05/09/2014

Fumez-vous le cigare ?

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Un cigare est un petit rouleau de feuilles de tabac préparé pour être fumé. Le mot est emprunté de l'espagnol cigarro, mot lui-même tiré soit du maya zicar, "fumer", soit de l'espagnol cigarra, "cigale", par analogie de forme et de couleur (CNRTL). Cette prétendue ressemblance est controversée, mais cette dernière option paraît crédible: "La plante de tabac ayant été introduite en Espagne, en Andalousie, à Séville, on l’aurait particulièrement cultivée dans les vergers et les jardins attenants aux maisons, généralement appelées cigarrales, endroits où chantent et bruissent les cigales. Ainsi, par une voie détournée, le nom de cigares aurait été donné à la feuille de tabac roulée, mais nullement à cause de la prétendue ressemblance du cigare avec le corps de la cigale ! Ce qui semble donner quelque vraisemblance à cette origine, c’est que cigare, quand on a commencé à user de ce terme, était du « féminin ». Il y en a plusieurs exemples. Chateaubriand, dans son Itinéraire de Paris à Jérusalem, en 1811, a écrit : « Je lui présentai une cigare, il fut ravi et me fit signe de fumer avec lui. »"¹

Certains cigares ont investi la langue française avec des noms bien spécifiques. Un "havane" est un cigare réputé, composé de tabac originaire de Cuba. Un "londrès" est également un cigare cubain, fabriqué à l'origine spécialement pour les Anglais. En argot, un gros cigare est appelé "barreau de chaise". Un petit cigare est un "cigarillo", un "ninas" ou un "señorita" (respectivement "petit cigare", "petites" ou "mademoiselle" en espagnol).

Il existe tout un vocabulaire autour du cigare, du nom des boîtes où on les conserve jusqu'aux images qui ornent ces boîtes. Concentrons-nous sur quelques mots qui évoquent de manière imagée les différentes parties d'un cigare: la "cape" ou la "robe" qualifient l'enveloppe extérieure du cigare, le "pied" est l'extrémité par laquelle on l'allume, la "tête" est l'extrémité du cigare que l'on tient en bouche et le "purin" est le dernier tiers du cigare. Si vous souhaitez en savoir davantage, vous pouvez consulter ce glossaire tout à fait intéressant: http://lecigare.ch/contents/fr/d27.html

Le cigare est indissociable de nombreuses personnalités, parmi lesquelles Georges Sand, la première femme à avoir osé fumer un cigare en public, Jean-Luc Godard ou Jacques Dutronc. Mais le personnage amateur de cigares le plus connu reste Winston Churchill qui a déclaré: "Le secret de ma forme ? Je bois beaucoup, je dors peu et je fume cigare sur cigare."


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Au sens figuré et familièrement, le terme "cigare" prend le sens de  "tête":  avoir mal au cigare, recevoir un coup sur le cigare, se creuser le cigare, n'avoir rien dans le cigare. Cela vient du mot "coupe-cigare" qui qualifie l'instrument permettant de couper le bout fermé d'un cigare avant de l'allumer et qui, autrefois, dans le vocabulaire argotique, décrivait la guillotine. Plusieurs autres mots que "cigare" servent à décrire la tête: quelqu'un qui n'a rien dans le cigare n'aura rien non plus dans le bocal, la caboche, la cafetière, le caillou, la carafe, le carafon, le cassis, la cervelle, le chou, le ciboulot, le citron, la citrouille, la coloquinte, le crâne ou la tirelire.

 

En Belgique, "cigare" a le sens particulier de "remontrance, réprimande, engueulade": donner, passer un cigare à quelqu'un, recevoir un cigare. Chez nous, on emploie des expressions comme "sonner les cloches à quelqu'un" ou "lui passer/donner un savon". Aux XVIIème et XVIIIème siècles, on disait "savonner la tête à quelqu'un" (CNRTL) et "(bien) savonner quelqu'un"². L'image à l'origine de toutes ces expressions viendrait des lavandières d'autrefois. Deux explications s'offrent à nous. 1. Après avoir lavé leur linge, les lavandières le frappaient à grands coups de battoirs pour l'essorer. 2. Le lavoir était un lieu plein de vie où les discussions, les cancans, les médisances et les disputes étaient monnaie courante.


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¹Georges Dubosc, Cigares et cigarettes (1926), collection électronique de la Médiathèque André Malraux de Lisieux.

²Dictionnaire de l'Académie française, 1762 et 1765.

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18/07/2014

Un cousin peut en cacher un autre

B2439.jpgOn appelle cousins ou cousines les enfants et les descendants de personnes qui sont frères et sœurs. Des cousins germains ont un grand-père ou une grand-mère en commun: on parle aussi de cousins à la première génération. Les cousins issus de germains sont les cousins à la deuxième génération ou au deuxième degré, et ainsi de suite. Voilà pour le sens strict du mot. Le film "Cousin cousine" de Jean-Charles Tacchella, sorti en 1975, relate ce rapport familial particulier. Dans son "Dictionnaire des idées reçues", Gustave Flaubert nous prévient: "Conseiller aux maris de se méfier du petit cousin."

Par extension, un cousin peut aussi être une personne liée à une autre par une parenté plus ou moins lointaine dont on ne connaît pas forcément les origines. On parle alors d'un "cousin éloigné". Quant au fameux "cousin du Canada", on ne sait jamais vraiment d'où il sort... Et dans l'argot des banlieues françaises qui est souvent repris chez nous par les jeunes, "cousin" a simplement le sens d'"ami", de "personne proche", sans que cette personne appartienne à la famille au sens classique du terme. Il existe aussi le cousin "à la mode de Bretagne". Cette formule, aujourd'hui comprise comme ironique et servant à décrire un cousin éloigné dont la parenté est difficile, voire impossible à établir, faisait référence au XVIIIème siècle en Bretagne aux cousins germains: une appellation spécifique à cette région française pour expliquer ce lien de parenté. Ainsi, un oncle à la mode de Bretagne était le cousin germain du père ou de la mère, une nièce à la mode de Bretagne était la fille d'un cousin germain ou d'une cousine germaine. Quant au fameux cousin, il s'agissait du fils d'un oncle ou d'une tante à la mode de Bretagne, c'est-à-dire le fils d'un cousin germain ou d'une cousine germaine du père ou de la mère.

L'expression familière "le roi n'est pas son cousin" désigne aujourd'hui une personne qui est très prétentieuse. Mais à l'origine, cette expression n'avait pas du tout le même sens. On disait "si telle chose m'arrivait, le roi ne serait pas mon cousin" pour dire "je m'estimerais plus heureux que le roi".


Sous l'Ancien Régime, "cousin" était le titre que donnait le roi à quelques hauts personnages. Voici une définition complète: "En France, le Roi dans ses Lettres traite de Cousins, non-seulement les Princes de son sang, mais encore plusieurs Princes étrangers, les Cardinaux, les Pairs, les Ducs, les Maréchaux de France, les Grands d'Espagne, & quelques Seigneurs du Royaume."

À la même époque, il existait le proverbe: "Tous Gentilhommes sont cousins, et tous vilains sont compères."¹


Trois mots appartiennent à la même famille: "cousinade", "cousinage" et "cousiner":

Une cousinade est une réunion festive de personnes descendant d'un ancêtre commun. Ce mot est récent, il date du milieu des années 1990.

Le mot "cousinage", lui, est très ancien puisqu'il est apparu au XIIème siècle. Il est aujourd'hui désuet. On l'employait autrefois pour parler du lien existant entre des cousins et, par extension, de l'ensemble de la parenté proche ou lointaine: ils avaient invité tout le cousinage.

Le verbe "cousiner" date du XVIIème siècle et signifie au sens premier "entretenir des relations avec des cousins": ce sont des cousins avec qui l'on ne cousine plus. Dans ce sens-là, ce verbe aussi est aujourd'hui vieilli. De nos jours, il signifie "avoir des relations amicales avec quelqu'un, s'entendre bien avec lui" et appartient au registre littéraire. On préférera utiliser des verbes  plus courants tels que "copiner" ou "fréquenter". Autrefois, "cousiner" pouvait prendre le sens familier de "rendre visite à des gens plus riches que soi pour vivre quelque temps chez eux": "Comment peut-il vivre avec si peu de biens ? Il va cousiner chez l'un, chez l'autre."²


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Le deuxième sens du mot "cousin", c'est le moustique fin et allongé équipé de longues pattes qui vit principalement dans les régions humides. Autrefois, "par un mauvais jeu de mots" nous précise le Dictionnaire de l'Académie française de 1835, "être mangé de cousins" ou "avoir toujours des cousins chez soi" signifiait "avoir souvent chez soi des parasites qui se disent cousins ou amis". Et on utilisait le terme familier "chasse-cousin", lui aussi jouant sur le double sens du mot, pour parler d'un "mauvais vin et d'autres choses propres à éloigner les parasites: il leur a donné du chasse-cousin".

Pour se protéger des cousins, là nous parlons sans ambiguïté des insectes, on entourera son lit d'une moustiquaire. Jadis, on disait aussi "cousinière", mot qui a disparu de notre vocabulaire.


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On rencontre le troisième et dernier sens de "cousin" dans le jargon des policiers: "Indicateur de police, qu'on appelle aussi quelquefois tonton. Un film d'Alain Corneau de 1997, avec Patrick Timsit, porte ce titre."³ Synonymes: balance, indic. Un film français de Bob Swaim sorti en 1982 avec Nathalie Baye est d'ailleurs intitulé "La Balance".


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¹&²Dictionnaire de l'Académie française, 1765.

³Pierre Merle, Dictionnaire du français qui se cause, Éditions MILAN, 2004.


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02/06/2014

La dèche

 

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La dèche, dans le langage populaire, c'est le manque d'argent, qu'il soit temporaire ou que l'on soit vraiment dans la misère. On dit: être/tomber dans la dèche, anciennement "battre la dèche". Du côté des exclamations: c'est la dèche, quelle dèche ! Le mot date de la première moitié du XIXème siècle. Au départ, "dèche" avait le sens de "perte au jeu" et, dans l'argot des détenus, de "dénuement"  (CNRTL).

L'étymologie du mot est controversée. "Dèche" pourrait venir de "déchoir", "tomber dans un état inférieur à celui où l'on était", qui a aussi donné "déchéance" et "déchet". "Dèche" pourrait aussi dériver directement de "déchéance" par apocope, avec le passage du "é" au "è" et la suppression de l'accent sur le dernier "e" pour des raisons de prononciation. En linguistique, l'apocope est l'élision d'un ou plusieurs phonèmes à la fin d'un mot, ce qui donne lieu à des abréviations: "télé" est formé par apocope à partir du mot "télévision". Autres exemples d'usage courant: ciné(ma), auto(mobile), métro(politain), vélo(cipède). Le contraire de l'apocope est l'aphérèse qui consiste à retrancher un ou plusieurs phonèmes au début d'un mot: (auto)bus, (auto)car, (Sé)Bastien, (amé)ricain.

Il existe une autre origine, non pas étymologique mais historique. Le mot "dèche" serait né d'une erreur de prononciation au XIXème siècle dans un contexte théâtral, comme le mot "pataquès" que l'on a vu il y a quelques mois¹:

 

Un certain Hann, tambour-major au Cirque-Olympique, voulait devenir acteur; on lui accorda de prononcer une courte phrase dans une pièce où, habillé en tambour-major de la garde, il se faisait réprimander par Napoléon.

L'homme devait dire: "Quelle déception, mon Empereur !" Mais il était allemand, sa prononciation surprit et l'on entendit, à la première: "Quelle dèche, mon Empereur". Le public qui applaudit à ce qu'il croyait être une trouvaille d'auteur fit le reste et reprit l'expression.²

 

Le mot "déchard" qualifie un "homme dans la dèche, la misère, sans pour autant être devenu clochard. Une femme sera, dans ce cas de figure, une décharde."³ Synonyme: purotin. Le mot est issu de "purot", "fosse à purin" dans le langage de l'agriculture, avec ajout du suffixe populaire "in".

 

L'expression "être dans la dèche" n'est pas la seule pour exprimer le manque d'argent. On peut aussi dire (toutes ces expressions appartiennent au langage populaire ou familier):

-Être fauché (comme les blés).

-Être raide.

-Être à sec.

-Être dans la débine, de "débiner": décrier, dénigrer

-Être dans la purée. L'exclamation "purée !" signifie littéralement "misère !"

-Être dans la mouise. Au XIXème siècle, la mouise désignait une "soupe de basse qualité" ou "soupe économique" (CNRTL). Le mot viendrait d'un dialecte du sud de l'Allemagne, Mues, "bouillie". En allemand, Mus veut dire "compote de fruits" ou "purée" et, de même origine, notre "muesli" ou "musli", Müesli, Birchermüesli ou Birchermues en suisse allemand, Müsli en allemand, littéralement "petite purée".

-Toujours dans le registre des aliments qu'il n'est pas nécessaire de mâcher longuement: être dans la panade. "Panade", du provençal panada: "sorte de mets fait de pain émietté et longtemps mitonné dans du bouillon; mie de pain mise sur de la viande; à Carpentras, tourte aux herbes. De pan et de ada, faite avec du pain."

Aujourd'hui, en cuisine, la panade est une soupe faite avec des croûtes de pain mijotées dans du lait et enrichies de beurre et de jaunes d'œufs. On appelle aussi comme cela l'appareil à base d'eau, de beurre, de farine et de sel qui constitue la première étape de fabrication de la pâte à choux, avant l'incorporation des œufs. En Belgique, le terme "panade" renvoie à un repas pour bébé composé de fruits ou de légumes écrasés, l'équivalent de notre "compote".

 

"Dans la dèche à Paris et à Londres" ("Down and out in Paris and London") est le titre d'un livre autobiographique de George Orwell paru en 1933, dans lequel il décrit la misère de l'époque à travers sa vie vagabonde ponctuée de petits boulots mal payés.

 

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¹http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc...

²Gilles Henry, L'habit ne fait pas le moine, petite histoire des expressions, Éditions Tallandier, 2003.

³Pierre Merle, Nouveau dictionnaire de la langue verte, Éditions Denoël, 2007.

Dictionnaire provençal français ou dictionnaire de la langue d'oc, par S.-J.Honnorat, Digne, Imprimerie de Repos, 1847.