03/09/2016

Rentrée

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L'heure du retour sur les bancs de l'école a sonné en Suisse romande. D'abord dans le Jura il y a deux semaines, puis la semaine dernière dans le canton de Vaud, et enfin cette semaine à Genève. Le moment idéal pour étudier le mot "rentrée".

 

Dans son sens le plus courant, le mot "rentrée" qualifie la reprise d'activité après une période de vacances. Ainsi, les termes "rentrée des classes" et "rentrée scolaire", ou encore simplement "la rentrée", désignent la reprise des cours après les grandes vacances d'été. Mais il n'y a pas que les élèves qui font leur rentrée: on parle aussi de rentrée parlementaire, théâtrale, littéraire et télévisuelle.

La "rentrée" peut également être une réapparition après une absence relativement longue: le retour à la scène ou sur les écrans d'un acteur, d'une actrice, le retour d'un écrivain ou de tout autre créateur présentant une œuvre nouvelle, ainsi que le retour à une activité publique d'un homme ou d'une femme politique après une période de silence.

Une "rentrée" peut aussi être synonyme d'"encaissement", de "recouvrement d'une somme": j'attends une importante rentrée d'argent ces prochains jours.

Enfin, de manière générale, le mot "rentrée" définit l'action d'entrer de nouveau dans un lieu après en être sorti (la rentrée du personnel) ou de faire entrer de nouveau une chose ou un animal à l'intérieur d'un local, à l'abri: participer à la rentrée des vaches dans l'étable à la tombée de la nuit.

 

Une "rentrée" n'est pas une "entrée". Le mot "entrée" possède de multiples significations, en voici les principales:

- Endroit par lequel on pénètre dans un lieu: l'entrée d'une ville, d'une maison. La porte d'entrée. L'entrée des artistes: entrée d'un théâtre réservée aux comédiens. L'entrée de service: entrée réservée aux fournisseurs et aux domestiques dans un hôtel, une maison bourgeoise.

- L'action d'arriver dans un lieu: l'entrée en scène d'un acteur, d'une actrice; le navire fait son entrée dans le port.

- Le début d'une période de temps: à l'entrée de l'hiver, de la nuit. Cet emploi est littéraire. La locution "d'entrée de jeu", en revanche, appartient au registre familier. Littéralement "dès le début du jeu", elle signifie au sens figuré "tout d'abord, sans aucun préliminaire": d'entrée de jeu, il/elle posa ses conditions. Autrefois, on disait "d'entrée". Locution synonyme: d'emblée.

- En cuisine, mets que l'on mange au commencement du repas: cette légère entrée vous ouvrira l'appétit pour le plat principal.

- En lexicographie, chacun des mots auxquels un dictionnaire consacre un article. Les entrées sont généralement distinguées par l'emploi de majuscules et de caractères gras.

 

De même que l'on distingue la "rentrée" de l'"entrée", le verbe "rentrer" n'est pas synonyme du verbe "entrer". Dans le langage courant, on utilise fréquemment ces deux verbes indifféremment. Mais il existe de subtiles nuances.

On rentre à la maison le soir, on rentre sa voiture au garage, mais on entre à l'hôpital, dans un café, dans une église ou chez un commerçant. Le verbe "entrer" signifie "passer du dehors au dedans" (dans un endroit duquel on n'est pas sorti plus tôt  dans la journée, contrairement au verbe "rentrer" qui s'apparente au verbe "revenir").

 

Chaque verbe a ses locutions propres. Examinons d'abord celles du verbe "rentrer":

- Rentrer dans sa coquille: se refermer sur soi, faire preuve de timidité, comme un limaçon ou un escargot qui se dissimule dans sa coquille.

- Rentrer dans le droit chemin, dans le rang: se comporter de nouveau de manière honnête, conforme à la norme.

- Tout est rentré dans l'ordre: l'ordre est revenu. Ici, le verbe "rentrer" est à comprendre dans le sens de "retrouver (une situation favorable)", ainsi que dans l'expression suivante.

- Rentrer dans les bonnes grâces de quelqu'un: regagner la bienveillance de quelqu'un. Locution synonyme: rentrer en grâce (obtenir le pardon de quelqu'un).

- Rentrer dans quelqu'un, lui rentrer dedans; rentrer dans le chou, le lard, le mou de quelqu'un. Toutes ces expressions familières signifient "attaquer, se jeter sur quelqu'un", et, au sens figuré, "se livrer à une violente attaque verbale contre quelqu'un". Le "chou" est à comprendre dans le sens argotique de tête (http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc...). Quant au "lard" et au "mou", il s'agit du corps de la personne que l'on agresse, dans le registre argotique également. On voit ici le sens particulier du verbe "rentrer", employé sans idée de répétition ni de retour: entrer avec force ou malgré une résistance, entrer complètement dans quelque chose. Dans le cas d'un accident, on dira: sa voiture est rentrée dans l'arbre, le mur. On sort une clé de sa poche pour la faire rentrer dans la serrure. Dans le même ordre d'idées, il existe la locution "rentrer sous terre": j'avais tellement honte que j'aurais voulu rentrer sous terre. Enfin, on dit "rentrer ses larmes, sa colère": refouler ses larmes, sa colère ("rentrer" dans le sens figuré de "faire disparaître sous ou dans"). Verbes synonymes: cacher,  ravaler, réprimer.

 

Les locutions avec le verbe "entrer" sont nombreuses également:

- Entrer en lice: s'engager dans une compétition ou intervenir dans un débat (http://olivierschopferracontelesmots.blog.24heures.ch/arc...).

- Entrer en scène: pour un acteur ou une actrice, arriver sur scène pour y jouer son rôle. Par extension, au sens figuré, "entrer en scène" signifie "commencer à agir, à se manifester, à se faire entendre": le Premier ministre est entré en scène à la télévision pour défendre l'UE. Verbe synonyme: intervenir. Locution synonyme, mais dans un contexte militaire: entrer en action. Les troupes sont entrées en action hier.

- Entrer comme dans un moulin: entrer quelque part sans demander l'autorisation, entrer chez quelqu'un sans frapper à la porte. Pourquoi un moulin ? Il existe plusieurs explications possibles: "Dit-on cela parce que, nécessairement ouvert en effet à tous les gens du village, le moulin était un lieu fort fréquenté ? On s'y attardait volontiers: la farine n'était pas toujours prête et les gens, en ces temps déjà lointains, n'étaient pas bouleversés de la vitesse... Est-ce, plus précisément, parce qu'autrefois, le paysan, à toute heure du jour ou de la nuit, pouvait venir au moulin prendre livraison de sa farine ? Est-ce plutôt parce que les moulins à eau se trouvant nécessairement à côté de la passerelle communale, il fallait bien que le meunier laissât toujours ouvert son moulin afin que les habitants du village pussent continuer leur chemin ? Certains prétendent que l'expression est tout simplement due au fait que le passage des ailes condamnant régulièrement la porte d'entrée, on prévoyait souvent une deuxième porte d'accès. D'autres assurent que cette éventuelle deuxième porte était faite pour l'âne (ou pour le mulet): on faisait entrer l'animal qui portait les grains dans le moulin, on le déchargeait, et comme il ne pouvait pas reculer, devant lui il y avait une autre porte pour sortir. D'autres encore certifient que l'expression à l'origine était: ‹‹ entrer comme un âne dans un moulin ›› et font alors remarquer qu'un âne, fût-il un âne philosophe, ignore tout des politesses de la porte".¹

- Ne faire qu'entrer et sortir: ne rester dans un endroit qu'un court instant. On peut aussi dire: ne faire que passer.

- Entrer en coup de vent: arriver quelque part à l'improviste et d'une manière brusque. Verbe synonyme: se précipiter.

- Entrer dans les détails: décrire, raconter un événement avec une grande minutie.

- Entrer dans les ordres: devenir religieux ou religieuse. Rien à voir avec la locution "tout est rentré dans l'ordre" que nous avons vue plus haut. Ici, le mot "ordre" renvoie à la "congrégation d'hommes et de femmes s'engageant à vivre sous une règle  religieuse".

- Entrer dans l'histoire: devenir célèbre suite à un événement qui a marqué l'opinion publique.

- Entrer dans le vif du sujet: après une introduction, se mettre à parler de la chose principale.

- Entrer dans les idées, les sentiments ou les vues de quelqu'un: partager la même opinion qu'une personne.

 

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¹François Berquin, Michon. Le Secret de Maître Pierre, Presses universitaires du Septentrion, 2013.

10:28 Publié dans Argot, Culture, Suisse romande | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook | |