30/04/2018

Chabrot, chabrol

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Analyse d'un mot qui n'existe que dans deux expressions.

 

L'expression "faire chabrot" ou "faire chabrol" est d'origine paysanne, et propre au sud-ouest de la France. On "fait chabrot" lorsqu'on finit sa soupe ou son bouillon en y versant du vin rouge, et en buvant à même l'assiette. Pour savoir quand il est temps de faire chabrot, on place une cuillère renversée au fond de son assiette. Si la soupe ou le bouillon est au même niveau que le dos de la cuillère, on peut verser le vin.

 

Pour connaître la différence entre la soupe et le bouillon: http://salem.blog.24heures.ch/archive/2007/07/27/olivier-....

 

Le mot "chabrot/chabrol" appartient à la famille étymologique du mot "chèvre". Notre expression rappelle la façon dont les chèvres lapent leur eau, comme certains finissent leur soupe en buvant dans leur assiette à grandes goulées.

 

La chèvre apparaît dans quelques expressions et un proverbe:

-Vin à faire danser les chèvres: vin mauvais et acide.

-Devenir chèvre: s'énerver, perdre patience, perdre la tête. En référence au comportement de l'animal, réputé pour ses accès de violence brusque. Et "faire devenir chèvre quelqu'un", c'est "faire enrager quelqu'un". En Suisse romande, on utilise l'expression "faire chevrer" pour dire "faire enrager". "Littré et Larousse du XXème siècle donnent chevrer au sens de s'agiter comme une chèvre, s'impatienter; le mot disparaît ensuite des dictionnaires courants. Le verbe n'est pas usité en ce sens en Suisse romande et ne s'emploie qu'avec faire."¹

-Grimper comme une chèvre: être très agile lorsqu'il s'agit de gravir une pente escarpée. On parle aussi d'un "sentier de chèvre": un sentier difficile à gravir.

-Ménager la chèvre et le chou: user d'adresse pour se conduire, entre deux partis ou deux adversaires, de manière à ne blesser ni l'un ni l'autre (http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc...).

-Où la chèvre est attachée, il faut qu'elle broute. Ce proverbe exprime le fait que toute condition a ses servitudes, que chacun doit s'accommoder du lieu où il vit, et essayer d'y évoluer.

 

Revenons à notre expression "faire chabrot/chabrol". On ne la confondra pas avec l'expression "boire/faire cul sec": boire son verre d'un seul trait, sans s'arrêter. Le mot "cul" fait ici référence au fond du verre que l'on assèche en buvant jusqu'à la dernière goutte.

 

En guise de conclusion, relevons que le mot "chabrol" est aussi un nom propre. On pense au réalisateur Claude Chabrol, truculent et bon vivant, qui interdisait les sandwiches sur ses tournages, et exigeait d'avoir une cantine de qualité, et à qui l'expression "faire chabrol" convient parfaitement.

Et il existe une rue de Chabrol à Paris, dans le 10ème arrondissement. Elle ne porte pas le nom de Claude Chabrol, mais celui du comte Gaspard de Chabrol de Volvic (1773-1843) qui fut nommé préfet de la Seine par Napoléon Ier.

Il y avait au 51 de la rue de Chabrol une ligue antisémite baptisée Grand Occident de France, fondée en 1899 par le journaliste Jules Guérin, directeur de l'hebdomadaire L'Antijuif. Le 12 août 1899, Jules Guérin, opposé à la révision du procès Dreyfus et menacé des poursuites de la Haute Cour, se retrancha à cette adresse avant de se livrer aux autorités après un siège de trente-huit jours, et d'écoper de dix ans de travaux forcés. Suite à cet événement, la presse appela le local de la ligue "Fort Chabrol", et l'expression est restée dans la langue courante: les journaux continuent en effet à donner ce nom à tout lieu où se retranche un forcené qui refuse de se livrer aux forces de l'ordre.² 

 

¹Georges Arès, Parler suisse, parler français, Éditions de l'Aire, 1994.

²Georges Lebouc, 2500 noms propres devenus communs, Éditions Avant-Propos, 2014.

19:59 Publié dans Culture, Histoire, Suisse romande | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | |

Commentaires

À Fort Chabrol, Imhotep, le chat du Rabbin (sic), m’a dit que son ami, un Chartreux ébouriffé, locataire chez un Curé belge, arrière-grand-oncle de Marie-Paule Chabrolle-Deville, sculptrice, devenait chèvre lorsque l’ecclésiastique le prénommait « Chat brol** ».

** Familier, en Belgique = désordre, fouillis.

Cela me permet d’affirmer qu’en matière de religion, les félidés ménagent la chèvre et le chou et ce même si, dans l’ancienne Égypte, ils étaient eux-mêmes divinités sous les traits de la déesse Bastet.
... Et pourquoi les hommes ne feraient pas de même : mettant non pas du vin dans leur bouillon mais de l’eau dans leur vin***. Surtout que souvent le pinard politico-religieux est de ceux à faire danser les chèvres.
Ou alors, pour ceux qui n’en boivent pas, que ceux-ci calment le jeu, contrairement au félin Hanin (Roger) du film de Claude Chabrol « Le Tigre se parfume à la dynamite ».

*** Ce que devait faire le Sieur Gaspard de Chabrol de Volvic au vu de son patronyme

Écrit par : L'Amertume | 11/05/2018

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