18/01/2018

Acquis ou acquit ?

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Deux homonymes qui peuvent prêter à confusion. Analyse.

 

"Acquis" est le participe passé du verbe "acquérir", "devenir propriétaire d'un bien par achat, échange ou succession": il/elle a acquis une terre/un immeuble par héritage. Il existe l'expression proverbiale "bien mal acquis ne profite jamais": on ne tire aucun avantage d'une possession ou d'un privilège obtenu malhonnêtement. Le verbe "acquérir" n'est pas l'exact synonyme du verbe "acheter". "Acheter", c'est acquérir une chose, mais seulement avec de l'argent, que l'on paie comptant ou à crédit.

"Acquérir" vient de l'ancien français acquerre, lui-même issu du latin populaire acquaerere, altération du latin classique acquirere, "ajouter à ce qu'on a, à ce qui est; acquérir en plus" (Dictionnaire de l'Académie française). 

La conjugaison du verbe "acquérir", loin d'être évidente, peut poser problème: j'acquiers, nous acquérons (présent); j'acquérais, nous acquérions (imparfait); j'acquis, nous acquîmes (passé simple); j'acquerrai, nous acquerrons (futur); j'acquerrais, nous acquerrions (conditionnel présent); que j'acquière (subjonctif présent); que j'acquisse (subjonctif passé). 

 

La personne qui acquiert un bien est un "acquéreur": ce tableau n'a pas trouvé acquéreur (on peut aussi dire: n'a pas trouvé preneur); il/elle s'est porté(e) acquéreur. Là aussi, "acquéreur" et "acheteur" ne sont pas des synonymes exacts: on ne dit pas "trouver acheteur" ni "se porter acheteur". Mais, selon le contexte, les deux mots peuvent s'employer indifféremment: avez-vous trouvé un acquéreur/un acheteur pour votre voiture ? Le féminin "acquéresse" n'est pas utilisé dans le langage courant, il appartient au vocabulaire juridique. Toujours en droit, le terme "acquêt" qualifie un "bien acquis par les époux, ensemble ou séparément, durant le mariage, et qui fait partie de la masse commune".

Autrefois, on utilisait le proverbe "il y a plus de fous acquéreurs que de fous vendeurs", et on disait par compliment "je vous suis tout acquis(e)", c'est-à-dire "je vous rendrai service en toutes occasions".¹

 

Le verbe "acquérir" possède aussi le sens de "parvenir à avoir grâce à un effort, à l'expérience, au temps": acquérir de l'habilité, de l'autorité, des vastes connaissances. Verbes synonymes: gagner, obtenir. Cela concerne aussi les choses: au fil des années, cette propriété a acquis beaucoup de valeur.

 

Enfin, le verbe "acquérir" est synonyme du verbe "valoir": son travail lui a acquis une solide réputation; l'aisance que ses efforts lui ont acquise. 

 

***

 

"Acquit" appartient à la famille du verbe "acquitter". Un "acquit" est la "reconnaissance écrite, datée et signée d'un paiement". "Pour acquit" est la formule qu'une personne inscrit au verso d'un chèque ou au bas d'une facture, en la faisant suivre de la date et de sa signature, pour attester qu'elle en a reçu le paiement.

En billard, un "acquit" est le "premier coup par lequel on ne fait que placer sa bille, et sur laquelle l'adversaire doit jouer": donner un bon/un mauvais acquit.

 

Le verbe "acquitter" dérive de l'adjectif "quitte", "libéré d'une obligation juridique, d'une dette pécuniaire", lui-même emprunté au latin quietus, "qui est en repos, dans le calme, qui n'est pas troublé". L'idée est que lorsqu'on est libéré d'une obligation juridique et/ou que l'on a réglé ses dettes, on peut enfin avoir l'esprit tranquille. Dans la même famille, l'adjectif "coi", "immobile et silencieux": se tenir, rester, demeure coi(te), autrement dit "se taire". On retrouve la même origine en anglais avec l'adjectif quiet, "calme, silencieux".

Outre le sens de "payer ce que l'on doit", "acquitter" signifie aussi, en droit pénal, "déclarer non coupable d'un crime ou d'un délit": le jury a acquitté l'accusé à l'unanimité.

La locution "par acquit de conscience" signifie "pour être sûr; pour éviter ensuite un regret ou un remords": je l'ai mis(e) en garde par acquit de conscience. Autrement dit, on libère sa conscience pour se sentir apaisé, mais sans réelle conviction.

"Acquitter" se décline pronominalement: "s'acquitter", "se libérer d'une obligation juridique ou morale". S'acquitter d'une dette, d'un devoir, d'une promesse, d'une tâche.

Quant au mot "acquittement", il revêt le double sens de "paiement, remboursement" et de "renvoi d'un accusé déclaré non coupable".

 

 ***

 

¹Philibert Joseph Leroux, Dictionnaire comique, satirique, critique, burlesque, libre et proverbial, tome premier, À Pampelune, 1786.

 

09:10 Publié dans Anglais, Conjugaison, Culture, Droit, Grammaire | Lien permanent | Commentaires (13) | |  Facebook | |

Commentaires

Et dire qu'il va falloir que je m'acquitte de toutes ces cotisations qui arrivent à échéance en janvier. Pfff !
Olivier, je m'interrogeais de savoir s'il existait un verbe, donc un seul mot, qui remplacerait "arriver à échéance" ?

(Et voilà - une fois de plus - un billet intéressant et qui, la preuve ici, ne me laisse pas coite ;-))

Écrit par : Ambre | 18/01/2018

Merci, chère Ambre, pour votre commentaire. Vous pouvez utiliser le verbe "échoir": toutes ces cotisations qui échoient en janvier. Le verbe "échoir" ne s'emploie qu'aux troisièmes personnes du singulier et du pluriel de l'indicatif présent, à l'infinitif, au participe présent (le cas échéant), et aux temps composés. Participe passé: "échu" (le verbe se conjugue avec l'auxiliaire "être" pour former les temps composés). Payer à terme échu, cette facture est échue depuis longtemps.

Écrit par : Olivier | 18/01/2018

En 1690, Antoine Furetière ajoute que “par acquit de conscience" tient de "par acquit du devoir de sa charge", se rapportant à un personnage ayant une fonction publique.

Écrit par : rabbit | 18/01/2018

Mais oui, merci Olivier. J'ai eu un gros trou de mémoire. Je pensais à quelque chose d'approchant dans la prononciation (échouer (0_0)) [RIRES] mais non, évidemment, je sentais que ça n'allait pas, les cotisations n'échouent pas, j'étais un peu dans les choux sur ce coup là.
À bientôt...

Le dictionnaire de Philibert J.L. doit être épatant comme livre de chevet... pour s'endormir joyeux. Il devrait vous intéresser Rabbit, vous qui aimez fureter dans les temps anciens.

Écrit par : Ambre | 18/01/2018

Il court, il court le Rabbit ! Selon le fureteur, chevet se dit parfois du traversin lui-même, mais plus couramment de la partie du lit où l'on place le traversin. L'épée de chevet se range donc sous le traversin (pour garantir une nuit sereine ?). Mais on peut aussi y mettre des livres, si on a la tête dure.

Écrit par : rabbit | 18/01/2018

Il court, il court... dans tous les sens ;-) Cher rabbit, je crois que vous vous êtes trompé de note... J'ai parlé du "chevet" il y a quelque temps déjà: http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/apps/m/archive/2014/10/25/chef-857288.html

Écrit par : Olivier | 18/01/2018

Sapristi ! Voilà où ça nous conduit de suivre Ambre dans ses réflexions...

Écrit par : rabbit | 18/01/2018

Rabbit, vous divaguez. Dormez-vous avec un sabre sous votre traversin ?
Celui-ci ne me déplairait pas
http://www.laboiteverte.fr/wp-content/uploads/2013/03/traversin-géant-long.jpg
Vais-je en "acquérir" un ou en "acheter" un ?
Bonne nuit...

Écrit par : Ambre | 18/01/2018

Cher rabbit, je n'avais pas fait le lien entre la fin du message d'Ambre et votre commentaire... Maintenant je comprends mieux... Mais je crois qu'il est temps d'aller retrouver mon livre de chevet ;-)

Écrit par : Olivier | 19/01/2018

La langue française !
Un traquenard de tous les instants!... Pour preuve, le verbe CHOIR qui ne s'écrit qu'à la 3ème personne bien qu'il soit possible d'écrire j'AI CHU, car J'AI CHU n'est pas échu...
Il faudra CHALOIR et expliquez ces subtilités avec patience aux allophones, sinon ils laisseront CHOIR et vous demanderont:
- Si nous n'avons pas ACQUIS cette langue ayant eu À QUITTER les cours, bien que nous étant ACQUITTÉS du dû du cours, dites-nous, À QUI profite le crime ? À la langue ? Probablement non, puisque, de toute façon, elle sera ACQUITTÉE.

Écrit par : L'Amertume | 10/02/2018

Merci, chère Amertume, de mentionner le verbe "chaloir", qui lui aussi a une conjugaison extrêmement limitée puisqu'il n'existe qu'à la troisième personne du singulier. À vrai dire, il n'existe pratiquement plus dans le langage courant. L'expression "peu m'en chaut" (peu m'importe) est en effet vieillie ou littéraire. On dira plutôt: cela m'est égal.

Écrit par : Olivier | 11/02/2018

Ne pas oublier “nonchalant“ qui est issu du verbe “chaloir“: celui-là tient encore le coup.

Écrit par : rabbit | 11/02/2018

Juste! Merci, rabbit pour cette précision. "Nonchalant", de l'ancien français "nonchaloir", "ne pas être concerné, ne pas se soucier".

Écrit par : Olivier | 11/02/2018

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