27/01/2014

Patacaisse, pataquès, pataqu'est-ce

 

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Un pataquès est une faute de liaison orale qui consiste à faire entendre une consonne qui n'existe pas à la finale du mot précédent:

-Moi [z] aussi.

-Ça va [t] être difficile.

-Les chemins de fer [z] anglais.

 

Le mot date de la fin du XVIIIème siècle, et il serait né dans un théâtre. C'est François-Urbain Domergue, un grammairien et journaliste de l'époque, qui a raconté l'histoire dans son "Manuel des étrangers amateurs de la langue française" paru en 1805:

Un plaisant était à côté de deux dames ; tout à coup, il trouve sous sa main un éventail.

- Madame, dit-il à la première, cet éventail est-il à vous ?

- Il n'est point-z-à moi, monsieur.

- Est-il à vous, madame ? dit-il en le présentant à l'autre.

- Il n'est pas-t-à moi, monsieur.

- Puisqu'il n'est point-z-à vous et qu'il n'est pas-t-à vous, ma foi, je ne sais pas-t-à qu'est-ce !

L'aventure fit du bruit, et donna naissance à ce mot populaire, encore en usage aujourd'hui.

 

Mais on n'est pas totalement certain que cette anecdote soit authentique. Une autre origine, plus formelle et basée sur la sonorité de "pataquès", serait le mot patac que l'on trouve dans le "Dictionnaire provençal-français ou dictionnaire de la langue d'oc"¹. Patac: éclat; patacs de rire: éclats de rire. Ou encore patac: coup de poing ou de bâton; bruit d'un soufflet.

 

On dit "faire un pataquès": faire une faute de liaison. On peut aussi dire "faire un cuir" ou "faire des cuirs": une formule qui date également de la fin du XVIIIème siècle et qui pourrait venir de l'expression "écorcher un mot", celui qui commet l'erreur écorchant sa langue au passage, de la même manière qu'on écorche la peau d'un animal pour la transformer en cuir. Il semblerait qu'à l'origine, on disait cela pour parler d'un comédien qui faisait des fautes de liaison en répétant son texte. Au départ, l'expression concernait toutes les erreurs de liaison avant de se cantonner à celles qui placent un t inutile: notre fameux "il n'est pas [t] à moi".

 

Par analogie, le mot "pataquès" a pris d'autres significations:

-Une faute de langage en général, un discours confus, ce qu'on appelle aussi du charabia.

-Une grosse gaffe, un impair. On parle d'un pataquès judiciaire ou diplomatique.

-Une situation qui dégénère par manque de planification ou d'organisation.

-Une affaire anodine qui prend des proportions exagérées. On dira "en faire tout en pataquès": s'agiter et s'énerver pour une chose sans importance; chipoter, ergoter.

-Enfin, un pataquès est aussi, dans le langage de l'imprimerie, un synonyme de "mastic": une inversion de lignes, de mots ou de caractères dans une composition typographique.

 

¹Par S.-J.Honnorat, Digne, Imprimerie de Repos, 1847.

 

08:00 Publié dans Culture, Jeux de mots, Provençal, Théâtre | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | |

Commentaires

Très amusant ce pataquès!
Une petite recherche de fond de terrier m'a fait retrouver un patac, plus précisément un patac provençal,une pièce de monnaie autrefois en circulation en Provence.

Écrit par : Marmotte savante | 01/02/2014

J'ai découvert dans le "Dictionnaire étymologique de la langue françoise par M. Ménage, à Paris, chez Briasson, 1750" la définition suivante: "Patac, en Avignon, est une espèce de monnaie qu'on appelle dans la Provence, dans le Dauphiné, & dans l'Auvergne, & en d'autres lieux voisins de ces Provinces "patac d'Avignon". Le patac d'Avignon ne vaut que la septième partie d'un sou. Il est de cuivre rouge; & à l'une des faces est empreinte la Croix, & à l'autre sont les clefs de S. Pierre en sautoir."

Écrit par : Olivier | 10/02/2014

Merci pour ce complément d'information !

Écrit par : Olivier | 01/02/2014

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