peur et la lâcheté. Au fil des siècles, une ellipse a raccourci l'expression tout en lui conservant son sens.¹ Dans le même registre, l'expression "ne pas avoir de sang dans les veines": http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc....

Pour d'autres expressions synonymes d'"avoir les foies": http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc....

 

Le foie est aussi présent dans la mythologie grecque avec Prométhée, condamné par Zeus à être attaché sur le mont Caucase et à avoir chaque jour le foie dévoré par un aigle.

 

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 Elsie Russell, Prometheus (1994).

 

Nous utilisons le foie de certains animaux pour notre consommation: une tranche de foie de veau ou de génisse, des foies de volaille, l'huile de foie de morue. On peut aussi manger le foie sous la forme d'une terrine ou d'un pâté. On retrouve ce dernier dans l'expression familière "avoir les jambes en pâté de foie": se sentir très faible (http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc...).

Le "foie gras" est un foie hypertrophié, obtenu par le gavage d'oies ou de canards, et qui constitue un mets recherché, notamment pendant les fêtes de fin d'année.

 

Par analogie de forme et de couleur, "foie-de-boeuf" (pluriel: foies-de-boeuf), "langue de bœuf" ou encore "fistuline" sont les différents noms d'un champignon comestible à chapeau épais et rouge.

 

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Le mot "foi" vient du latin fides, "foi, confiance; promesse, assurance, parole donnée". Parmi les mots de cette famille, l'adjectif "fidèle", littéralement "digne de foi", ou encore l'adjectif perfide, "qui trahit la foi", et les substantifs "confiance" et "confidence", l'adjectif "confidentiel", les verbes "se confier", "se défier", "se fier" et "se méfier", ainsi que l'adjectif "fiable". On trouve aussi dans cette famille des termes juridiques comme "affidavit", "fidéicommis", "fiduciaire" ou "fiducie". L'anglais a emprunté faith à l'ancien français fei, feid, feit, et to defy à l'ancien français defier, desfier (Online Etymology Dictionary). Enfin, toujours dans la même famille, l'italien fidenza.

 

La foi désigne la croyance en une religion. Avoir la foi; perdre la foi; avoir la foi chancelante. Dans un sens plus large, le terme "foi" désigne aussi le dogme lui-même, la religion: la foi chrétienne, la foi musulmane; prêcher la foi; répandre la foi. L'expression "n'avoir ni foi ni loi", comprenez "n'avoir ni religion ni morale", signifie qu'une personne est capable des pires actions: il/elle est sans foi ni loi.

 

Hors du contexte religieux, la foi est la confiance que l'on a en quelqu'un ou en quelque chose: une personne digne de foi (digne de confiance); un témoin digne de foi (que l'on peut croire sur parole). Ce sens du mot "foi"  est présent dans deux expressions:

-Avoir foi/avoir une foi totale en quelqu'un ou en quelque chose: avoir confiance en quelqu'un ou en quelque chose. Avoir foi en l'avenir (espérer en l'avenir). Verbe synonyme d'"avoir foi": se fier. Je me fie à ses paroles.

-Ajouter foi à quelqu'un ou à quelque chose: croire, considérer comme crédible. Cette expression appartient au registre soutenu. Nous ne pouvons pas ajouter foi aux déclarations du suspect.

 

Le mot "foi" possède également le sens de "assurance donnée de tenir sa parole, sa promesse": un homme de peu de foi. Mais cet usage tend à être vieilli. Aujourd'hui, on dira plutôt: un homme/une femme qui ne tient pas ses engagements. Autrefois, on ponctuait ses propos en disant "par ma foi" ou "sur ma foi" pour les affirmer. C'est de là que vient la locution actuelle "ma foi", équivalente à "certes" ou "en effet": ma foi oui; c'est ma foi vrai. Autrefois, on disait aussi "foi de gentilhomme" ou "foi d'honnête homme" lorsqu'on faisait une promesse que l'on ne pouvait pas rompre sans risquer le déshonneur. Aujourd'hui, nous utilisons l'expression "parole d'honneur": je te donne ma parole d'honneur.

 

Dans le langage juridique, la foi prend le sens de "témoignage, assurance, preuve". On la retrouve dans trois expressions:

-Sur la foi: sur la foi des témoins, en se fondant sur leurs témoignages, leurs déclarations.

-Faire foi: démontrer la véracité, prouver. Ces déclarations ne peuvent faire foi contre lui/elle (ne peuvent constituer une preuve contre lui/elle). Cette expression a été transposée dans le langage courant avec "le cachet de la poste faisant foi": lorsqu'il existe une date limite pour un envoi, la date indiquée sur le cachet apposé par la poste fait office de preuve.

-En foi de quoi: en se fondant sur ce qui vient d'être lu. Cette formule figure au bas de certains documents. Elle atteste qu'une personne a bien pris connaissance d'un document avant de le signer.

Par extension, la "bonne foi" est la qualité de quelqu'un qui parle avec sincérité ou agit avec une intention droite. Ici, la "foi" représente la franchise, l'honnêteté, la loyauté, la sincérité. Prouver sa bonne foi; en toute bonne foi (en toute sincérité); abuser de la bonne foi de quelqu'un. L'expression "être de bonne foi" signifie que l'on est sincère et que l'on dit ce que l'on croit être vrai, même si la réalité est autre. Dans le langage juridique, la "bonne foi" est la conviction erronée que l'on agit conformément au droit, par ignorance ou à la suite d'une tromperie: occupant/possesseur de bonne foi. Par opposition, la "mauvaise foi" qualifie la déloyauté, la duplicité, la perfidie. Être de mauvaise foi: affirmer un propos que l'on sait faux, mais que l'on continue à clamer comme étant la vérité pour éviter d'avoir à reconnaître que l'on a tort.

 

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¹Gilles Guilleron, À la file indienne, origines d'une nouvelle ribambelle d'expressions populaires, Éditions First-Gründ, Paris, 2010.

09/12/2015

La marmite

 

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Marmite à trois pieds du XIXème siècle. 

 

Analyse du mot "marmite" ou comment, au fil des siècles, un adjectif s'est transformé en substantif. Et un mot d'actualité à Genève où la fête de l'Escalade commencera ce vendredi pour se prolonger durant tout le week-end: l'occasion de déguster les fameuses marmites en chocolat.

 

Le mot "marmite" possède une étymologie surprenante. À l'origine, en ancien français, on trouve l'adjectif marmite, "hypocrite", mot composé du radical onomatopéique "marm-" évoquant un murmure et de mite, "chat", animal qui a depuis toujours une réputation de fourberie. L'évolution sémantique s'explique par le fait que la marmite est un récipient profond et fermé par un couvercle qui cache son contenu aux curieux (CNRTL).

On retrouve le radical "marm-" dans des verbes comme "marmonner" et "marmotter". Quant au mot mite, on le retrouve dans "mistigri" (miste comme variante de mite), "mitaine" (par allusion à la fourrure qui recouvre les pattes du chat) et "emmitoufler" (du moyen français mitouflé, "qui porte des mitaines", mitouflé étant lui-même un croisement de "mitaine" et de l'ancien français emmouflé, "enveloppé de moufles, embarrassé"). 

 

Une marmite sert à faire bouillir de l'eau ou à faire cuire des aliments. Outre un couvercle, elle est munie de deux anses que l'on peut aussi appeler "oreilles". Autrefois, ce récipient avait trois pieds. Synonymes: "cocotte" (marmite en fonte), "fait-tout" ou "faitout" (ustensile en terre ou en métal) et "casserole" (de forme cylindrique et équipée d'un manche court). La "Cocotte-minute", ou "autocuiseur", ou encore "marmite de Papin", du nom de son inventeur français au XVIIème siècle, est hermétiquement close par un couvercle, ce qui permet de cuire les aliments sous haute pression. En Belgique elle est appelée "marmite à pression" ou "casserole à pression", et en Suisse romande "marmite à vapeur".

Le terme "marmite norvégienne" désigne un procédé consistant à retirer sa marmite ou sa cocotte du feu pour la placer dans un réceptacle isolant, de manière à garder les aliments au chaud ou dans le but de les laisser finir de cuire en économisant de l'énergie. Le principe est le même que celui d'un thermos.

On ne confondra pas la "marmite norvégienne" avec l'"omelette norvégienne", le dessert glacé à l'intérieur et chaud à l'extérieur. Là encore il est question de corps isolant, mais provoquant l'effet inverse, puisque la couche de meringue extérieure a pour fonction de neutraliser la chaleur et d'empêcher que la glace qui se trouve au cœur du dessert ne se mette à fondre. L'omelette norvégienne apparaît dans le roman "La nausée" de Jean-Paul Sartre, publié en 1938, mais sous un autre nom: "Ma rage se démenait à la surface et pendant un moment, j'eus l'impression pénible d'être un bloc de glace enveloppé de feu, une omelette-surprise."

La marmite a donné lieu à l'expression "nez en pied de marmite", c'est-à-dire un nez large du bas et retroussé.

 

Par métonymie, le mot "marmite" fait référence, non pas à l'ustensile de cuisine, mais à son contenu: une marmite de pot-au-feu, de soupe. Autrefois, on nommait "marmitée" le contenu d'une marmite. Au restaurant, une "marmite" est un aliment cuit et servi dans un bouillon: la marmite du pêcheur. "La petite marmite est une sorte de pot-au-feu de culotte, plat-de-côtes, abatis de volaille, etc., et divers légumes, dont le bouillon, dégraissé, est servi avec les abats et des croûtes."¹ Restons dans le restaurant, en compagnie du "marmiton": jeune aide-cuisinier à qui l'on donne à faire les basses besognes. Synonyme péjoratif: gâte-sauce (ce terme s'applique également à un cuisinier médiocre). Au XIXème siècle, un marmiton était aussi appelé "tournebroche", du nom de sa fonction.

Au sens figuré, en tant que symbole de nourriture, la locution "faire bouillir la marmite" signifie "assurer la subsistance de toute une famille".

Pour l'anecdote, "il y eut longtemps à Paris, rue des Grands-Augustins, un traiteur à l'enseigne de La marmite perpétuelle, dont Grimod de La Reynière vantait beaucoup les chapons au gros sel, qu'on y trouvait toujours chauds".² Grimod de La Reynière (1758-1837), avocat de formation, devint célèbre durant le règne de Napoléon Ier pour son amour de la gastronomie. Aux côtés de Brillat-Savarin, il est considéré comme l'un des pères fondateurs de la gastronomie occidentale moderne.

 

Par analogie de forme, une "marmite de géant(s)", ou "marmite du diable", qualifie une cavité circulaire creusée dans le lit d'un cours d'eau par l'érosion tourbillonnaire de blocs de roches dures, graviers, galets, etc.

 

Enfin, pendant la Première Guerre mondiale, une "marmite" désignait un obus de gros calibre. Et le verbe "marmiter" signifiait "bombarder".

 

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¹& ²Dictionnaire de l'académie des gastronomes, Éditions Prisma, Paris, 1962.

Concernant la fête de l'Escalade, voici le lien vers mon billet écrit il y a deux ans: http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc...

 

06:58 Publié dans Belgique, Cuisine; gastronomie, Culture, Jean-Paul Sartre, Suisse romande | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook | |