21/11/2013

Escogriffe

 

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Le mot "escogriffe" date du début du XVIIème siècle. À l'époque, un escogriffe était un voleur. L'origine du mot est obscure, mais il vient vraisemblablement d'une combinaison de "escroc" et de "griffe": un voleur qui s'empare de quelque chose avec ses mains, avec un sens de danger souligné par le terme "griffe", symbole de menace et d'agressivité. Une hypothèse renforcée par le fait qu'en argot, "griffe" est l'action de "griffer" dans le sens de "voler": "À cette époque-là, il y allait encore pas mal à la griffe"¹.

 

Au fil des siècles, la signification du mot a changé. Aujourd'hui, on l'utilise pour qualifier un homme dégingandé, c'est-à-dire grand, maigre, avec des attitudes gauches et une démarche peu coordonnée, principalement dans l'expression "un grand escogriffe". Mais la notion de danger présente à l'origine n'est jamais loin. Il reste souvent la connotation d'un individu dont l'allure louche incite à la méfiance.

 

Le mot "escogriffe" signifie déjà en lui-même "un homme de grande taille". Aussi, lorsqu'on parle d'un "grand escogriffe", il s'agit d'un pléonasme, mais qui est entré dans le langage courant. L'expression peut aussi véhiculer une idée de moquerie concernant le côté maladroit et comique d'un homme dont la démarche à l'apparence disloquée paraît bizarre. On retrouve d'ailleurs la formule dans le onzième album des aventures de Tintin, "Le secret de la Licorne", où le capitaine Haddock invective un personnage en ces termes.

 

Pour l'anecdote, "Le grand escogriffe" est le titre d'un film de Claude Pinoteau sorti en 1976 avec Yves Montand, qui raconte l'histoire d'un vieil escroc.

 

Le mot "escogriffe" possède plusieurs synonymes. Une "grande perche" désigne aussi une personne grande et maigre, de même que "grande asperge". Enfin, il existe le mot "échalas", altération d'"échelle", qui vient de l'ancien français escharat et du grec kharax, "pieu". L'emploi de ce mot pour désigner une personne suggère une maigreur associée à une certaine raideur. Et pour cause: le sens premier du mot renvoie à un pieu en bois que l'on enfonce dans le sol au pied d'un arbuste ou d'un cep de vigne pour le soutenir. Lorsqu'on décrit quelqu'un comme un "grand échalas", on compare cette personne à un long morceau de bois. L'expression détourne toutefois le sens du mot parce que le pieu en question n'est pas d'une taille immense. On a donc là une contradiction, elle aussi passée dans le langage courant.

 

¹Pierre Merle, Nouveau dictionnaire de la langue verte, Éditions Denoël, 2007.

 

22:56 Publié dans Argot, Culture | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Facebook | |

Commentaires

@Olivier Schopfer très instructif et surtout décontractant.On peut aussi s'amuser du mot pieu qui a lui seul obéi à des régles très strictes ou permet de se délasser .
belle journée pour vous

Écrit par : lovsmeralda | 22/11/2013

« Pieu » dans le sens de « piquet », d'« échalas », vient du latin « palus ».
Le pieu dans le sens populaire de « lit » est apparu à la fin du XVIIIème siècle et vient du picard « piau » : « peau » sur laquelle on dormait.
Le verbe « pioncer » que vous connaissez certainement, populairement « dormir », a la même origine : il dérive de « piausser », « coucher, dormir sur des peaux ».

Écrit par : Olivier | 30/11/2013

"un "grand échalas", on compare cette personne à un long morceau de bois."
Et berclure, "tuteur pour haricots verts" selon Reverso ? Vous n'aimez pas les Vaudois ?

Écrit par : Géo | 22/11/2013

Voici ce que j'ai trouvé dans un livre que vous connaissez peut-être déjà : « Berclure : mot venu du latin « pergula », « treille », qui a donné « pergola » en italien (mot qui s'est ensuite introduit en français). Au figuré et au pluriel, « longues jambes maigres. »
Georges Arès, « Parler suisse, parler français », Éditions de l'Aire.

Écrit par : Olivier | 30/11/2013

berclure, pergola. Un peu capillotracté. Les gens qui s'occupent d'étymologie sont rarement très sérieux. Il y avait à 24 heures un excellent connaisseur, Alain Pichard. Mais j'ai des flopées d'exemples d'étymologies douteuses. Par exemple, j'habite le Chablais dont l'étymologie serait dans la littérature "caput laci". A part le fait que l'on ne voit pas trop comment caput laci, tête du lac deviendrait Chablais, il est difficile de ne pas se poser des questions sur l'extension de cette tête de lac en France. Regardez ce que recouvre Chablais dans ce pays...
Et pensez au fait que le bois était autrefois d'une importance...capitale. Il était la principale source d'énergie et était très utilisé pour la construction. Tout tournait autour du bois, et pour le descendre des montagnes, on le chablait. Si vous parcourez cette région et regardez les flancs des montagnes, vous verrez un chable tous les 500 m. Quand les troncs avaient trop creusé, on les faisait passer juste à côté. J'ai beaucoup d'exemples de chemins creux doubles à vous montrer. Cela a donné un nom de famille et un lieu-dit en dessous de Verbier. Alors caput laci, laissons cela aux gens de Lausanne et leur science de rats de bibliothèque qui n'en sortent jamais...
L'un d'entre eux, prof de grec et fils de prof de grec, pense toutefois que chable dériverait de "catabolein", jeter en bas. Son père au collège nous disait que une "bouèlée" pouvait venir de "boè", le cri en grec. Vous en faites ce que vous voulez...

Vous avez aussi l'exemple d'Ollon, donné pour Aulanum, qui serait dû aux aulnes. Sauf que Ollon domine une plaine autrefois marécageuse comme les Iles d'Olonne (près des Sables) ses marais salants ou Ollo près de Pamplona. Et c'était le sens d'Ollo en celte : en dessus des eaux...

Écrit par : Géo | 30/11/2013

Bravo pour votre super produit, assez complet et précis, interminable existence à votre blogging.

Écrit par : cote france honduras | 12/06/2014

Avoir le pieu au pieu ne peut être que le voeu pieux d'un escogriffe un peu vieux!

Écrit par : père Siffleur | 13/06/2014

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