30/01/2015

Tenez-vous la chandelle ?

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Lundi prochain, ce sera la Chandeleur. L'occasion d'examiner le mot "chandelle".


Le mot "Chandeleur" est issu par ellipse de l'expression latine festum candelarum, "fête des chandelles". La Chandeleur est en effet, dans l'Église catholique, la fête de la présentation de Jésus au Temple et de la purification de la Vierge, dont la célébration le 2 février, soit quarante jours après Noël, est marquée par une procession où l'on porte des chandelles ou des cierges que l'on fait bénir. Fête liée à la lumière, c'est à partir de la Chandeleur que l'on commence à voir les jours s'allonger sensiblement.

La Chandeleur est également associée aux crêpes. Cette tradition païenne tire son origine d'une superstition paysanne très ancienne, selon laquelle les récoltes de blé seront mauvaises si l'on ne fait pas des crêpes le jour de la Chandeleur. Comme le dit l'adage: "Si point ne veut de blé charbonneux, mange des crêpes à la Chandeleur".

Aux États-Unis et au Canada, la célébration de la Chandeleur est remplacée par celle du "jour de la marmotte": Groundhog Day. Selon cette tradition qui se base sur une ancienne croyance liée à la météo et sur l'observation de l'entrée du terrier d'une marmotte, si celle-ci émerge et ne voit pas son ombre parce que le temps est nuageux, cela veut dire que l'hiver finira bientôt. Si au contraire elle voit son ombre parce qu'il fait beau, elle sera effrayée et se réfugiera de nouveau dans son terrier, ce qui signifie que l'hiver continuera pendant plusieurs semaines encore. Il existe un dicton en français qui est en rapport avec cette tradition de l'Amérique du Nord: "À la Chandeleur, l'hiver se passe ou reprend vigueur".


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Le mot "chandelle" vient du latin candela. Autrefois, les chandelles servaient à éclairer les maisons. Il s'agissait d'une mèche tressée entourée de suif, c'est-à-dire de graisse animale. Aujourd'hui, on dit "bougie", et la cire a remplacé le suif. Mais la chandelle a survécu dans de nombreuses expressions.

-Un dîner aux chandelles: un dîner en amoureux, éclairé par des bougies.

-Faire des économies de bouts de chandelle: faire des économies insignifiantes. Autrefois, les chandelles valaient cher pour les gens qui avaient peu de moyens et ceux-ci, une fois les chandelles consommées, rassemblaient ce qu'il en restait pour aller vendre le suif non brûlé à un fabriquant de chandelles qui leur en confectionnait de nouvelles. Les gens riches considéraient cette récupération comme mesquine, d'où le sens de l'expression.

"Dans le même ordre d'idée, on cite une anecdote sur Voltaire, que son tempérament fantasque poussait à de curieuses extravagances. Il était l'hôte, comblé d'honneurs et de présents (en plus d'une solide pension), du roi de Prusse Frédéric, et chaque soir après les causeries intimes ou les réceptions, il montait dans sa chambre en emportant du salon deux chandeliers à plusieurs branches sous prétexte de guider ses pas dans les corridors du palais, déclinant fermement l'offre des domestiques qui voulaient l'éclairer. Arrivé dans ses appartements il soufflait en hâte toutes ces bougies et il les revendait le lendemain pour quelques sous à un marchand de la ville ! Ce manège dura plusieurs mois avant d'être découvert. Étonnant Voltaire qui écrivait par ailleurs: « Amusez-vous de la vie, il faut jouer avec elle; et quoique le jeu n'en vaille pas la chandelle il n'y a pas d'autre parti à prendre. »"

-Le jeu n'en vaut pas la chandelle: cette entreprise ne vaut pas la peine qu'on y consacre un quelconque investissement car elle rapportera plus de peine que de profit. "À croire que les hommes n'ont jamais utilisé leurs soirées d'hiver autrement qu'avec des dés, des cartes, et des mises d'écus sonnants. L'expression signifie littéralement que les gains du jeu ne suffiraient pas à payer la chandelle qui éclairait les joueurs, lesquels d'ailleurs, dans les maisons modestes, laissaient en partant quelques deniers de cotisation pour rembourser cet éclairage !"

-Devoir une fière chandelle à quelqu'un: "si quelqu'un vous évite un désastre vous lui devez naturellement une fière chandelle", c'est-à-dire une grande reconnaissance. "Fier a ici le sens de fort, ou remarquable, comme dans « fier courage » ou « fier culot ». L'expression signifie que vous devez faire brûler un cierge à l'église la plus proche pour remercier Dieu et la personne en question de vous avoir sauvé du péril. L'habitude d'offrir un cierge à une divinité est assurément très ancienne, et la survivance d'offrandes et de sacrifices plus archaïque encore."

-Brûler la chandelle par les deux bouts: gaspiller son argent ou sa santé en faisant toutes sortes d'excès.

-Voir trente-six chandelles: être étourdi par un coup. On peut même en voir davantage: "L'hôtesse reçut un coup de poing dans son petit œil qui lui fit voir cent mille chandelles; (c'est un nombre certain pour un incertain,) & la mit hors de combat" (Paul Scarron, Le roman comique, deuxième partie,1657). Cette image de chandelles que l'on voit tourner autour de sa tête après avoir été frappé est récurrente dans les dessins animés.

-Tenir la chandelle: assister en tiers complaisant à une liaison amoureuse. Cette expression nous vient "du temps où les lampes de chevet n'existaient pas et où les soubrettes et les valets de pied (ça pourrait faire un jeu de mots !) étaient conviés par leurs maîtres ou par leurs maîtresses à tenir la chandelle pendant leurs ébats amoureux."

-Se brûler à la chandelle: ce proverbe signifie "se laisser tromper par de fausses apparences".

-Autrefois, lorsqu'une personne rendait son dernier souffle, on disait: c'est une chandelle qui s'éteint. Quant à l'expression "éteinte de chandelle", elle se disait "de certains baux qui s'appellent baux à éteinte de chandelle, parce que l'adjudication des héritages, & la conclusion du bail, se fait pendant qu'un fort petit bout de chandelle qu'on a allumé se consume. Les Fermes du Roi s'adjugent à éteinte de chandelle; on dit aussi à chandelle éteinte; et c'est de là qu'est venu à éteinte de chandelle. On a fait un nom substantif du participe éteinte."¹

 

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La chandelle est également utilisée en argot, dans des registres très variés²:

1. Prostituée racolant debout et dans la rue, en argot traditionnel.

2. Pénis, depuis le début du XIXème siècle.

3. En football ou en rugby, shoot très haut et presque à la verticale.

4. En jargon de presse écrite, chandelle est le nom que l'on donne à un article qui court sur toute une colonne sans intertitres ni décrochages à la ligne.

5. En langage radio, quand, au cours d'une manœuvre plus ou moins hasardeuse, le noyau d'un bobineau se dénoyaute et que par conséquent la bande magnétique (lorsqu'on utilisait encore couramment les bandes magnétiques) qui était enroulée autour part en l'air, en vrille, on dit qu'elle "part en chandelle".

L'expression "monter/partir en chandelle" est aussi employée dans le langage de l'aviation pour décrire l'ascension rapide d'un avion qui s'élève à la verticale (l'image est la même que celle du ballon de football ou de rugby). Il existe un dernier sport où l'on peut "faire une chandelle": c'est au tennis, lorsqu'on renvoie la balle au-dessus de l'adversaire suivant une trajectoire presque verticale et suffisamment haut pour qu'il ne puisse pas faire un smash et qu'elle passe ainsi hors de sa portée. Synonyme: lob. Enfin, en pyrotechnie, une "chandelle romaine" est une pièce d'artifice en forme de grosse chandelle qui lance en bouquets des étoiles d'un éclat très vif.

 

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¹Dictionnaire universel français et latin, vulgairement appelé Dictionnaire de Trévoux, 1743.

²Pierre Merle, Nouveau dictionnaire de la langue verte, Éditions Denoël, 2007.

Les autres explications d'expressions qui sont entre guillemets sont tirées de La puce à l'oreille de Claude Duneton, Éditions Stock, 1978.


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19/01/2015

La vache !

 

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Un animal bien de chez nous, qui est aussi présent dans de nombreuses expressions et locutions.


Le mot "vache" vient du latin vacca. Dans la même famille, le mot "vaccin", dérivé de "vaccine" dans "variole vaccine", "variole de la vache", variola vaccina en latin, de vaccinus, "qui appartient à la vache": une épizootie semblable à la variole humaine et dont le virus inoculé à l'être humain le prémunit contre cette maladie. C'est le scientifique et médecin anglais Edward Jenner qui, à la fin du XVIIIème siècle, fut le premier à pratiquer ces inoculations car il avait remarqué que les patients ayant eu la vaccine, une maladie bénigne pour l'homme appelée cowpox en anglais, étaient relativement protégés contre la variole humaine. Le vaccin contre la variole était né, ainsi que le mot. En latin la vache se disant vacca et la vaccine vaccina, Edward Jenner décida de nommer sa nouvelle technique vaccination. C'est à partir du début du XIXème siècle qu'en français le mot "vaccin" prend le sens général d'"inoculation".

En Suisse, c'est le médecin Louis Odier qui œuvra à la popularisation de la vaccination contre la variole. Après avoir décroché son doctorat en médecine à Édimbourg en 1770, il vécut à Londres où il eut l'occasion d'observer la variole et les effets de son inoculation sur des patients.

Dans le "Dictionnaire des idées reçues" de Gustave Flaubert, rédigé à partir de 1850 et paru en 1913, on trouve sous l'entrée "vaccine" la définition suivante: "Ne fréquenter que des personnes vaccinées."


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Ce sont les Romains qui ont introduit les bovins de petite taille dans l'espace alpin après la conquête de la Gaule. C'est là l'origine de la vache d'Hérens, dont descendent d'autres races primitives comme l'évolène en Suisse romande ou la pustertaler dans le Tyrol du Sud.


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En patois vaudois, le terme modze ou modzon qualifie une génisse, un modzet désigne un gros veau et un modzeni est un berger d'alpage.


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La vache se décline dans un grand nombre d'expressions, locutions et proverbes:

- Le plancher des vaches: la terre ferme, par opposition à la mer et au ciel.

- Vache à lait: personne que l'on exploite, qui est une source de profit pour une autre.

- Pleurer comme une vache: pleurer beaucoup.

- Être gros comme une vache: être très gros.

- Il pleut comme vache qui pisse: il pleut très fort.

- Comme une vache regarde passer un train: avec un air absent ou stupide.

- Queue-de-vache (adjectif): d'un blond jaunâtre ou roux passé. Des cheveux queue-de-vache.

- Donner des coups (de pied) en vache: se comporter de manière hypocrite, agir en traître contre quelqu'un.

- Montagne à vaches: montagne accessible aux vaches et donc comportant peu, sinon aucun dénivelé dangereux susceptible de causer des chutes.

- Manger de la vache enragée: endurer de grandes privations, une grande misère. "Il est défendu de manger de la chair des animaux atteints d'épizootie ou mordus par un chien enragé. Les pauvres, privés de tout, ne tiennent pas toujours compte de cette défense, et pour manger de la viande, ils mangent même de la vache enragée. — Ce n'est pas sans raison que dans ce proverbe on a dit vache et non pas bœuf: les pauvres et les gens de la campagne ne mangent presque jamais autre chose que la vache."¹

- Parler français comme une vache espagnole: parler très mal le français. Cette expression qui date de la première moitié du XVIIème siècle serait une déformation de "parler français comme un Basque espagnol": "On a altéré le texte de cette comparaison proverbiale en y substituant vache à Vace, ancien nom par lequel on désignait un habitant de la Biscaye, soit française, soit espagnole; et la substitution s'est faite d'autant plus aisément que les deux mots étaient presque homonymes dans le vieux langage, où vache se disait vacce. Ainsi, parler français comme une vache espagnole, c'est proprement parler français comme un Vace, ou Basque, espagnol; ce Basque-là étant jugé le plus inhabile à s'exprimer en français."²

- Une vache n'y trouverait pas son veau: se dit d'un endroit où règne un grand désordre. Synonyme: une chatte n'y retrouverait pas ses petits.

- Ça lui va comme un tablier à une vache: ce vêtement ou cette coupe de cheveux ne lui va pas du tout.

- Chacun son métier, les vaches seront bien gardées (proverbe): si chacun se mêle de ses propres affaires, les choses iront bien mieux.

- La vache ! On utilise cette exclamation pour exprimer son étonnement, son admiration ou son indignation.

- Mort aux vaches ! Cette expression daterait de la fin du XIXème siècle. "Sur les guérites des gardes-frontières allemands était écrit en grosses lettres un WACHE (garde en allemand) prompt à décourager toute tentative d'incursion en Allemagne. Peu avant la Première Guerre mondiale, les Français qui habitaient à la frontière allemande, firent alors la confusion, en un temps où les deux pays voisins ne s'aimaient pas beaucoup. Le wache devient bientôt vache et l'on ne se priva pas dès lors d'apostropher les plantons de Guillaume II en ces termes. Tout au long du XXème siècle, on utilisa plus volontiers l'expression pour insulter les agents de police et de gendarmerie."³ En effet, cette expression devint le cri de guerre des antimilitaristes et des anarchistes sous la forme d'une injure lancée contre les corps de métier représentant l'autorité.


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Par métaphore, le mot "vache" est employé pour désigner une personne méchante, sans doute à cause des coups de corne que cet animal est capable de donner, d'où la locution "peau de vache". "Vache" peut aussi être employé comme un adjectif équivalent à "méchant": c'est vache de sa part d'avoir agi de cette manière. Suivant le contexte, cet adjectif peut revêtir le sens de "difficile, pénible": c'est vache, ce qui lui arrive. La formule "amour vache" décrit, le plus souvent par plaisanterie, une relation où il y a davantage de disputes, voire de coups, que de moments de tendresse. "Vachard" est un autre adjectif signifiant "méchant", mais qui véhicule en plus la connotation d'être volontairement blessant: des remarques vachardes. Une "vacherie", au sens premier "étable à vaches", est une parole ou une action méchante: faire une vacherie à quelqu'un. On peut aussi dire: jouer un tour de cochon à quelqu'un. Enfin, il y a l'adverbe "vachement" qui signifiait anciennement "durement, méchamment" et qui, aujourd'hui, dans le langage familier, a pris le sens intensif, admiratif de "beaucoup, très": elle est vachement belle, il nous aide vachement.

La vache symbolise également la passivité et l'indolence, d'où le verbe "(s')avachir", "être incapable de produire le moindre effort": il/elle est avachi/e dans son canapé. Ce verbe peut aussi s'appliquer à des étoffes ou à des vêtements qui se sont déformés et affaissés par l'usage: cette veste commence à s'avachir. Au Québec, on dit "s'évacher": se tenir mal assis, s'affaler; lézarder, perdre son temps.

Enfin. il existe le verbe pronominal "se vacher" qui possède deux significations: "s'attacher" dans le langage de l'alpinisme et, en parlant d'un parachutiste, d'un planeur ou d'un ULM, "arriver au sol dans un endroit non prévu pour cela, faire un atterrissage forcé".


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En guise de conclusion, citons l'une des vaches les plus célèbres du grand écran: Marguerite dans "La vache et le prisonnier" de Henri Verneuil, un film sorti en 1959 avec Fernandel, qui raconte les aventures d'un prisonnier de guerre traversant l'Allemagne pour retourner en France en 1943.

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¹Charles Rozan, Petites ignorances de la conversation, Lacroix-Comon, Paris, 1856.

²Pierre Marie Quitard, Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes, P.Bertrand libraire-éditeur, Paris, 1842.

³Gilles Henry, L'habit ne fait pas le moine, Éditions Points, 2006.

06/01/2015

Nouveau

 

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Un adjectif qui s'impose en ce début d'année.


L'adjectif "nouveau" ou "nouvel, nouvelle" lorsqu'il est placé devant une voyelle ou un h muet a le sens général de "neuf". Mais nous allons voir que sa place avant ou après le substantif entraîne de subtiles variations de sens.


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Commençons par deux locutions adverbiales: "à nouveau" et "de nouveau". Sont-elles parfaitement synonymes ou existe-t-il une nuance entre les deux ? La langue moderne tend à la négliger, mais il convient de faire une distinction.

-On utilise "à nouveau" pour exprimer que l'on refait quelque chose d'une nouvelle façon: j'ai raté ce dessin, je vais le faire à nouveau, c'est-à-dire d'une autre manière; elle nous écrit à nouveau pour savoir quand nous irons la voir, sous-entendu elle nous a déjà écrit auparavant une lettre où elle faisait la même requête, mais les termes étaient différents; j'ai examiné à nouveau la question, je l'ai donc examinée sur de nouvelles bases.

-"De nouveau" est employé pour exprimer que l'on refait quelque chose exactement de la même façon: j'ai raté ce dessin, je vais le faire de nouveau, c'est-à-dire d'une manière identique, ce qui implique qu'il sera raté une seconde fois; j'ai examiné de nouveau la question, je l'ai donc simplement étudiée une fois de plus, sans chercher à trouver un nouvel angle d'approche.

Et on ne confondra pas "de nouveau" en tant que locution adverbiale avec "de nouveau" dans le sens de "comme nouveauté": je ne vois pas ce que ce projet peut nous apporter de nouveau.


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Passons maintenant à l'adjectif "nouveau". Il se range sous deux définitions: "qui n'existait pas avant" et "qui vient remplacer".


Selon la première définition, "nouveau" signifie tout d'abord "qui apparaît pour la première fois, qui vient d'apparaître ou d'être découvert". Dans ce sens-là, "nouveau" se place le plus souvent après le substantif.  Exemples: une invention nouvelle, une ville nouvelle, des pommes de terres nouvelles, les énergies nouvelles, le beaujolais nouveau est arrivé, un modèle nouveau, un mot nouveau, un terme nouveau. 

Mais on rencontre aussi dans certains cas l'adjectif "nouveau" placé avant le substantif: un nouveau film, un nouveau livre.

Dans le langage du droit, des "faits nouveaux" sont des faits produits ou révélés après une condamnation et justifiant la révision du procès. 

Le proverbe "tout nouveau, tout beau" signifie que ce qui est nouveau est apprécié, mais sera délaissé ensuite.

Rien de nouveau sous le soleil (locution): rien de nouveau n'est à signaler, c'est toujours la même chose.

"Nouveau" peut aussi être utilisé comme substantif: il y a du nouveau dans cette affaire, le goût du nouveau.


Le deuxième sens de "nouveau" caractérise quelqu'un ou quelque chose qui est depuis peu de temps ce qu'il est. L'adjectif se place alors avant le substantif. Les nouveaux riches, le nouveau gouvernement, le nouveau ministre des Transports, les nouveaux mariés, le nouveau/la nouvelle venu(e).

En tant que substantif, "le nouveau" ou "la nouvelle" qualifie une personne qui vient d'arriver dans un groupe dont les membres se connaissent tous depuis longtemps: il y a trois nouveaux dans la classe cette année.


Le troisième sens de "nouveau" est "qui tire de son caractère récent une valeur de création, d'invention". "Nouveau" s'apparente alors aux adjectifs "inédit", "insolite", "novateur", "original" et se place après le substantif. Un art nouveau, un style nouveau, un langage nouveau.

L'"Art nouveau" est un mouvement artistique de la fin du XIXème et du début du XXème siècle qui se caractérise par des lignes courbes appelées "arabesques" et par la présence de couleurs et d'ornementations inspirées de la nature. Synonyme (anglicisme): modern style. On confond souvent Art nouveau et Art déco. Mais ce dernier est apparu après l'Art nouveau, dans les années 1920, et en réaction à l'Art nouveau: l'Art déco consiste en un retour à la rigueur classique, lignes épurées et symétrie rigoureuse, les arabesques cédant la place aux angles droits, se caractérise par une forte influence dans l'architecture et le design et s'inspire d'autres civilisations, notamment grecque et égyptienne. Le terme "Art déco" tire son nom de l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes qui eut lieu à Paris en 1925.


Enfin, "nouveau" est employé dans le sens de "ce qui était jusqu'ici inconnu de quelqu'un, dont on n'a pas l'habitude". Il se place après le substantif: c'est pour moi une chose nouvelle, un sentiment nouveau, voir les choses sous un jour nouveau, rencontrer des têtes nouvelles.

La locution "infuser un sang nouveau à quelqu'un" signifie que l'on anime cette personne d'une vie, d'une énergie nouvelle.


Examinons à présent la deuxième définition: "nouveau" dans le sens de "qui vient remplacer". "Nouveau" qualifie alors ce qui apparaît après quelque chose d'autre qu'il remplace, au moins provisoirement, ou tend à remplacer dans notre vision, dans nos préoccupations. Il se place avant le substantif et fonctionne par opposition aux adjectifs "ancien" et "vieux". Exemples: la nouvelle cuisine, la nouvelle lune, Nouvel An, le Nouveau Testament, le Nouveau Monde, le nouveau roman, la nouvelle vague, les nouvelles technologies.

Dans le cas de personnes, "nouveau" est utilisé pour décrire des gens qui, dans une catégorie, présentent des caractéristiques inédites par rapport à la tradition: les nouveaux réalistes, les nouveaux pères, les nouveaux bourgeois.


"Nouveau" peut aussi se rapporter à quelque chose ou quelqu'un qui a succédé ou s'est substitué à quelque chose ou quelqu'un d'autre. Là aussi, l'adjectif se place avant le substantif: son nouveau mari, acheter une nouvelle maison, jusqu'à nouvel ordre, se lancer dans une nouvelle aventure. On rencontre aussi des expressions géographiques comme la Nouvelle-Zélande ou la Nouvelle-Orléans.


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L'adjectif "nouveau" peut se combiner à un participe passé et donner le mot "nouveau-né(e)", de "nouveau" dans le sens de l'adverbe "récemment" et "né", participe passé du verbe "naître", "nouveau-né" pouvant être utilisé comme adjectif ou comme substantif: un enfant nouveau-né, une petite fille nouveau-née; les cris du nouveau-né. Dans le monde médical, on entend par "nouveau-né" un bébé qui a moins de vingt-huit jours. Synonyme: nourrisson. Au pluriel, "nouveau-né" ne s'accorde que pour le participe passé: des nouveau-né(e)s.


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Enfin, du côté de l'étymologie, "nouveau" est isssu du latin novellus, diminutif de novus, "neuf, jeune" et "nouveau". En ancien français, on disait novel. Ce mot se retrouve en anglais dans novel, "nouveau" dans le sens d'"inédit, original" et "roman", ainsi que dans novelty, "nouveauté". En italien, "nouveau" se dit nuovo, en espagnol nuevo, en portugais novo, en allemand neu et en anglais new. En français, on retrouve bien sûr dans la même famille des mots comme "renouveau", "renouveler", "innovation", "rénover", "rénovation" et "novice". Last but not least, le nom de la ville de Neuchâtel, littéralement "nouveau château", s'inscrit également dans cette famille (Petit Robert).


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