18/11/2019

Clef ou clé ?

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D'où viennent ces deux orthographes ?

 

"Clef" est l'orthographe ancienne, "clé" est l'orthographe moderne. Le mot "clef" est apparu vers la fin du XIème siècle. Il vient du latin clavis, "barre de fermeture, verrou". À l'origine, "clef" était synonyme de clavus, "clou", car la serrure primitive consistait en un clou ou une cheville passé dans un anneau. "Clef/clé" appartient à un groupe de mots dérivant du latin claudere, "fermer". Le verbe "clore", par exemple, est issu de la même famille. Et on retrouve cette idée de fermeture avec des mots comme "clavicule" (du latin clavicula, littéralement "petite clef/clé") ou "conclave" (Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française, Les Dictionnaires Le Robert-SEJER, 2011).

 

Au fil des siècles, le pluriel "clefs" serait devenu "clés" car l'addition d'un s au f final gênait à l'écrit. Et par la suite, c'est du pluriel "clés" que serait né le singulier "clé". Aujourd'hui, les deux orthographes peuvent être employées indifféremment, l'orthographe ancienne "clef" étant toujours couramment utilisée. Mais on préférera écrire "clés" au pluriel, bien que certains écrivains contemporains continuent à écrire "clefs": "En me réveillant, je me suis rendu compte que j'avais vomi sur la moquette. La soirée touchait à sa fin. J'ai dissimulé les vomissures sous un tas de coussins, puis je me suis relevé pour essayer de rentrer chez moi. Alors, je me suis aperçu que j'avais perdu mes clefs de voiture" (Michel Houellebecq, Extension du domaine de la lutte, Éditions Maurice Nadeau, 1994). Précisons que le f de "clef" ne se prononce jamais, aussi bien au singulier qu'au pluriel.

 

Une "clé", c'est tout d'abord la "pièce métallique servant à ouvrir ou à fermer une serrure": la clé d'une porte, d'une armoire, d'un cadenas. L'expression "clés en main" signifie "prêt à l'usage": louer une maison clés en main. En Belgique, on dit "clé sur porte". L'expression "mettre la clé sous la porte" signifie "quitter sa maison, souvent sans prévenir", et, par extension, "abandonner son commerce à la suite de déboires financiers": mes affaires vont mal, je ne vais pas tarder à mettre la clé sous la porte. Et la locution "la clé des champs" est synonyme de "liberté", notamment dans l'expression "prendre la clé des champs": s'en aller, s'enfuir, s'évader.

 

Dans le sens d'"ouvrir", mais au sens figuré, la "clé" est ce qui permet d'accéder à quelque chose ou ce qui permet d'expliquer, de comprendre quelque chose: la ténacité est la clé de la réussite; ce dialogue est la clé du roman.

 

La "clé" est aussi ce qui est très important, dont le reste dépend: une position clé (une position essentielle), un témoin clé, un mot clé (on peut aussi écrire "position-clé", "témoin-clé" ou "mot-clé"). De là nous vient la "clé" musicale, "signe de référence placé au début de la portée, sur l'une des lignes, pour indiquer la hauteur des notes inscrites (clé de sol, de fa, d'ut). Cette clé musicale a donné la locution figurée "à la clé" signifiant "avec quelque chose à la fin de l'opération": il y a une récompense à la clé.

 

Du sens premier d'"ouvrir" ou de "fermer" dérivent toute sortes d'outils servant à tendre ou à détendre, à serrer ou à desserrer, à monter ou à démonter certaines pièces (écrous, vis), à maintenir certains assemblages. Parmi ces outils, citons la "clé anglaise" ou "clé à molette", la "clé plate" ou encore la "clé universelle".

 

En musique, la "clé" est la "pièce mobile qui commande l'ouverture ou la fermeture des trous d'un instrument à vent": les clés d'une clarinette.

 

En architecture, il y a la "clé de voûte": pierre placée à la partie centrale d'une voûte, et qui maintient les autres pierres.

 

Enfin, la "clé" se rencontre en judo: la "clé de bras" est le nom d'une prise par laquelle on immobilise son adversaire.

21:08 Publié dans Architecture, Belgique, Culture, Latin, Musique, Orthographe | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |

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