20/02/2016

Bienvenu(e)

 

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Le mot "bienvenu" est composé de l'adverbe "bien" et de "venu", participe passé du verbe "venir". Au XIIème siècle, estre bien venu signifiait "être bien accueilli". L'orthographe "bien venu" a perduré jusqu'au XIXème siècle. Le dictionnaire de l'Académie française de 1835 précise: "On écrit aussi bienvenu en un seul mot." Toujours au XIXème siècle, il existait l'expression "se faire bienvenir de quelqu'un": s'assurer un accueil bienveillant, rechercher les bonnes grâces de quelqu'un: il avait l'art de se faire bienvenir en société; il offrait des fleurs à la maîtresse de maison pour se faire bienvenir.¹

"Bienvenu" peut être employé à la fois comme adjectif, substantif masculin ou féminin, ainsi que substantif uniquement féminin, d'où une possible confusion sur l'orthographe à adopter.

 

Comme adjectif, "bienvenu(e)" signifie "qui arrive à propos, au bon moment" (et qui, de ce fait, est bien accueilli): un visiteur bienvenu; une remarque bienvenue; cette pluie sera bienvenue pour le jardin; une augmentation de salaire serait bienvenue.

L'expression "tomber à pic" signifie aussi "arriver au moment opportun, exactement quand il le faut": tu tombes à pic, j'avais justement besoin de ton aide; cette suggestion tombe à pic, j'étais à court d'idées; une augmentation de salaire tomberait à pic. "Tomber à pic" trouve son origine dans le jeu de paume. Le jeu de paume, joué au départ à main nue ou gantée de cuir, devenu plus tard un sport de raquettes, est l'ancêtre de la pelote basque et du tennis. Il se jouait généralement en salle. À Paris, dans le jardin des Tuileries, se trouve le musée du Jeu de Paume qui, comme son nom l'indique, abritait jadis des courts de jeu de paume. Un point précis de ce jeu s'appelait "chasse pic": lorsque la balle tombait au pied du mur du fond. Ce point offrait au joueur un avantage certain sur son adversaire. Et lorsqu'il était réalisé à un moment crucial de la partie, on disait que la balle était "tombée à pic", d'où le sens actuel de l'expression.

Autre expression synonyme qui date du XVIème siècle: tomber à point nommé, littéralement "exactement à l'endroit désigné", du latin nominare, "nommer, désigner par un nom" (CNRTL).

 

Comme substantif masculin ou féminin, "bienvenu(e)" désigne une personne ou une chose que l'on accueille avec plaisir: vous serez toujours le(la) bienvenu(e) dans notre maison; votre offre/cette nouvelle est la bienvenue; toute proposition est la bienvenue.

 

Comme substantif exclusivement féminin, et toujours au singulier, "bienvenue" qualifie l'heureuse arrivée de quelqu'un, l'accueil favorable que l'on fait à un hôte ou au nouveau membre d'une compagnie: bienvenue à nos amis; cadeau, discours, préparatifs de bienvenue; souhaiter la bienvenue à quelqu'un (expression synonyme: faire bon accueil à quelqu'un).

L'expression "bienvenue au club !" s'utilise pour faire comprendre à une personne que l'on se trouve dans la même situation qu'elle: Vous avez divorcé ? Bienvenue au club !

Au Québec, "bienvenue" est utilisé comme terme de politesse en réponse à "merci". Cela correspond à nos formules de courtoisie "de rien", "il n'y a pas de quoi" et "je vous en prie".

 

Pour finir, une dernière variation orthographique avec le nom de la station de métro de la gare Montparnasse à Paris: Montparnasse-Bienvenüe. Rien à voir, comme on pourrait le croire, avec "bienvenue à la gare Montparnasse", donc rien à voir non plus avec une grossière faute d'orthographe que l'on aurait négligé de corriger. Ce nom fait référence à Fulgence Bienvenüe (1856-1932), l'ingénieur français qui conçut puis dirigea la réalisation du métro de Paris. La première ligne du métro, établissant la liaison ouest-est Porte Maillot-Porte de Vincennes, a été construite en vue de l'Exposition universelle de 1900, inaugurée le 14 avril. Cette première ligne fut ouverte au public le 19 juillet dans le but de desservir un autre événement majeur de cette année-là: les Jeux olympiques d'été au bois de Vincennes.

 

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¹CNRTL, Dictionnaire de l'Académie française et Dictionnaire de grammaire et des difficultés grammaticales de Michel Pougeoise, Armand Colin, Paris, 1998.

 

11:01 Publié dans Culture, Grammaire, Histoire, Québec | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | |

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