20/02/2020

Fi !

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En janvier nous avons examiné le mot "if". Passons maintenant à l'onomatopée "fi" qui n'est plus employée dans le langage courant, mais qui a survécu dans une locution.

 

Autrefois, "fi !" était une interjection exprimant la désapprobation, le dédain, le mépris ou le dégoût: Fi ! Que c'est mauvais ! On disait aussi "fi donc !" pour accentuer le fait de trouver indigne et méprisable d'avoir telle ou telle attitude ou de souscrire à telle ou telle idée, comme dans cet extrait tiré de Stendhal ("Le rouge et le noir", 1830):

"Julien était fort embarrassé, il ne savait comment se conduire, il n'avait pas d'amour du tout. Dans son embarras, il pensa qu'il fallait oser, il essaya d'embrasser Mathilde. "Fi donc !" lui dit-elle en le repoussant."

 

Autre interjection familière, désuète aussi, pour exprimer le dégoût ou le mépris: pouah ! Ce mot apparaît pour la première fois en 1668 dans "George Dandin ou le mari confondu", de Molière, orthographié "poua":  "Oh ! la farouche, la sauvage ! Fi, poua ! La vilaine, qui est cruelle" dit Lubin à Claudine. Vous aurez remarqué que Molière n'hésite pas à combiner "fi" et "poua" pour rendre la réplique plus cinglante.

 

De nos jours, en particulier pour exprimer un dégoût concernant la nourriture, nous disons "berk" ou "beurk".

 

Au Québec, les gens disent "ouache !" Intégré dans le vocabulaire québécois au XVIIème siècle, ce mot désignait la cache de certains animaux sauvages comme les castors, les ours ou les orignaux. Cet usage s'est perdu au fil du temps, et maintenant les Québécois emploient couramment "ouache" comme exclamation de dédain ou de dégoût.

On ne confondra pas "ouache" avec "houache" qui désigne le "sillage d'un navire en marche". On peut aussi dire "houaiche".

 

Revenons à notre mot "fi". La comédie "L'intervention" de Victor Hugo, écrite en 1866, débute par une scène de dispute, et avec le mot "fi" échangé entre Edmond, fabricant d'éventails, et sa femme Marcinelle, couturière:

-Fi, la jalouse !

-Fi, le jaloux !

 

Aujourd'hui, le mot "fi" se retrouve dans la locution "faire fi de quelque chose": il a fait fi de mes conseils. Comprenez: il n'a pas tenu compte de mes conseils. Dans l'usage moderne, l'idée du mépris a disparu: "faire fi" se rapproche de "dédaigner" au sens de "rejeter".

 

(Si vous aimez le théâtre, ne manquez pas "L'intervention" à l'Étincelle, Maison de quartier de la Jonction, 18 bis avenue de Sainte-Clotilde à Genève, du 29 avril au 2 mai prochains à 20h00 (relâche le 1er mai), où j'aurai le plaisir de jouer le rôle du baron de Gerpivrac: https://mqj.ch/etincelle/)

16:53 Publié dans Culture, Molière, Québec, Théâtre, Victor Hugo | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Facebook | |

Commentaires

Quelle bonne idée ! Je sortirai de mon terrier pour aller voir cette Intervention au théâtre !!

Écrit par : Marmotte savante | 20/02/2020

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Je suis ravi, chère Marmotte savante!

Écrit par : Olivier | 20/02/2020

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Oui mais, d'où vient ce fi et quelle est son étymologie ?

Écrit par : Géo | 15/03/2020

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Géo, je le dis dans le texte de présentation: "fi" est une onomatopée exprimant le mépris, la répugnance ou le dégoût.

Écrit par : Olivier | 15/03/2020

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Et cela vous suffit ? Cela vient d'où, ce fi ?

Écrit par : Géo | 16/03/2020

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Géo, la plupart des dictionnaires parlent simplement d'"onomatopée" pour l'étymologie du mot "fi", mais j'ai réussi à trouver cette explication dans Le Petit Robert, qui me semble judicieuse: "fi" pourrait venir du latin "fimus", "fumier".

Écrit par : Olivier | 16/03/2020

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Fumier, si proche de foi... L'étymologie n'est pas une science.

Écrit par : Géo | 16/03/2020

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Il faut croire que c'est universel, Monsieur Géo, puisqu'en mandarin ça se dit «呸 !».
Prononcer «pēi» sur le ton de la confidence, pour que ça ne passe pas pour une vulgarité.

Écrit par : rabbit | 23/03/2020

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Bonjour,
Des tréfonds du confinement, là où je me morfonds, en vieux con, finement, ou plutôt bêtement, je m’essaie à l’écriture pour emplir mes jour finissants.

DE TOUTES LES MATIERES, C'EST L'OUACHE QUE JE PRéFERE

Sur la jetée, en main une palette de gouache
Je m’essaie à reproduire la longue houache
D’un vieux bateau fumant quittant son port d’attache
Esquif, coquille de noix, ancienne patache.
Et, à l’horizon, le vol de quelques bernaches
Qui, sur le ciel bas et menaçant, se détachent.

Ma toile n’est couverte que de quelques taches,
Vite ! Il faut absolument que je cravache,
Que pinceau à la main, je peigne sans relâche
Et qu’avant la pluie, mon travail jamais ne lâche
Mais zut ! Sans attendre, fissa, faut que je bâche,
Flûte !... Le temps se gâte vilain. Oh, la vache !

Voilà grand vent et que tombe méchante drache*.
Vite fait, il faut que je regagne mon ouache
Tanière d’ours et de vieux birbe à moustagache
Que des gens BCBG traitent de ganache,
Et pire, d’ancêtre ronchon et sans panache.
Sans dire bonjour, lui font « Fi ! » ou encore « Ouache ! »

Bien, enfin voilà ! Ils voulaient que je me cache.
Et que, bientôt peut-être, je porte une mordache**
Puisqu’il ne sert à rien de porter la rondache***,
Contre le COVID... Non, ça ne vaut rien ! Macache !

* Pluie battante (régionalisme du Nord et de Belgique)
** Bâillon imposé aux moines qui avaient enfreint la règle du silence.
*** Bouclier rond

Écrit par : L'Amertume | 17/04/2020

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Fichtre ! Quelle bouillabaisse ! On en persiflerait...

Écrit par : Géo | 17/04/2020

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Monsieur Géo,

Quel plaisir de vous "réentendre"! Et toutes mes félicitations au vieux blogueur ayant gardé cette mémoire sans faille et cette lucidité sans borne. (ou l'inverse peut-être ?)
Se souvenir de mes patronyme et surnom, quelle honneur faites à un vieillard cacochyme, vieille ganache pleine d'amertume !
Il est vrai que Bouille abaisse le niveau d'un blog de haute tenue culturelle où les mots s'enchaînent sans chaîne ni sifflement désagréable.
(Désolé, je ne peux m'en empêcher, c'est un vilain et très ancien virus qui me ronge, mais qui, lui, n'est point transmissible)

Avec mes meilleures salutations.

Écrit par : L'Amertume | 18/04/2020

En effet, Géo a des moments de lucidité défiant les pronostics des médecins ! Moi, je n'avais rien compris à ses propos décousus, les mettant sur le compte d'une mauvaise oxygénation de son cerveau. Ceci dit, et par les temps qui courent, nous sommes heureux de voir l'un des grands ancêtres de ces blogs apparaître sous forme de commentaire plutôt que de notice nécrologique.
Tenez bon, nous vaincrons car nous sommes les plus vieux !

Écrit par : rabbit | 18/04/2020

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